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559 articles avec fables

L'ange de l'éphémère

Publié le par Carole

Place Sainte-Croix à Nantes - mosaïque clandestine anonyme, attribuée (par la rumeur publique) au street artist Invader...

Place Sainte-Croix à Nantes - mosaïque clandestine anonyme, attribuée (par la rumeur publique) au street artist Invader...

J'avais vu dans les journaux qu'on volait partout à Paris les carrés de céramique d'Invader... Alors, vite, je suis allée voir mon ange.
Mon ange de la place Sainte-Croix, celui qui déploie ses moignons d'ailes bleues sous les grandes ailes dorées des grands anges du beffroi, celui qui tend sa petite auréole jaune comme une sébile propitiatoire au-dessus des mendiants de l'église. Mon petit ange aux yeux de braise dans son aube de pixels carrelés, mon petit ange au corps blanc crénelé de vieux château hanté.
Ouf... il était toujours là, un peu usé, un peu passé, un peu cassé et ébréché, mais toujours là quand même. Il ne s'était pas envolé, il vieillissait tranquille, sous la cape effrangée de ses ailes rognées, mon petit Pac Man Angel d'ici...
 
Un FMR farceur avait laissé tout près sa signature, juste devant cette Ombre que le Temp(s) avait posée, comme sans y penser, sur la gouttière où gargouillait la pluie qui les effacerait bientôt tous, humains et spectres, pixels, angels, carreaux et petits papiers.
 
Et j'ai soudain compris ce qui m'avait toujours troublée, face à ces créations de céramique dont les murs de nos villes se recouvrent par les nuits sombres : ce désir fou de se tenir en équilibre entre le caractère éphémère de l'art des rues, et la solidité bien cimentée du carrelage. Entre un fantôme et son éternité. Entre l'acceptation du transitoire et de la disparition, et l'espoir de laisser ce qu'on appelle une oeuvre.
 
Dans les journaux qui m'avaient appris qu'on dérobait les fantômes d'Invader, j'avais lu aussi qu'il s'ingéniait désormais à n'utiliser que des carreaux friables, pour qu'on ne puisse plus les arracher des murs sans les briser définitivement.
 
Finalement, ces idiots de voleurs nous auront au moins enseigné cela : que nul artiste, qu'il soit de rue ou de salons, ne pourra jamais rien laisser d'autre, en fait d'oeuvre, que les grains de poussière éphémères qu'un instant de lumière peut dérober parfois à l'ombre longue du temps.
Et que c'est la loi de ce monde, de transformer toutes nos éternités en petits fantômes aux ailes ébréchées.
 
 
 
 

Publié dans Fables, Nantes

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Dans l'herbe

Publié le par Carole

Rue de la Fontaine Launay - Rezé - fresque de Lydie Piffeteau

Rue de la Fontaine Launay - Rezé - fresque de Lydie Piffeteau

Ce qui me frappe souvent dans le trompe-l'oeil, ce n'est pas sa capacité à nous tromper, bien qu'elle soit quelquefois admirable et troublante, mais tout au contraire sa capacité à révéler le vrai, à diriger notre regard vers une réalité banale et sans éclat qui nous aurait certainement échappé, en lui faisant faire un détour par l'image de cette même réalité.
 
Il est midi et on rentre chez soi. On passe par le petit raccourci de la ruelle, on admire au passage, sur le mur au trompe-l'oeil, le beau linge blanc attendant, dans son seau de métal, avec ses plis d'ombres fraîches qui sentent encore la rivière, qu'on l'étende au soleil.
Et on admire, évidemment... Que tout cela est bien fait, on pourrait s'y tromper... Mais... ce petit souffle de vent n'a-t-il pas fait vibrer l'une des tiges ? et cette étincelle soudain allumée par le soleil... qu'est-ce donc ?... cette petite renoncule, et cette herbe folâtre, font-ils vraiment aussi partie du tableau ?
On se penche, et soudain on les voit, réellement posées sur la fausse prairie, frémissantes et vivantes, la renoncule d'or, et l'herbe au vent empanachée de graines. On les voit, comme on ne les avait jamais vues, ces plantes folles du trottoir, ces merveilleuses méprisées compissées par les chiens.
Et on comprend, soudain, que c'est cela, la divine tromperie et la vraie magie de ce qu'on appelle l'art : nous tendre comme un miroir l'image où le réel se réfléchit, pour qu'enfin il nous soit possible de le voir.

 

Publié dans Fables, Nantes

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L'iceberg

Publié le par Carole

L'iceberg
C'est l'été des vacances, des bouchons, des troupeaux d'insouciance. 
Et moi, je pense à lui. De temps en temps. Pas tout le temps. Il ne faut rien exagérer, puisque c'est l'été de l'insouciance en vacances...
Mais quelquefois, quand j'ai trop chaud, ça m'arrive, je me souviens de lui. Je l'imagine, immense et solitaire, pur et glacé comme le destin.
L'iceberg.
Il est parti le 12 juillet. Quittant d'un coup sec l'Antarctique pour voir le vaste monde. On dit qu'il est l'un des plus grands de tous les temps. On dit qu'il est l'un des derniers remparts de la barrière de Larsen. Le dernier avant que soient mises à nu et à fondre les millions de tonnes d'eau douce gelée stockés sur le continent lui-même. On dit aussi que c'est effrayant, ce qui arrivera, ensuite.
 
Il y a évidemment des experts pour douter, pour se demander si la secousse qui a jeté l'iceberg sur l'océan est une conséquence avérée du réchauffement du climat, ou si peut-être... Les optimistes résistent autant qu'ils le peuvent aux pessimistes, opposant aux évidences désagréables leurs calculs byzantins et leurs courbes de Gauss aussi flatteuses que le sexe des anges.
Du trouble que produisent ces controverses dépend la continuation du monde tel que nous l'avons bâti - en oubliant de le penser. C'est pourquoi, on peut en être sûr, il ne manquera jamais d'optimistes, pour éviter aux pessimistes d'avoir vraiment raison. Jusqu'à ce que même les optimistes se noient, dans la glace fondue de leurs chiffres...
 
En tout cas, il s'en fiche bien, lui, des experts dubitatifs et de la continuation de ce monde où nous dansons et amassons sur les glaces qui fondent. Il sait ce qu'il a à faire, lui, et il avance, tranquille. S'amenuisant au fil ds jours, il passera comme un dernier message sur tous les océans du monde, suivant nonchalemment sa route d'iceberg régie par ces lois précises et inéluctables qui ont rendu inévitable, jadis, la rencontre d'un autre iceberg avec le Titanic.
Puis, quand il aura fini son grand tour, il craquera en petits icebergs, qui se briseront en morceaux de glace, qui fondront sous nos pas quand nous voudrons fuir. Alors là-bas, d'autres glaces craqueront et se mettront en route après lui. Et des peuples s'engloutiront.
 
De temps en temps, secouant ma torpeur estivale, je pense à lui. 
Bien sûr que ça ne sert à rien. Puisqu'il s'est déjà mis en route et que sa route obéit à des lois si précises qu'elles ne peuvent que le conduire au Titanic. Que les experts dubitatifs continuent à faire semblant de controverser, pendant que d'autres organisent des bouchons, des vacances, des sondages électoraux, et des algorithmes compliqués pour les cours de la Bourse.
 
Pourtant, je ne peux pas m'en empêcher : de temps en temps, je pense à lui.
Je me demande où il en est aujourd'hui. S'il a pris par l'Afrique ou par l'Australie. S'il va croiser Juan Fernandez et les chèvres de Robinson, ou s'il passera plutôt au large de Tromelin. Et quel jour il entrera de nouveau en collision avec notre grand Titanic.
J'aimerais bien qu'aux informations on nous donne chaque jour des nouvelles de sa route, plutôt que de nous ennuyer avec la politique
Bien sûr, ça n'intéresse pas grand monde, un iceberg, je sais bien. Surtout que c'est l'été de l'insouciance et des vacances. Mais je suis sûre, quand même, que de temps en temps, comme moi, d'autres que moi pensent à lui...
 

Publié dans Fables

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A terre

Publié le par Carole

A terre
Sur la terrasse il gisait à terre, couché sur le dos, vaincu, dans son armure luisante, comme ces lourds chevaliers du moyen-âge que leur armure trop pesante, les empêchant de se relever, entraînait dans la mort.
Sur l'écran trouble de ma mémoire, j'ai revu passer les images effrayantes d'Henry V et d'Alexandre Nevsky. J'ai imaginé son dernier combat, sa lutte de seigneur superbe et maladroit dans le grand ring gluant de l'araignée, sa chute dans les cordes que chaque effort resserrait sur ses ailes, puis sa lente agonie, KO couché, pattes gigotantes dans l'armure inutile qui l'empêchait de se redresser.
Et je me suis dit que mon jardin si paisible, que mon enclos de paradis était sans doute en effet, pour la foule des minuscules habitants qui le partagent avec moi, pour l'oiseau au regard agité qui ne picore qu'en sautillant, pour le mulot qui s'enfuit dans la haie frissonnante, pour le papillon blanc qui tremble sur sa feuille, pour le lucane affolé que sa course maladroite a retourné comme un caillou, pour la fourmi écrasée sous mon pied avec tout son fardeau, pour le bourdon titubant qui agonise dans le maquis des lavandes, pour eux, pour eux tous, un champ de bataille aussi terrifiant que les pires cauchemars guerriers que nous ont légués nos ancêtres soldats.
Et que c'était après tout ce qu'on appelle la vie. Un combat incessant, où tous doivent finir par tomber, pour que tout continue.
Mais l'après-midi était si doux, et mon jardin si parfumé, que je me suis vite assoupie, sur la terrasse où m'attendait la chaise longue.
 
 

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Par la fenêtre de Monet

Publié le par Carole

Quand j'entre dans une maison inconnue, je commence toujours par regarder par la fenêtre. Le monde tel qu'on le voit de cette maison, de cette pièce, de ce morceau d'univers ; le monde entier posé dans ce cadre de verre et de bois : voilà ce que je veux voir et savoir. Voilà comment, me semble-t-il toujours, se révèlera à moi l'âme de cette maison et de ses habitants.
Car n'est-on pas toujours un peu ce que l'on voit ? Ou plutôt non : pouvons-nous être autre chose que ce que notre regard filtre lentement de ce qu'il a vu, de ce qu'il voit, de ce qu'il verra - que nul autre n'a vu, ne voit ni ne verra ? Et ce que nous appelons notre âme, n'est-ce pas, en définitivetout simplement ce regard, trouble ou pur, incertain ou profond, que nous posons - que même les aveugles posent, à leur façon subtile - par les fenêtres étroites qui nous relient au monde, sur les ombres qui passent, et les lumières qui viennent ?
 
maison de Monet à Giverny - fenêtre du salon
 
Ainsi, à Giverny, dans la maison de Monet, cette fenêtre était ouverte, comme une porte frissonnante dans son cadre de vigne vierge et de vieux bois. Comme un regard qui aurait fait fleurir la couleur dans le tremblement de feuillage de la lumière d'été. Comme un chemin tranquille s'en allant vers le ciel par l'allée du jardin.

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L'homme au lion

Publié le par Carole

L'homme au lion
Sur les plages où l'on se met à nu, si souvent on croise des rêveurs.
 
Il rêvait celui-là, indifférent à ceux qui le regardaient, en modelant son lion de sable.
Il rêvait d'un monde où il aurait été sculpteur, où il aurait été le dieu des formes inconnues qui grandissent sous les mains.
Il rêvait d'un monde où les humains auraient dormi auprès des bêtes.
Il rêvait d'un monde où le sable aurait été doux et vivant comme la peau des fauves.
Il rêvait d'un monde où les lions se seraient couchés sur le sable comme les enfants des hommes.
Il rêvait d'un monde où le vent aurait peigné le sel sur l'encolure des vagues pour y planter des forêts galopantes pleines de bêtes blondes.
Il rêvait d'un monde où la mer n'aurait emporté les châteaux des enfants que pour en faire des îles recouvertes d'oiseaux.
 
Lissant le sable du bout de ses doigts de rêveur il n'avait pas donné à son lion de griffes ni de dents. Mais il lui avait fait des cheveux de femme et des yeux de sirène endormie.
 
Pour tous ceux qui ne savent plus rêver,
en écoutant le vent qui effacerait tout,
en attendant la vague qui viendrait renverser 
les murailles tremblantes des châteaux en enfance,
il rêvait.
 

 

 

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Surveillance

Publié le par Carole

Surveillance
Au château d'Anet, j'avais aussi photographié cette étrange inscription, enroulée comme une paupière autour de l'"oeil" de la chapelle-cénotaphe de la déesse du lieu :
 
SURVEILLANCE.
 
Elle me serait restée incompréhensible, si je n'avais pas lu, dans une note du livre d'Ivan Cloulas sur Diane de Poitiers, qu'en 1793 le château mis sous séquestre avait été constellé, ainsi qu'un grand ciel de théâtre nouvellement repeint, d'inscriptions à l'or fin qui criaient aux passants : GUERRE AUX TYRANS, SURVEILLANCE PUBLIQUE !
 
Un peu plus tôt, à Ivry, sur le chevet de l'église, d'autres inscriptions révolutionnaires inattendues avaient déjà attiré mon attention :
 
 
J'ai toujours cru - et ce n'est pas Joël Pommerat qui me contredira - que notre monde moderne tenait tout entier dans le grand théâtre de la révolution française.
Tout entier. Avec sa passion de la raison et sa manie de surveillance. Avec sa violence hideuse et sa générosité inouïe. Avec ses tribunes philanthropiques et ses tribunaux sans innocents. Avec sa certitude que les mots sont des armes et que les armes ne sont que des mots comme les autres. 
Libertaire et totalitaire. Egalitariste et fraternel. Insolent et inquisiteur. Tout entier là, lové comme un serpent magnifique et terrible dans ces quelques années de la fin du XVIIIème siècle, si brèves et si intenses, qui nous regardent encore de leur oeil grand ouvert, pour le meilleur du pire, et le pire du meilleur - des mondes.
 
 

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Diane

Publié le par Carole

Fontaine - château d'Anet.

Fontaine - château d'Anet.

Au château d'Anet, nous avons pu méditer sur le sort étrange de Diane de Poitiers, la plus belle, la plus puissante, et la plus audacieuse des femmes de son royaume. Celle qui, à force de perfection, voulut se faire déesse, allant jusqu'à boire chaque jour l'or potable des alchimistes, pour ne jamais vieillir.
Il paraît que c'est ce qui la tua.
Il paraît aussi que plus tard, à la Révolution, son cadavre embaumé et intact fut jeté dans la boue, que ses longs cheveux d'or pur qui ne blanchirent jamais firent des perruques aux rois du carnaval, et que son splendide sarcophage de marbre noir fut transformé en auge à cochons.
Sic transit, etc.
Même les fous n'oseraient pas en rire.
 
 
Pourtant, je suis sûre que notre Dali à la moustache embaumée, qu'on déterrera peut-être prochainement lui aussi pour lui sonder la moelle, aurait trouvé très drôle l'histoire de cette Diane en cheveux, follement surréelle, et paranoïaque-critique en diable.
 
Car il l'a toujours su, lui, au moins, que ceux qui veulent écrire leur vie en forme de légende, pour en faire leur chef-d'oeuvre,
la mort se venge d'eux,
et, qu'avec ses gros doigts tachés de sang, de boue et de fumier, elle s'amuse à leur rédiger une suite de sa façon, en manière d'hologramme dadaïste ou de tragédie baroque.
 

Publié dans Fables

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Nymphéas

Publié le par Carole

Nymphéas
A Giverny, le bassin aux nymphéas était bordé de touristes plus nombreux que les rameaux pêcheurs du grand saule pleureur. On m'avait dit que ce serait pénible, que le lieu était désormais trop fréquenté, gâché de foule et de photographies.
Pourtant, les nymphéas étaient bien là, intacts, à nous regarder chacun de leurs yeux grands ouverts, et j'ai trouvé merveilleux que tant de gens se déplacent - et de si loin souvent - pour visiter cet étrange musée de reflets et de fleurs d'eau si fragiles qu'elles ne s'épanouissent qu'à l'instant de mourir.
Je me suis dit que c'était cela, précisément, que nous avait apporté le grand Monet dans sa série finale des Nymphéas : cette évidence si nouvelle et pourtant si ancienne, que la seule permanence à saisir et l'unique mystère à approfondir pourraient être l'éclosion d'une fleur, l'ombre passagère d'un pétale, la décomposition fugace de la lumière courant sur ses reflets comme une eau éternelle.
Qu'une telle découverte n'était pas seulement picturale. Que c'était autre chose. Une méditation nous ouvrant le chemin d'une pensée aussi intranquille qu'une eau qui passe en brisant ses reflets, aussi douce et paisible qu'un nénuphar grandissant sur ses tiges défuntes.
Et puis dans la maison, en voyant les photos de la famille du peintre, je me suis souvenue qu'il avait perdu, précisément à cette époque des Nymphéas, sa seconde femme, Alice, qu'ensuite il avait perdu Jean, l'enfant que lui avait laissé Camille, morte autrefois si jeune, puis qu'une guerre ogresse avait entrepris de dévorer son pays, et que, tandis qu'il peignait ses grands nénuphars, il pleurait sur tous ceux qui dormaient dans la boue, et leur offrait ses fleurs, ses reflets et ses ombres, en manière de tombeau, en ronde de berceau. 
Et j'ai pensé que nous, peut-être, les touristes insouciants, les touristes en foules, nous venions en réalité dans ce jardin en pèlerins, mettre nos yeux inquiets dans les vieux yeux brouillés de larmes, de lumière, et de couleurs tournoyantes, de celui qui savait, et qui nous guide encore, au long de ce grand tour qu'il faudra bien un jour achever en nous-mêmes.
 
Nymphéas

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Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson

Publié le par Carole

Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson
Fleurie, engazonnée comme un petit jardin, la boîte aux lettres avait l'air de me faire cygne... je veux dire, de me faire signe. Qui donc s'était logé là, sous ce toit de fleurs bleues, dans cette charmante boîte à billets doux ?
 
"Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson".
 
Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson... comme c'est joli... ! C'est merveilleux qu'ils habitent quelque part en ce monde, ensemble, ces deux-là, et que justement il me soit donné aujourd'hui de passer devant leur demeure enchantée.
 
Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson ? vraiment ? Je reviens sur mes pas. Et là, je lis, résignée, ce qu'il faut et toujours fallut lire : "Mr Menut / Melle Chanson". 
Monsieur Menuet, c'était mon regard qui l'avait inventé. 
 
Cela m'arrive si souvent, de lire un mot pour un autre, et d'y croire un instant, avant de revenir à ce qu'on s'obstine à appeler la réalité. Pas plus tard qu'hier, par exemple, sur un vieux mur, j'ai aperçu une affiche noire et déchirée qui annonçait : "Explosion de photos"... J'y ai cru, comme toujours, avant de comprendre, déçue, qu'il s'agissait d'une banale exposition de photos, qui plus est déjà révolue.
 
Le monde où nous vivons est un monde plein de mots. Un monde d'informations et d'injonctions. Alors notre esprit insoumis, parfois, choisit la distraction. Il bouscule les lettres, fait son petit surréaliste. Il veut lire de traverse et poser sa chanson, en menuet tressautant, sur les débris de l'évidence. Bien sûr, ça ne dure qu'un instant. Juste le temps de se dire qu'il y aurait là, peut-être, un bout de chemin marabout de ficelle qui aurait pu nous mener, par ses détours et ses lacets, jusqu'au pays de poésie qui est en chaque vie.
Et puis sottement on vérifie, bêtement on se reprend.
"Monsieur Menuet et mademoiselle Chanson", c'était tellement idiot, maintenant qu'on y repense...
 
 

Publié dans Fables

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