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Words

Publié le par Carole

Words
C'est tout l'art de la mode, aujourd'hui : convaincre l'acheteur qu'un objet fabriqué en usine à quelques milliers ou millions d'exemplaires fera de lui un être unique.
Il y faut, après tout, du talent - l'inusable talent des rhéteurs et des Gaudissarts, des Birotteaux et des baratineurs, agiles enfileurs de mots et bons brasseurs de vent.
 
Est-ce donc pour cela que si souvent ce sont des mots que l'on nous vend - des mots, des mots, des mots, pour aller dans le vent s'épanouir en série comme tout un chacun, comme tout à chacun ?

Publié dans Fables

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Café du rêve

Publié le par Carole

Café du rêve
ecousent Je passais dans la rue. C'était un de ces jours où l'on se dit que rien n'arrivera, puisque tout est si laid.
Soudain il y a eu ce léger souffle de vent. J'ai entendu au-dessus de moi le froufrou d'un rideau, et j'ai levé la tête :
Café du rêve
 
Un peu pompette et très usé, il avait si longtemps dormi, le vieux rêve, à l'enseigne des copains d'abord et des lendemains qui chantent. Il avait si longtemps cherché l'aventure dans le marc, et si souvent refait le monde en tapant la belote contre son verre d'absinthe. Il s'était tellement fatigué lézardé démodé.
Qui donc ne l'aurait cru désormais
bien mort mal enterré ?
Alors ce souffle chaud sur la vitre refaite, ce mot dansant chantant qui veut dire hospitalité,
TERANGA
c'était comme un message
un de ces beaux hasards
qui recousent les ombres
avec le fil des âmes.
 
 
Et dans leur nuit là-bas, sur l'étroit bastingage de l'ancienne vitrine, il m'a semblé les voir, les vieux rêveurs, agiter leur main pâle
comme des voyageurs qui s'en iraient plus loin.

Publié dans Nantes

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Jour de soldes

Publié le par Carole

Jour de soldes
Le soleil avait beau pailleter ses joues de juin et de lumière, elle paraissait pleurer dans sa cage de verre où tout était à vendre...
Décapités, réduits à leur silhouette, ou désolés d'ennui : n'est-il pas étrange qu'ils soient, tous et toujours, sinistres, les mannequins qui se mirent-meurent dans nos rues, sous leurs vêtements neufs et pimpants ?
Il semble que désormais nous ayons l'achat triste comme vin de piquette, et qu'elle soit devenue bien morose, l'ivresse de consommer. 
Roses à crédit fripées qu'on nous refourgue en soldes.
 
Mannequins tristes et las, vos yeux absents sont les miroirs où se reflètent à l'infini des vitrines, des vitrines, des vitrines, entre lesquelles nous errons, cherchant notre avenir, à tâtons comme au labyrinthe.
Société de consommation, disait-on doctement, vertement, verbeusement.
Et maintenant ? Consommation des sociétés ? Et après, et après ? pourquoi se taisent-ils, ceux qui parlaient si fort autrefois ? Tous ceux qui savaient tout, pourquoi ont-ils cessé de nous dire où aller ?

Publié dans Fables

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Les fraises des bois (réédition revue)

Publié le par Carole

fraises-des-bois-1.jpg
Jardin des Plantes de Nantes, vue depuis la rue du docteur Ecorchard 
 
Je longeais les murs du vieux parc.
Il était tôt. Le Jardin à cette heure était encore fermé, silencieux, replié sur lui-même comme un oiseau qui dort. Un jeune soleil de juin égouttait sa lumière sur l'aile bleue des arbres, et des chants s'éveillaient.
L'odeur poignante de la forêt embaumait le trottoir. Forêt d'aube alourdie de rosée, forêt d'été heureuse après la pluie, forêt moussant de champignons, forêt blottie de feuilles mortes, forêt d'hiver s'assoupissant : tant de forêts montaient vers moi dans ce matin très pur. Et brusquement je les ai vues, derrière la grille. Menues et rouges, surgies de leurs collerettes délicates de feuilles vertes, sous les grands camélias, dans l'ombre des lourds magnolias, loin du sentier des promeneurs, fraîches et vives comme un souvenir d'enfance. Trois fraises des bois minuscules et parfaites, venues de loin, de très loin en arrière, du plus lointain de ma mémoire, belles et solitaires comme ces fruits dessinés point à point sur les tapisseries du moyen âge. Je me suis penchée, j'ai tendu la main à travers la grille. J'aurais tant voulu les cueillir, les porter à mes lèvres, retrouver leur goût trop longtemps effacé de ma vie.
Les fraises des bois... Elles poussaient autrefois sur les sentes de Merlette, et derrière les sapins dans le jardin des grands-parents à Guéret, et aussi dans le coin des violettes, à Freschines, et je savais toujours les retrouver, et j'en tachais mes doigts, j'en barbouillais mes lèvres. Jamais je n'ai pu oublier leur parfum, leur goût un peu acide, leurs grains minusculement âpres qui restaient sous ma langue comme des paillettes aiguës de lumière.
J'étais si près, ainsi penchée, j'aurais presque pu les effleurer. Mais j'avais beau faire, j'avais beau allonger mes doigts mendiants vers les bois et les jardins si bien connus d'avant, rien à faire, elles étaient trop loin - elles étaient si loin, derrière la grille, loin de tous les sentiers, inaccessibles comme un souvenir d'enfance.
 
Des jours passés que reste-t-il, que mes doigts tendus tout tremblant de désir, et cette enfance dans mon coeur, meurtrie aux grilles des vieux jardins secouant leurs ombres, dans l'aube toujours intacte de ma mémoire ?

Publié dans Fables

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Voie d'accès

Publié le par Carole

    C’est un cauchemar que je fais quelquefois.
    Je suis au volant de ma vieille automobile si poussive, suspendue au sommet d’une pente, et je dois m’élancer sur la voie d’accès d’on ne sait quelle autoroute.
    Je suis là, arrêtée, immobile et figée, incapable d’aller plus loin, car la voie d’accès, c’est évident, est tout à fait impraticable… Elle est si courte, si effroyablement courte… Comment peut-elle être aussi courte ? Pourquoi a-t-on prévu, après cette côte intraitable, une voie d’accélération aussi absurdement brève ? [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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L'ami

Publié le par Carole

L'ami
J'avais poussé par hasard la porte du square. Il gisait dans l'herbe, géant tranché ébranché étêté, pleurant encore quelques larmes de sève, attendant sans linceul qu'on l'emporte tout nu vers la scierie qui le débiterait tout net en tranches ou en rondelles.
Je suppose qu'il fallait l'abattre, qu'il était devenu dangereux pour les enfants du quartier. Il était si vieux, forcément, qu'on ne pouvait plus se fier à son équilibre, à sa mauvaise tête chancelante... Et puis son ombre pesait lourd sur ce square trop étroit qu'on avait décidé de repeindre en jeune et en gai. La raison, la prudence, le bonheur des petits qu'on emmène promener dans les jardins des villes, tout, en somme, exigeait sa décapitation.
On avait fait ce qu'il fallait...
 
Un père promenait, un peu plus loin, sa toute petite fille.
Ils se sont approchés. J'ai entendu le père, qui disait à l'enfant :
"Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'il était ton grand ami... qu'il était toujours là pour toi."

Publié dans Fables

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Incendie

Publié le par Carole

Basilique Saint-Donatien, Nantes, 15 juin 2015 à 16h44

Basilique Saint-Donatien, Nantes, 15 juin 2015 à 16h44

Si je vous dis que ce matin, Saint-Donatien brûlait, et que, ce soir, Saint-Donatien fumait, toit crevé, pierres noircies, je crois que vous n'allez pas vraiment comprendre.
Il faut d'abord que je vous raconte deux histoires.
La première est assez récente : c'est celle de l'incendie de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, en 1972.
Un couvreur travaillait sur le toit, soudant au chalumeau... exactement comme à la basilique Saint-Donatien-Saint-Rogatien, ce matin. 
Histoire jumelle...
 
La seconde est très, très ancienne : c'est celle des gémeaux Donatien et Rogatien -Rogatien et Donatien. Romulus et Rémus d'ici, doux comme des enfants, martyrisés et fondateurs. Sur leurs corps confondus on a bâti, dit-on, la première église d'ici, et la foi de la ville, à l'ombre dorée de leur palme aujourd'hui toute noire, se reposait depuis bientôt deux millénaires.
Histoire de jumeaux... 
 
Incendie
Voilà, je crois que vous commencez à comprendre ce qui tout à l'heure ne s'est si bien consumé que pour se raviver, à la rumeur des flammes et à la flamme des symboles, dans le brasier de Saint-Donatien : un grand pan de mémoire, et cette petite part de légende dont toute ville a besoin pour y planter ses fondations.
 
Cette étrange impression, aussi, que tout, ici, est voué à la gémellité comme le monde à l'éternel retour.
 
http://www.ouest-france.fr/eglise-saint-donatien-incendie-actuellement-leglise-3484512

Publié dans Nantes

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La télécommande

Publié le par Carole

La télécommande
Que faire, lorsque l'on déménage, d'une vieille télévision ?
Celui-ci avait trouvé tout simple de nous la laisser sur le trottoir.
C'est interdit ? Cela encombre et dérange ? Evidemment, évidemment...
Alors, sur l'objet du délit, notre jeteur furtif avait posé, bien joliment, bien soigneusement, la télécommande, comme un qui aurait fait semblant de se dire qu'après tout, cette télé, il la donnait, qu'elle servirait bien à quelqu'un - avec sa télécommande intacte - une si belle télé, n'est-ce pas, en parfait état de marche... même c'était vraiment généreux, tellement altruiste, et tout à fait écologique, finalement, de la laisser là, au milieu du trottoir - avec sa télécommande presque neuve et qui changeait tout, ainsi offerte, ostensiblement philanthrope, responsable, solidaire et durable.
 
La bonne conscience est un bien si précieux, que nous ne manquons jamais d'en orner tous nos petits arrangements avec la loi et la morale.
Qui n'a jamais posé, sur l'écran noir et sale de ses actions mauvaises, une télécommande intacte  ?
 

Publié dans Fables

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Installation

Publié le par Carole

    Voilà qu'il est arrivé en retard à la fin... ça doit être à cause de ces mauvaises jambes qu'il a maintenant... Parce que, vraiment, c'est la première fois... jamais pu faire autrement qu'arriver en avance, chez HUA... toute sa vie... si on lui avait dit qu'un jour... Tant pis, il attendra dans la queue. C'est qu'il en est venu, du monde ! Pas croyable, ce monde qu'il y a, encore, pour passer la grille, du monde qui s'avance en colonnes et qui parle toutes les langues, comme avant... du monde qui vient de loin, de partout... 
    Là-haut, tout près du ciel, l'horloge est toujours là, à vous fixer de son immense cadran sévère. C'est curieux tout de même que les aiguilles aient disparu. Une horloge sans aiguille, une horloge face de lune, qu'est-ce que c'est ? Le visage du temps, peut-être, du temps qui file, puis qui se fige, pour toujours... [...]                                                                                                                            
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com
 

Publié dans Récits et nouvelles

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Libres en livre-service

Publié le par Carole

Libres en livre-service
Des livres dans la rue. A la grille obscure d'on ne sait quelle cave, colorés, lumineux, posés sur leur branche de ciment comme des oiseaux repliés sur leurs ailes.
Des livres dans l'escalier. Des livres pour s'asseoir sur les marches, avant de remonter un peu plus haut, ou de descendre plus léger.
J'ai aimé les voir là. Offerts et dérisoires. Précieux et patients.
Libres en livre-service, comme devraient être tous les livres.

Publié dans Fables

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