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25 articles avec divers

Deux silhouettes dans la nuit

Publié le par Carole

C'est une histoire obscure que je vais vous raconter aujourd'hui, une histoire d'autobus, de misère et de nuit.
 
C'était hier, il était peut-être dix-neuf heures trente, en tout cas il faisait déjà sombre.
Sur le quai de la Haluchère, au moment de monter dans le bus, une femme inconnue m'a abordée soudain, pour me "confier" une autre femme : une Africaine lourdement enceinte qui ne parlait que le portugais, accompagnée d'un petit garçon, et encombrée d'un gros paquet qui semblait contenir une petite poussette pliable. Il fallait veiller, m'avait expliqué l'inconnue, à ce qu'elle descende à l'arrêt "Sercel", d'où elle devrait ensuite rejoindre un "hôtel social". La femme muette tenait un morceau de papier avec une adresse, sans autre indication. Elle ne semblait pas du tout savoir quel chemin elle aurait à faire, et ne possédait ni carte routière ni téléphone. Elle est montée avec moi, puis s'est assise, près du petit garçon.
 
Une courte recherche sur mon smartphone m'a rapidement montré qu'elle aurait à parcourir trois kilomètres environ, au bord d'une route nationale dangereuse, dépourvue de trottoir et d'éclairage, puis à entrer dans le labyrinthe d'une zone industrielle que le soir vidait de tous ses employés, où elle ne pourrait demander son chemin à personne.
Alors mon imagination s'est affolée, elle a commencé à marcher au bord de la route, à s'égarer dans la nuit solitaire, à s'évanouir sous l'éclat des phares dans les douleurs de l'enfantement, à rouler sous les pneus crissants des voitures... J'ai eu peur. Si peur que je suis descendue avec la femme à cet arrêt qui n'était pas du tout le mien. Que j'ai demandé à mon mari de venir nous chercher en voiture, que...
 
Mais la femme courait devant moi, tirant son petit garçon, résolue, aussi vite qu'elle le pouvait. J'ai couru derrière elle, j'ai réussi à lui montrer en faisant de grands signes la direction à suivre. Elle courait tant que je ne parvenais pas à la suivre. Elle courait malgré son gros ventre, comme quelqu'un qui aurait fui... Moi j'essayais de l'accompagner, de loin, de plus en plus loin... Quand mon mari, après m'avoir recueillie toute essoufflée, s'est arrêté enfin à son niveau, elle a absolument refusé de monter avec nous, qui lui proposions, à grand renfort de gestes, de l'emmener jusqu'à sa destination.
Il semblait impossible de la convaincre. Ses yeux étaient emplis de tant de terreur. D'une terreur que je n'avais jamais observée encore chez un être humain. D'une terreur qui était La Terreur. 
Alors, désemparés, nous l'avons laissée partir avec son enfant sur le bord de la route, dans la nuit et le fracas des voitures.
Les deux silhouettes se sont rapidement perdues dans l'obscurité. Mon histoire est finie.
La femme a-t-elle pu malgré tout arriver ? ou bien a-t-elle passé la nuit à errer ? A-t-elle - horreur ! - dû accoucher seule avec son petit garçon, dans un fossé plein de boue ? Que s'est-il passé ? Je n'en sais rien. Je vous dis que mon histoire est finie. Que de la sienne, je n'ai rien su, et ne saurai plus jamais rien, sans doute.
 
Mais jamais je n'oublierai le remords que j'ai éprouvé. L'intense sentiment de culpabilité qui a pesé sur moi toute la soirée, comme si j'avais été pleinement et sans excuse responsable - moi qui pourtant croyais avoir tenté d'y remédier - de cette errance, de cette solitude, de cette détresse absolue.
Et jamais je n'oublierai ce regard de terreur. 
Le regard de ceux qu'on appelle aujourd'hui des migrants. De ces gens qui ont franchi la mer comme on franchit la mort, puis ne savent plus que courir dans la nuit des pays où le hasard les jette, effarés, redoutant la police autant que les violeurs et les détrousseurs, n'espérant de leur fuite qu'un moment de survie dans ces havres précaires qui jalonnent leur course.
 
Le remords et la terreur. Les deux seuls sentiments possibles dans ce monde chaotique où l'on ne peut plus être que de ceux qui possèdent un toit et une vie, ou de ceux qui n'ont rien, que leur ardeur à fuir et leur volonté de survivre.
Et c'est tellement absurde. Et je n'y comprends rien. Mais ces deux silhouettes avançant obstinées dans la nuit qui les efface, elles sont pourtant l'éternelle humanité de la mère et de son enfant, de l'amour qui contient tout le sens de nos brèves existences.
 
 

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En 2017... ne pas nourrir les plantes carnivores !

Publié le par Carole

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Elles se pavanent, elles font troupeau dans leur enclos, un peu frivoles, mais tranquilles - sottes peut-être, mais si belles. Elles vivent innocentes, d'eau fraîche et de chlorophylle, d'amour, d'ennui ou d'illusions. Tant qu'elles n'ont pas appris le goût des mouches et la saveur du sang, elles ne s'en doutent même pas, qu'elles sont carnivores.
Mais n'allez pas les nourrir, oh non ! car il en faut si peu pour les rendre féroces, à jamais prédatrices : qu'elles respirent seulement le parfum de l'ombre de l'insecte qu'on leur a jeté, le tremblement d'angoisse d'une chair qu'on leur livre, et les voilà qui se dressent, qui attaquent, qui étouffent, empoisonnent et dévorent et digèrent, répugnantes, venimeuses, inlassablement meurtrières. Et nos barreaux rouillés, droites grilles inutiles d'une pauvre raison qui ne tourne plus rond, s'effondrent en sanglotant, incapables de contenir leur armée grandissante.
 
Car ainsi va le monde, qui saurait vivre en paix, peut-être même en joie, en douceur, en beauté, si quelques-uns ne nourrissaient pas de ses plaies tant de mouches carnivores, tant de plantes gorgées de haines.
 
Alors pour cette année nouvelle qui pourrait bien, si on n'y prend garde, ressembler à tant d'autres, j'ai juste un voeu à faire - un voeu naïf, un peu bizarre, un voeu à la Ponti :
 
Que plus personne, sur cette Terre,
plus jamais, nulle part,
ne s'avise d'aller nourrir
les plantes carnivores.
 

 

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Joyeux Noël

Publié le par Carole

Je vous souhaite à tous un joyeux

 

N

 Ë

 L

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La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan

Publié le par Carole

La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan
La rose Freedom... ici elle est comme un chiendent, partout poussée et répandue, si vivace, si commune, si vulgaire même parfois, qu'on finirait par la mépriser, à force de se griffer à elle, à force de la croire indéracinable.
 
Mais ailleurs. Ailleurs, en tant d'autres lieux, c'est une fleur fragile, une tige sans pétales qui rampe au long des murs. C'est la pariétaire maigre et hâve qui s'accroche aux barreaux des prisons, aux lèvres bâillonnées des suppliciés, aux troncs noirs des gibets. 
Une fleur sans jardin, une fleur sans printemps qu'on écrase du talon, une fleur torturée qu'on pend aux barbelés, et qu'on jette à la roue des chars pour qu'elle ne sème pas.
 
Une fleur qui résiste pourtant, qui végète en silence dans l'hiver des consciences, jetant vers l'avenir le bois de ses épines, ardentes et vives comme la douleur, comme la foi, comme la solidarité.
 
 
Alors en ce 12 décembre de brume et de froid, ayez une pensée pour la rose Freedom... et pour Asli Erdogan, la journaliste et romancière turque emprisonnée, dont les textes seront lus ce soir un peu partout en France.
Et, à Nantes, à partir de 19 heures, à la Manufacture des Tabacs.
 

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Berserk

Publié le par Carole

Les faits-divers s'accumulent, et l'horreur ne semble plus avoir de limites, en ce jour où nous apprenons qu'un garçon de 19 ans qui vivait chez sa mère vient d'égorger sans frémir un vieil homme de 86 ans. Au nom de Dieu et dans une église. Avant d'être neutralisé, c'est-à-dire abattu.
Je dis cela aussi précisément que je le peux, mais le disant j'ai l'impression que je touche à l'indicible. Qu'il n'y a pas de mots. Qu'il ne peut y en avoir, car les mots sont humains, et tant d'horreur, n'est-ce pas, ne saurait être humaine ?
Pas de mots l'indicible plus de mots l'innommable.
 
D'où, sans doute, ce grand flot de lieux communs et d'idées toutes faites qu'on s'empresse de jeter, à la télé, à la radio et dans tous les journaux, comme de grands seaux d'eau, sur le sang répandu.
 
Pourtant nous devons le penser, cela qui nous échappe. Trouver les mots. Les affronter. L'erreur des humanistes, ce fut justement d'oublier que les humains ne veulent pas seulement la vie, le progrès, la sagesse et la paix, mais qu'ils veulent aussi quelquefois, avec furie, l'horreur, le délire et la mort. De n'avoir pas voulu souiller les mots du bien en pensant malgré eux l'atroce fascination de la mort, de la régression et de la destruction. 
 
Aujourd'hui, nos pensées sont désarmées, les mots nous manquent à tous. Il nous faut en chercher qui viendraient de plus loin. Racler les coins sombres de l'histoire et de la littérature où tout l'humain est en dépôt.  
On a parlé d'Amok, par exemple, en référence à la terrible nouvelle de Stefan Zweig. AmokAmoklauf. C'était pour Nice.
Ce soir, un autre mot me hante, un mot anglais venu des sagas scandinaves, où il désigne les guerriers habités par un dieu de violence qui, devenus furieux, tuent et se font tuer, extatiques, animaux. BerserkIls sont devenus berserk. They have gone berserk.
Mais s'il me hante, ce mot berserk, il me fuit, aussi, comme un fantôme, tant j'ai de mal à le prononcer. Il glisse sur le sang, il penche encore, indicible, dans mes pensées qui s'effraient, du côté noir de l'innommable.
Berserk. C'est bien cela pourtant. They have gone berserk. Sie laufen Amok.
 
Le temps viendra peut-être - oui, bien sûr qu'il viendra - où nous regarderons en arrière, dans toutes les langues du monde, vers cet aujourd'hui de furie. 
Où ce sera le passé. Qui n'a jamais empêché l'avenir de sourire. Quand même.
Où les historiens nous auront donné les faits, les dates et les repères.
Où nous pourrons reprendre le grand chemin des humanistes en nous gardant de ce qui fut leur unique erreur : croire que le désir de vivre libre et d'être heureux résume l'âme humaine.
 
Se méfier des coins noirs. Toujours se souvenir du mot amok. Toujours se souvenir du mot berserk. Même s'il va nous être tellement difficile de les apprendre - ou de les réapprendre - ces mots nouveaux qui nous viennent de si loin.
 

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breXit

Publié le par Carole

breXit
Vous nous avez si longtemps donné l'heure... 
Alors maintenant qu'il est l'heure
que vous voilà à l'Ouest
prêts à voguer vers l'x,
n'allez pas oublier
que le monde ne tourne
qu'autour de ceux qui tournent
avec leur temps.

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Panne

Publié le par Carole

Panne
Comme tant d'autres, j'ai laissé au repos ma voiture assoiffée. Sur son trottoir reverdi que les oiseaux regagnent, elle attend en broutant, cheval fourbu pas mécontent de rester dans son pré.
Plus d'essence. La panne... 
Autrefois, quand la mer était calme, et qu'il fallait attendre un navire compagnon, ou que le menuisier du bord avait besoin d'un peu de temps pour réparer les mâts qu'une tempête avait ébranchés, on mettait ainsi le navire, voiles repliées, au repos, en panne.
Alors les marins désoeuvrés s'asseyaient. Ils regardaient passer dans le ciel les grands oiseaux de mer, remplissaient leurs bouteilles de bateaux chimériques, ou sculptaient sur des dents de requins des paysages et des visages qu'on n'avait jamais vus, et que la mer reprendrait, bientôt, quand elle aurait vidé leur sac.
 
La pénurie, la crise, le blocage... on peut en parler de bien des façons, évidemment. Tant de journaux et de télévisions s'y égosillent, en boucle, en scoop, en continu.
Mais nous, au moins, contraints de mettre en panne nos déplacements inutiles, nos courses frénétiques et nos rendez-vous minutés, forcés de nous asseoir, ou bien d'aller à pied, nous retrouvons, un peu, très peu, si peu, le rythme antique de la vie sans moteurs.
Une vie dont nous n'avions plus la moindre idée. 
Lente comme un navire sous le vol des oiseaux.
Pas une vie facile. Juste une vie pas vite.
Une vie qu'on peut tenir entre ses mains, comme un petit morceau de temps, pour la regarder vivre, ou même la sculpter, lentement, ou l'emplir de chimères, avant qu'elle ne s'en reparte à la vague.

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Muguet

Publié le par Carole

Muguet
Car vouloir est espoir, et espoir est vouloir.
(K. May)
 
 
Il faisait froid, si froid... il faisait peur, si pleurs...
J'ai cru que cette année il n'y aurait pas de printemps pour l'hiver, et pas de mai pour le muguet.
 
Alors je l'ai cherché dans la nuit.
Il était là, bien là, modeste et boutonnant tout au fond du jardin, et tête basse encore sous l'ombre accumulée.
Mais si clair et si vert. Prêt à bondir comme un rire, à lancer ses clochettes comme doigts de lumière, à tourner sur sa tige comme un soleil d'été.
Le premier mugue-mai, l'obstiné du bonheur, la fleur des lendemains qui ne peuvent jamais déchanter
                               tant qu'ils sauront danser.
                              
 

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L'autre son des cloches

Publié le par Carole

Louvain - Belgique - Un carillonneur interprète "Imagine" de Lennon

Il m'a rappelé le violoncelliste de Sarajevo, il y a vingt ans, jouant obstinément sous les tirs des snipers l'irréductible mélodie des hommes, ce carillonneur belge, venu sonner hier pour tous les morts et les vivants en deuil.
Quelques notes très grêles au-dessus de la ville. Quelques notes si faibles, juste au-dessus des larmes. Quelques notes fragiles assourdies par la nuit, pour sonner tout ensemble le glas des morts et les heures de l'espoir.
Je pense que John Lennon aurait aimé l'entendre, quand il est tombé sous les balles de son assassin, ce tintement léger dans la fureur du monde. Et peut-être l'a-t-il tout de même entendu, malgré tout, une dernière fois, dans les battements affaiblis - ailes de papillon brisées - de son coeur s'éteignant.
 
Quand la barbarie veut tout étouffer de cris et de sang, quand l'horreur veut nous priver de bonheur et de rêve pour installer son règne, c'est tellement peu de chose, et pourtant tellement nécessaire, de l'entendre encore résonner, si doux, si frêle, l'autre son des cloches : celui de l'humanité, fragile et incertaine, mais toujours, toujours, toujours là.

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Porte close

Publié le par Carole

Porte close
On aura beau attendre
Espérer enrager
Appeler et sonner
Relire les vieux papiers
Qui disaient que jamais
 
C'est à c'est sans espoir
C'est à ne pas y croire
Que le monde a changé
Qu'il est devenu vieux
C'est à ne pas d'histoires
 
On nous les a fermées
Les issues de secours
Et la clé a rouillé
Dans l'herbe barbelée
Mais on appelle encore
 
On sonne et on ressonne
Il n'y a plus personne
On cogne et on appelle
Où donc sont-ils allés
Ceux qui nous ressemblaient
 
On s'écorche la gorge
Et on se tord les ongles
Et on se heurte encore
Aux portes obstinées
Au visage de lèpre
Et de fer
                 du mensonge.

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