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31 articles avec divers

Soir jaune

Publié le par Carole

Soir jaune
Hier soir il y avait dans le ciel de chez nous une étrange lueur jaune.
Quelque chose de crépusculaire et d'épais, lumière et ombre enlacées dans le jaune d'un étrange baiser où le monde paraissait se suspendre.
Un bain d'automne où tout n'était que feuilles mortes et poussière d'horizon.
Cela a duré longtemps. Bien plus qu'un coucher de soleil. Une heure, deux heures peut-être.
 
Il paraît que c'était, au large de nos côtes, la trouble queue dragonne de cette terrible tempête Ophélia, en route maintenant vers le Nord de l'Europe, après s'être trempée dans le sable du Sahara, puis roulée dans le feu des incendies du Portugal.
 
Grains de malheur et pluies de cendres
Eclairant notre paix de leur long sourire jaune,
Pour que nous le sachions, dans ce lent crépuscule
que le malheur des uns pourrait bien être nôtre.
 
 
Les humains sont d'ici et de là,
mais le vent
 
le vent est de partout
et la Terre est la même toupie
sous les pas de tous ceux
qui tournent dans le vent.
 

 

Publié dans Nantes, Divers

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Les ganivelles

Publié le par Carole

Les ganivelles
Ce matin, mon bus était dévié. 
Ça ne m'arrive jamais de passer devant la préfecture à huit heures du matin. 
En levant la tête, soudain, j'ai vu ces gens derrière ces barrières de police - il paraît qu'on devrait dire barrières Vauban, mais ici, à Nantes, on les appelle des ganivelles - un drôle de nom chantant comme bartavelle, migrant comme hirondelle, grinçant comme citadelle, puissant comme manivelle, étrange et démuni comme Cadet Rousselle.
J'ai d'abord cru à une manifestation.
Le bus a ralenti. Non... non... c'était autre chose.
 
C'étaient eux, ceux qui attendent, le matin, qu'on leur ouvre les grilles, pour avoir enfin des papiers, les papiers - ces papiers qui sont devenus la matière même, si fragile et pourtant si rigide, de nos vies classifiées, enregistrées et tamponnées.
 
Ils attendaient en ligne, debout derrière les ganivelles, depuis on ne sait quelle heure du petit matin, pour être sûrs d'entrer à temps, de prendre la queue avant qu'on en ferme l'accès, et de se présenter quand il fallait au guichet qu'il fallait.
Je ne les avais jamais vus, ça ne m'arrive jamais de passer par là à huit heures du matin, ça ne m'arrive jamais d'aller attendre là derrière des ganivelles. Ce n'est pas mon chemin.
 
Le bus a redémarré brutalement. Une moto est passée en trombe. Les gens sont pressés, le matin.
 
Je me suis juste dit que c'était cela, sans doute, aujourd'hui, bizarrement, être un privilégié : avoir le droit de foncer vers où on croit vouloir aller, pouvoir suivre en vitesse son petit chemin d'homme pressé. Pendant que d'autres, coincés debout derrière des ganivelles, n'ont que le droit d'attendre, pendant des heures, qu'on leur entrouvre des grilles.
 
Mais, bon, j'avais à faire, moi, ce matin. Un bus dévié, beaucoup de temps perdu. Je n'ai plus repensé à tout cela. J'étais bien trop pressée.
 

Publié dans Divers, Nantes

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Minute de silence

Publié le par Carole

Minute de silence
Quand j'étais enfant, chaque journée était un lent voyage, chaque jeudi était tout un pays, chaque dimanche était un continent, et les vacances étaient la voie lactée entière, traversée seconde après seconde, qui n'en finissait pas de s'étirer dans l'univers illimité. Quand j'étais enfant, chaque minute débordait d'instants tout frémissants dont chacun importait, dont chacun se vivait comme une éternité. Alors, ces minutes de silence auxquelles s'adonnaient quelquefois des adultes à l'air grave, elles me semblaient vraiment longues, incroyablement longues. Et cela me paraissait très étrange, tout à fait incompréhensible, que ces adultes si pressés d'habitude, s'arrêtent ainsi, pour soixante longues secondes immobiles, de vaquer à toutes ces occupations qui leur semblaient si importantes.
 
Maintenant que, devenue adulte, je suis passée de ce côté du temps où les journées coulent à flots vides et pressés sans qu'on arrive à en saisir une seule heure, je leur trouve un vrai sens, une nécessité profonde, à ces minutes de silence qui quelquefois suspendent le cours fébrile de nos occupations stériles. Elles nous rendent ce temps long que nous ne savons plus avoir, qui est le temps des enfants, des morts et des endeuillés. Le temps qui nous fait humains. Le seul temps qui en vaille l'instant. 
 
En tout cas, j'ai voulu les compter ici aujourd'hui, ces soixante secondes de ma minute de silence, comme soixante pulsations de sang, comme soixante cris d'enfant, comme soixante larmes de sable arrêtant le cours désordonné de ma journée.
Soixante grains de silence, soixante pétales de douleur, soixante ombres innocentes, soixante mots humains pour dire en toutes langues "humanité",
pour ceux qui sont tombés, à Barcelone et à Cambrils, à Turku et à Nice, au Caire, à Londres et à Paris, et ici, et maintenant, et avant, et pour rien, et sans fin, et ailleurs, et partout.
 
18 août 2017
 
 

Publié dans Divers

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Camden

Publié le par Carole

Camden
J'ai appris que Camden market avait brûlé.
Camden... Camden Lock, le grand marché cosmopolite des chiffonniers de Londres, ravagé aujourd'hui par les flammes comme le fut jadis la City.
 
J'y étais allée l'année dernière, sans y prendre grand intérêt.
Un immense indien de plastique couleur métal, un Mohican de foire, gardait l'entrée de je ne sais plus quelle boutique à pacotilles. Je suppose qu'il a fondu dans la chaleur de l'incendie, ou bien qu'il gît, couvert de suie boueuse, abattu par la lance des pompiers, sur un grand lit de cendres.
Je l'avais photographié parce qu'il était tellement kitsch. Et voilà qu'il est devenu si beau, si imposant, sur la photo d'alors, maintenant que Camden a brûlé.
 
C'est toujours si troublant, quand ce qui nous avait semblé laid, insignifiant ou ridicule, se met à devenir précieux, en émergeant des cendres de tout ce qui n'est plus.
 
Cette statue de foire, à l'entrée du marché incendié, si naïve autrefois dans son mauvais goût colossal, mais si noble et si grave, aujourd'hui qu'elle garde impuissante un tas de ruines noires.
Ces chansons ridicules des yéyés d'autrefois, qu'on ne peut plus entendre, à la radio, sans que le coeur se serre.
Ces vieux films de famille où les gens sont trop gros et nous font des grimaces - et on en pleurerait.
 
On devrait toujours y penser, lorsqu'on est tenté par le mépris. 
 

Publié dans Divers

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Rue de la Convention

Publié le par Carole

Rue de la Convention
Je me posais cette question, tout à l'heure, rue de la Convention, dans ce vieux village républicain de Chantenay où les boulevards s'appellent encore Liberté, Egalité et Fraternité :
La Convention, combien sauraient encore ce que ce mot veut dire, si on interrogeait, en ce jour d'élections législatives, non seulement ceux qui iront voter et ceux qui n'iront pas, mais même ceux qu'ils éliront et ceux qu'ils n'éliront pas ?
 
Il y a longtemps que nous ne la connaissons plus sur le bout des dates, l'histoire de nos institutions. Et c'est dommage.
Mais après tout ça ne change pas grand chose. Car l'Histoire, elle, est comme le petit bonhomme vert qui court, intrépide, devant nous, chaque fois que nous traversons au feu.
Ignorante ou savante, elle s'en va toujours pressée, dès que la route est libre, et, quoi qu'on vote ou ne vote pas, il ne reste rien d'autre à faire, quand elle s'est élancée, qu'à courir derrière elle, sans bien savoir pourquoi, sans bien savoir pour où.

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Prudence !

Publié le par Carole

Prudence !
C'est mon fleuriste qui l'a dit, sur son ardoise il l'a écrit :
le saint du samedi 6 mai, la sainte du jour d'avant,
c'était Prudence, le bon Prudence enfant de Clairvoyance, la chère brave Prudence, la mère d'Espérance.
Je ne sais si Prudence aujourd'hui saura veiller sur nous comme veillait hier cette ardoise tranquille sur les roses du jour,
car de quoi demain sera l'ombre on ne le sait jamais.
 
Mais vous, passants qui me lisez,
si vous voulez aller en paix
dans ce jardin de France
où grandit Tolérance,
si vous ne voulez pas
que Marianne se fane
au bourbier de la haine au fumier de la rage
 
Songez donc à Prudence,
gardez-vous d'Insouciance,
ne laissez pas votre petit papier
se froisser en silence
dans vos mains résignées,
n'oubliez pas d'aller
                                      voter !
 
 

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Deux silhouettes dans la nuit

Publié le par Carole

C'est une histoire obscure que je vais vous raconter aujourd'hui, une histoire d'autobus, de misère et de nuit.
 
C'était hier, il était peut-être dix-neuf heures trente, en tout cas il faisait déjà sombre.
Sur le quai de la Haluchère, au moment de monter dans le bus, une femme inconnue m'a abordée soudain, pour me "confier" une autre femme : une Africaine lourdement enceinte qui ne parlait que le portugais, accompagnée d'un petit garçon, et encombrée d'un gros paquet qui semblait contenir une petite poussette pliable. Il fallait veiller, m'avait expliqué l'inconnue, à ce qu'elle descende à l'arrêt "Sercel", d'où elle devrait ensuite rejoindre un "hôtel social". La femme muette tenait un morceau de papier avec une adresse, sans autre indication. Elle ne semblait pas du tout savoir quel chemin elle aurait à faire, et ne possédait ni carte routière ni téléphone. Elle est montée avec moi, puis s'est assise, près du petit garçon.
 
Une courte recherche sur mon smartphone m'a rapidement montré qu'elle aurait à parcourir trois kilomètres environ, au bord d'une route nationale dangereuse, dépourvue de trottoir et d'éclairage, puis à entrer dans le labyrinthe d'une zone industrielle que le soir vidait de tous ses employés, où elle ne pourrait demander son chemin à personne.
Alors mon imagination s'est affolée, elle a commencé à marcher au bord de la route, à s'égarer dans la nuit solitaire, à s'évanouir sous l'éclat des phares dans les douleurs de l'enfantement, à rouler sous les pneus crissants des voitures... J'ai eu peur. Si peur que je suis descendue avec la femme à cet arrêt qui n'était pas du tout le mien. Que j'ai demandé à mon mari de venir nous chercher en voiture, que...
 
Mais la femme courait devant moi, tirant son petit garçon, résolue, aussi vite qu'elle le pouvait. J'ai couru derrière elle, j'ai réussi à lui montrer en faisant de grands signes la direction à suivre. Elle courait tant que je ne parvenais pas à la suivre. Elle courait malgré son gros ventre, comme quelqu'un qui aurait fui... Moi j'essayais de l'accompagner, de loin, de plus en plus loin... Quand mon mari, après m'avoir recueillie toute essoufflée, s'est arrêté enfin à son niveau, elle a absolument refusé de monter avec nous, qui lui proposions, à grand renfort de gestes, de l'emmener jusqu'à sa destination.
Il semblait impossible de la convaincre. Ses yeux étaient emplis de tant de terreur. D'une terreur que je n'avais jamais observée encore chez un être humain. D'une terreur qui était La Terreur. 
Alors, désemparés, nous l'avons laissée partir avec son enfant sur le bord de la route, dans la nuit et le fracas des voitures.
Les deux silhouettes se sont rapidement perdues dans l'obscurité. Mon histoire est finie.
La femme a-t-elle pu malgré tout arriver ? ou bien a-t-elle passé la nuit à errer ? A-t-elle - horreur ! - dû accoucher seule avec son petit garçon, dans un fossé plein de boue ? Que s'est-il passé ? Je n'en sais rien. Je vous dis que mon histoire est finie. Que de la sienne, je n'ai rien su, et ne saurai plus jamais rien, sans doute.
 
Mais jamais je n'oublierai le remords que j'ai éprouvé. L'intense sentiment de culpabilité qui a pesé sur moi toute la soirée, comme si j'avais été pleinement et sans excuse responsable - moi qui pourtant croyais avoir tenté d'y remédier - de cette errance, de cette solitude, de cette détresse absolue.
Et jamais je n'oublierai ce regard de terreur. 
Le regard de ceux qu'on appelle aujourd'hui des migrants. De ces gens qui ont franchi la mer comme on franchit la mort, puis ne savent plus que courir dans la nuit des pays où le hasard les jette, effarés, redoutant la police autant que les violeurs et les détrousseurs, n'espérant de leur fuite qu'un moment de survie dans ces havres précaires qui jalonnent leur course.
 
Le remords et la terreur. Les deux seuls sentiments possibles dans ce monde chaotique où l'on ne peut plus être que de ceux qui possèdent un toit et une vie, ou de ceux qui n'ont rien, que leur ardeur à fuir et leur volonté de survivre.
Et c'est tellement absurde. Et je n'y comprends rien. Mais ces deux silhouettes avançant obstinées dans la nuit qui les efface, elles sont pourtant l'éternelle humanité de la mère et de son enfant, de l'amour qui contient tout le sens de nos brèves existences.
 
 

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En 2017... ne pas nourrir les plantes carnivores !

Publié le par Carole

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Elles se pavanent, elles font troupeau dans leur enclos, un peu frivoles, mais tranquilles - sottes peut-être, mais si belles. Elles vivent innocentes, d'eau fraîche et de chlorophylle, d'amour, d'ennui ou d'illusions. Tant qu'elles n'ont pas appris le goût des mouches et la saveur du sang, elles ne s'en doutent même pas, qu'elles sont carnivores.
Mais n'allez pas les nourrir, oh non ! car il en faut si peu pour les rendre féroces, à jamais prédatrices : qu'elles respirent seulement le parfum de l'ombre de l'insecte qu'on leur a jeté, le tremblement d'angoisse d'une chair qu'on leur livre, et les voilà qui se dressent, qui attaquent, qui étouffent, empoisonnent et dévorent et digèrent, répugnantes, venimeuses, inlassablement meurtrières. Et nos barreaux rouillés, droites grilles inutiles d'une pauvre raison qui ne tourne plus rond, s'effondrent en sanglotant, incapables de contenir leur armée grandissante.
 
Car ainsi va le monde, qui saurait vivre en paix, peut-être même en joie, en douceur, en beauté, si quelques-uns ne nourrissaient pas de ses plaies tant de mouches carnivores, tant de plantes gorgées de haines.
 
Alors pour cette année nouvelle qui pourrait bien, si on n'y prend garde, ressembler à tant d'autres, j'ai juste un voeu à faire - un voeu naïf, un peu bizarre, un voeu à la Ponti :
 
Que plus personne, sur cette Terre,
plus jamais, nulle part,
ne s'avise d'aller nourrir
les plantes carnivores.
 

 

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Joyeux Noël

Publié le par Carole

Je vous souhaite à tous un joyeux

 

N

 Ë

 L

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La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan

Publié le par Carole

La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan
La rose Freedom... ici elle est comme un chiendent, partout poussée et répandue, si vivace, si commune, si vulgaire même parfois, qu'on finirait par la mépriser, à force de se griffer à elle, à force de la croire indéracinable.
 
Mais ailleurs. Ailleurs, en tant d'autres lieux, c'est une fleur fragile, une tige sans pétales qui rampe au long des murs. C'est la pariétaire maigre et hâve qui s'accroche aux barreaux des prisons, aux lèvres bâillonnées des suppliciés, aux troncs noirs des gibets. 
Une fleur sans jardin, une fleur sans printemps qu'on écrase du talon, une fleur torturée qu'on pend aux barbelés, et qu'on jette à la roue des chars pour qu'elle ne sème pas.
 
Une fleur qui résiste pourtant, qui végète en silence dans l'hiver des consciences, jetant vers l'avenir le bois de ses épines, ardentes et vives comme la douleur, comme la foi, comme la solidarité.
 
 
Alors en ce 12 décembre de brume et de froid, ayez une pensée pour la rose Freedom... et pour Asli Erdogan, la journaliste et romancière turque emprisonnée, dont les textes seront lus ce soir un peu partout en France.
Et, à Nantes, à partir de 19 heures, à la Manufacture des Tabacs.
 

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Publié dans Divers

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