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Je m'en vais

Publié le par Carole

Je m'en vais
Hier, c'était lundi. Gris de pluie pluie de gris, un de ces lundis de la vie qui vont comme on les fait aller, moroses et résignés, au fil si las de leurs longues semaines.
Toi sur les murs tu avais simplement laissé ce message : "Je m'en vais"...
 
Roger Dimanche avec ta barbe de guinze bours et ta mélancolie à la Verlaine
Roger Dimanche au vent mauvais t'en allant feuille morte et froissé par le vent
tu disais je m'en vais.
 
Je n'aurai pas de larmes ni de sanglots trop longs. Et d'ailleurs je sais bien que ni les sanglots ni les larmes n'y pourraient rien changer.
Mais je vais le chanter quand même, sans micro sans télé sans amour sans alcool sans éclat sans argent à claquer à brûler, te le chantonner tout de même : 
Si tu t'en vas, nous t'oublierons, Roger, car dans les rues des villes on ne jette les mots qu'à la boue des trottoirs, et tes bouts de papier délavés par la pluie s'écrasent déjà sous nos pas.
Pourtant, ce serait tellement mieux que tu restes.
Que tu n'emportes pas, au loin trop loin de nous, dans ton sac à malice, l'esprit de fantaisie, le grain de poésie qui sème la douceur.
Sans toi, battant seuls la semaine de tous nos pas perdus, gris de pluie pluie de gris, de lundi en lundi, nous nous ferions plus gris.
Comme dit si bien Verlaine
dans sa chanson,
et comme dit Queneau
cet enfant du chiendent,
comme dit le poète
qui est tous les poètes
il nous faut un dimanche sur les murs de la ville. Il nous faut un dimanche dans nos vies du lundi.

Publié dans Nantes

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Panne

Publié le par Carole

Panne
Comme tant d'autres, j'ai laissé au repos ma voiture assoiffée. Sur son trottoir reverdi que les oiseaux regagnent, elle attend en broutant, cheval fourbu pas mécontent de rester dans son pré.
Plus d'essence. La panne... 
Autrefois, quand la mer était calme, et qu'il fallait attendre un navire compagnon, ou que le menuisier du bord avait besoin d'un peu de temps pour réparer les mâts qu'une tempête avait ébranchés, on mettait ainsi le navire, voiles repliées, au repos, en panne.
Alors les marins désoeuvrés s'asseyaient. Ils regardaient passer dans le ciel les grands oiseaux de mer, remplissaient leurs bouteilles de bateaux chimériques, ou sculptaient sur des dents de requins des paysages et des visages qu'on n'avait jamais vus, et que la mer reprendrait, bientôt, quand elle aurait vidé leur sac.
 
La pénurie, la crise, le blocage... on peut en parler de bien des façons, évidemment. Tant de journaux et de télévisions s'y égosillent, en boucle, en scoop, en continu.
Mais nous, au moins, contraints de mettre en panne nos déplacements inutiles, nos courses frénétiques et nos rendez-vous minutés, forcés de nous asseoir, ou bien d'aller à pied, nous retrouvons, un peu, très peu, si peu, le rythme antique de la vie sans moteurs.
Une vie dont nous n'avions plus la moindre idée. 
Lente comme un navire sous le vol des oiseaux.
Pas une vie facile. Juste une vie pas vite.
Une vie qu'on peut tenir entre ses mains, comme un petit morceau de temps, pour la regarder vivre, ou même la sculpter, lentement, ou l'emplir de chimères, avant qu'elle ne s'en reparte à la vague.

Publié dans Divers

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Réveil

Publié le par Carole

Un rayon de soleil était venu réchauffer l'engourdissement glacé de l'hiver, libérant un parfum de roses.
Robert Legris entrouvrit son oeil droit. Bailla. Il faisait encore nuit. Il referma sa paupière. Il ferait bon, si bon se rendormir dans la tiédeur des roses... [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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La Nuit des dieux

Publié le par Carole

Nantes - Musée du château

Nantes - Musée du château

C'était hier la Nuit des Musées.
Au château j'ai revu dans la nuit la vieille pierre fondatrice, celle qui confie depuis deux mille ans notre ville au dieu Vol - pour le salut du port et des navigateurs de Loire.
Deo Vol Pro Salute Vic Por Nav Lig... Ils aimaient les abréviations, nos ancêtres romanisés, autant que nous aimons aujourd'hui les sigles et les messages en 140 signes.
Efficaces, économes, mus par le seul souci de ménager leur temps qui valait de l'argent, sans penser à malice, simples télégraphistes, de "Volcanus", le vieux Vulcain, ils avaient fait le jeune dieu "Vol", prince de cette ville, empereur de ce monde.
 
Il m'a semblé le voir, dans cette nuit de mai, tel qu'il était alors, frémissant d'avenir, cet étrange dieu Vol qui s'en venait de naître, tout armé, tout ailé.
Libre comme un oiseau, descendant l'estuaire au côté des hérons et des mouettes, par-dessus les grands ponts, et renversant les barques des pêcheurs de civelles pour trouver l'au-delà - et ramasser de l'or.
Tordant le fer avec ses doigts de feu pour en faire des canons, des charrues, des bateaux, des statues, et de forts caractères à imprimer des livres, à conquérir des mondes.
Rusé comme un faucon, faisant marché de tout, même de chair humaine, buvant son chocolat en manches de dentelles, en attendant tranquille que s'en reviennent à lui de sombres cargaisons.
Artiste en diable, ange en figure de proue, clignant son oeil cerclé de mascaron pour séduire les passants, mais désignant du pouce ceux qui mourraient le soir.
Immoral, élégant, cruel et délicat, aussi rêveur qu'avide, travailleur et frivole, terrible et magnifique. Le vrai dieu de la ville, le maître de ce monde qu'on nous civilisait.
 
Le croyez-vous vraiment, qu'elles soient mortes et éteintes, toutes ces divinités païennes qu'on accroche au musée pour ne plus y penser ?

Publié dans Nantes

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Labyrinthe

Publié le par Carole

Labyrinthe
Le Labyrinthe... La plupart le dédaignent et passent leur chemin pour s'en aller tout droit.
Quelques-uns, cependant, s'y arrêtent et avancent, un pied hésitant après l'autre, étranges funambules au regard apaisé, sur le fil de pavage qui lentement déroule, virage après virage, sa pelote de patience et ses longs noeuds d'errance. 
Leurs bras en balancier leur font de grandes ailes battant comme des coeurs, et leurs pas maladroits, se posant sur le vide, y dessinent le plein, avec tous ses déliés.
Ils avancent et reculent, se retrouvent et se perdent, et toujours recommencent, tournoyant immobiles, comme on tisse son nid.
Et l'on se dit que le plus court chemin, de ce monde à soi-même, ce ne sera jamais la ligne droite.

Publié dans Fables

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Le faux du vrai

Publié le par Carole

Le faux du vrai
Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j’aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts.
 Rousseau, L'Emile
 
 
Elle cligne de l'oeil, la fenêtre qui trompe.
Démêler le vrai du faux, les vrais volets de bois du faux oiseau de printemps, la vraie poutre craquelée du faux rideau de mousseline à bords fleuris, la vraie pierre de pays de la fausse balustrade - cela prend un moment.
Pour le passant qui s'arrête, c'est une halte paisible, vaguement admirative. Pour le regard qui erre et qui zigzague, c'est un voyage aventureux. Et pour tous les sceptiques de ce monde, une victoire à la Pyrrhon. Car la fausse fenêtre les fait aussi faux qu'elle-même, ces volets qui ne se fermeront plus, cette pierre sur laquelle on ne se penchera pas davantage que sur la balustrade de peinture. A moins que ces contrevents aussi verts que vrais, et cette pierre de tuffeau blond, et cette poutre vermoulue ne soient là que pour l'encadrer, lumineuse, dans sa vérité idéale comme dans nos rêves de toujours, la vieille fenêtre bouchée qui ouvrait sur le noir.
Elle cligne de l'oeil, la fenêtre à malice qui nous dit que le faux du vrai, pas plus que le vrai du faux, jamais on ne pourra le démêler - sinon d'un coup de hache, ou d'un autre coup de pinceau, en noeud gordien.
 
 

 

Publié dans Fables

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Décor urbain (réédition)

Publié le par Carole

Décor urbain (réédition)
J'adore, au théâtre, les décors de rue peints. Il y en a de merveilleux aussi dans les vieux films. La Ronde de Max Ophüls, par exemple,  est à cet égard - comme à tant d'autres - une remarquable réussite.
 
Et quand je marche dans la ville, il me semble toujours, à l'inverse - mais est-ce vraiment l'inverse ? - que les rues - je veux dire les rues "réelles", si ce mot a un sens - couvertes de mots, de dessins, d'affiches, d'inscriptions, de reflets, de couleurs, sont des décors, qu'un metteur en scène ingénieux a fait peindre et disposer pour que nous puissions, passants incertains que nous sommes, jouer un moment notre rôle.
 
MISE EN SCENE  désordonnée, certes, où chacun, sans se préoccuper de ce qu'on joue près de lui, joue de son côté une pièce de sa façon, dans une cacophonie étrange et bousculée. Mais finalement mise en scène magnifique, toujours absolument juste - dans le laid, le beau ou le médiocre, toujours parfaite et pure.
TROUVAILLES continuelles, inlassables fantaisies du quotidien.
Scénographie mobile et fugitive de l'éphémère FMR.
 
En passant rue Mercoeur cet après-midi-là, j'ai eu la curieuse impression - drôle d'impression, vraiment -, que la vieille camionnette à bout d'âge s'était garée là exprès. - ou plutôt que quelqu'un, exprès, l'avait posée en équilibre sur ce trottoir. Entre les deux boutiques aux noms si bien accordés, elle s'était placée si exactement où il fallait, avec son chargement coloré d'autographes précaires griffonnés par des stars obscures du marker, de la bombe à peinture et des nuits blanches, comme la dernière touche du décor. Et c'était, sous l'évidente laideur, d'une absolue justesse de ton et de sens.
 
La rue est un théâtre. Habitant, passant, automobiliste, cycliste ou commerçant (peu importe la distribution, qui peut varier à tout instant), chacun y tient à son tour sa partie, sans trop savoir comment ni pourquoi, avant de disparaître dans la coulisse - ou nulle part.
 
Quant au photographe... au moment précis qui lui est destiné, il s'approche, et prend l'image : c'est son emploi dans ce vaste spectacle.

 

Publié dans Fables

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La vie des autres

Publié le par Carole

Quelques minutes avant le début du film, un soir de festival, évidemment, on ne choisissait plus vraiment sa place... Au bout de la rangée sur laquelle nous avions fini par jeter notre dévolu [...]
 
suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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La main qui s'ouvre

Publié le par Carole

La main qui s'ouvre
On nous l'a tant de fois affiché notifié rabâché : il ne faut pas pas du tout vraiment pas il ne faut PAS nourrir les pigeons.
Il ne faut pas les attirer, tous ces fauteurs de fientes, ces sales crépisseurs d'excréments qui souillent et rongent nos monuments. Oh, bien sûr, je suis d'accord ! Rien de plus vrai rien de plus juste rien de plus nécessaire.
Mais comment les convaincre, eux, les distraits les rêveurs, ceux dont la main, sans bien savoir ni pour quoi ni pour qui, s'ouvre toujours pour donner ?
 
Le geste de la main qui s'élance pour cogner sur l'intrus, c'est celui de la peur.
Le geste de la main qui se referme sur son bien, c'est celui du civilisé.
Mais le geste de la main qui s'ouvre et distribue, c'est le geste d'Eden, celui du premier homme, en paix avec lui-même et les oiseaux du monde. C'est le geste éternel, le geste primitif, que rien n'a pu effacer de tant de doigts distraits qui émiettent en rêvant le peu qu'ils ont en trop.
 
La main qui se resserre sur son quignon de pain se prépare à l'angoisse.
Et la main qui s'allonge pour chasser l'importun se prépare à la guerre.
Mais la main qui s'ouvre pour donner se prépare à semer.

Publié dans Fables

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Muguet

Publié le par Carole

Muguet
Car vouloir est espoir, et espoir est vouloir.
(K. May)
 
 
Il faisait froid, si froid... il faisait peur, si pleurs...
J'ai cru que cette année il n'y aurait pas de printemps pour l'hiver, et pas de mai pour le muguet.
 
Alors je l'ai cherché dans la nuit.
Il était là, bien là, modeste et boutonnant tout au fond du jardin, et tête basse encore sous l'ombre accumulée.
Mais si clair et si vert. Prêt à bondir comme un rire, à lancer ses clochettes comme doigts de lumière, à tourner sur sa tige comme un soleil d'été.
Le premier mugue-mai, l'obstiné du bonheur, la fleur des lendemains qui ne peuvent jamais déchanter
                               tant qu'ils sauront danser.
                              
 

Publié dans Divers

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