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Le gui

Publié le par Carole

Le gui
Un gui d'an neuf... il y avait si longtemps que je n'en avais vu.
 
Celui-ci m'attendait dans une crêperie du Croisic, terre bretonne où l'on n'a pas encore oublié tout à fait les rites des anciens Celtes.
Etrange parasite, ce gui qui ne vit que de la sève qu'il réussit à pomper à son hôte, mais ne le tue jamais, et même l'orne en hiver de sa verdure insolente et de ses baies grasses de glu. Mendiant enrichissant son donateur, misérable rhabillant de vie fraîche le tronc noirci de son hôte...
Pas étonnant qu'il soit devenu le symbole de l'espoir, des amours qui s'obstinent, du désir farouche de faire souche et de prospérer.
 
Je me souviens d'avoir vu, dans ma vieille ville de Blois, lorsque j'étais enfant, d'autres enfants, hardis et loqueteux, qui vendaient dans les rues, au temps de Noël et du Nouvel An, de pauvres et éclatants bouquets de gui.
Ils avaient des voix rauques toutes cassées de froid, et des dents qui brillaient, toutes souillées de faim. Ils criaient dans le froid, serrant dans leurs mains sombres des gerbes d'un vert tendre où tremblaient, perles rondes et luisantes de givre, les baies très blanches qui s'écrasaient en taches sur leurs vêtements râpés. 
C'était si triste de voir ces gamins de mon âge héler pour quelques sous les passants qui se détournaient. C'était si fabuleux d'imaginer leur ascension, la nuit, dans les peupleraies obscures où ils grimpaient, si haut, jusqu'au sommet des arbres immenses, tout au bord des étoiles. Des mendiants merveilleux.
"Mais avance donc, à la fin. Ce sont des Gitans, tu vois bien, des Gitans. Ils l'ont volé, leur gui, avance donc, on va manquer le car, mais qu'est-ce que t'as, à les regarder comme ça ?"
 
A l'arrêt du car, devant le square Victor Hugo, on racontait qu'un soir, une dame avait pris par la main une petite fille, plus frêle et plus mal vêtue que les autres, qui claquait des dents devant l'étal du marchand de gaufres. La dame lui avait acheté tout son gui, qu'elle avait laissé sur un banc, en plein milieu du square, là, juste devant le grand cèdre dont les racines sont comme des cordes. Puis elle avait emmené la petite fille à "La Belle Jardinière", et lui avait acheté une tenue d'hiver complète. Ensuite, pour parfaire son oeuvre, elle était passée chez Crochet où elle avait choisi des bottines bien vernies, avant de relâcher dans les rues l'enfant luxueusement attifée. Avec sa frimousse toute crasseuse, ça faisait drôle de la voir en dimanche, la Romanichelle.
-On se demande ce qui lui est passé par la tête, à la dame, ce qu'elle a pu s'imaginer. Elle a voulu faire son intéressante, voilà... Et la gamine s'est prise pour une princesse, fallait la voir parader avec son manteau couture et ses chaussures Crochet. Mais eux... ah, ça, eux, sûr, ils vont tout revendre, les vêtements, les bottines, même l'écharpe et les gants de laine, tout revendre, c'est sûr. Les Gitans, faut rien leur donner. 
 
Une dame-fée, une petite fille en haillons transformée en princesse ? J'en restais toute rêveuse. Au loin dans les rues décorées, les enfants des Gitans criaient toujours, de leurs voix rauques aussi râpées que les loques qu'ils portaient, le gui des lendemains heureux.
Peut-être qu'au contraire les parents avaient gardé soigneusement les vêtements de la dame, pour les partager et les transmettre, des années durant ? Peut-être que la petite princesse avait eu si honte de rentrer à la roulotte avec ses beaux habits qu'elle était allée courir dans les peupleraies des bords de Loire, jusqu'aux étoiles de gui qui avaient taché et déchiré ses vêtements, les métamorphosant en haillons ?
Et si les Gitans n'étaient pas des Gitans, mais des princes oubliés que des fées quelquefois s'en venaient éveiller de leur longue misère ? Et si, au contraire, nous étions tous des mendiants, tous, nous tous qui nous pensions heureux, tous ceux qui attendaient à l'arrêt du car, et les commerçants de la ville aussi, même la belle Jardinière qu'on ne voyait jamais rentrer ses moutons à la pluie, même le capitaine Crochet qui n'avait qu'une main, mais possédait tant de paires de chaussures, même la fée Marraine qui s'était cru si bonne et si puissante, et qui n'avait, en réalité, fait qu'implorer d'une mendiante l'aumône de sa reconnaissance ?
Comment savoir ?
Peut-être, si j'avais eu le droit d'acheter un bouquet, de le prendre des doigts glacés de ces enfants parias, pour le porter à mon tour comme un flambeau dans les rues de décembre, peut-être, alors, aurais-je pu comprendre ?
Car, je le devinais, il y avait dans ce gui somptueux et visqueux tout le sombre mystère de la fatalité et de la misère héréditaire, toute la force ardente des âmes libres et pauvres qui n'ont jamais eu peur de grimper jusqu'au ciel.
Et, aussi, le plus terrible secret de ce monde de glace, qui est qu'on ne devient un adulte qu'en enfermant en soi, sous le givre et la glu, à jamais ligoté dans ses propres racines, l'enfant qu'on a d'abord été.
 
Mais le car arrivait. Je me suis hissée, parmi les paquets de Noël, les filets débordants de châtaignes et d'oranges, et les paniers d'osier remplis de charcuteries, sur les sièges brinquebalants.
J'ai collé mon visage sur la vitre embuée pour admirer encore les lumières de la ville, que repeignait en vitraux chatoyants le kaléidoscope magique de mes yeux de myope. Et, parmi les paniers, les paquets, les collations au saucisson, les bavardages et les commérages, dans le bercement du moteur et la nuit de l'hiver, sans plus penser aux petits Gitans qui promenaient leur gui comme un Graal un peu sale, j'ai entamé, m'endormant peu à peu, mon long chemin vers l'âge adulte.
 
 
 
 
 
 

Publié dans Blois, Enfance

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Porte palière

Publié le par Carole

Une porte palière acoustique, voilà ce qu'il aurait fallu. Une porte a-cous-tique. En plus des boules Quies et du casque où elle avait mis à fond "The Wall".
Des murs épais, entièrement tapissés de liège. Des plafonds à triple couche de polystyrène. De la moquette de laine. Des fenêtres quadruple vitrage. Mais, surtout, une porte palière acoustique.
Pour résister. [...]
 
Suite du récit sur mon blog cheminderonde.wordpress.com

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Comme l'arbre vivant jaillit de l'arbre mort

Publié le par Carole

Comme l'arbre vivant jaillit de l'arbre mort
 
Comme l'arbre vivant jaillit de l'arbre mort,
 
que cette année nouvelle n'efface pas l'ancienne,
mais, grandie sur sa souche, qu'elle soit le surgeon
se nourrissant du tronc où les graines essaiment,
 
qu'elle renaisse et s'élève dans son nid de bourgeons,
 
pour semer sur nos peines son grand bouquet d'espoir !
 
 
 
 

Publié dans Divers

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