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Colchique - version 2 (réédition)

Publié le par Carole

Colchique - version 2 (réédition)
 
 Le vent froisse en rêvant 
Ses bouquets de septembre
Où grandit comme l'ombre
Le colchique aux yeux tendres
 
Des arbres goutte à goutte 
Tombe l'or
Dans la boue
 
Automne compagnon
De nos jours qui s'en vont
Tes fleurs font sous nos pas de grands chemins de ronde
Et des brassées de fruits pourrissent dans nos vies
Qui longtemps dédaignèrent de vendanger la joie
 
Tant de mains chargées d'or
N'ont semé que l'oubli
Qui donc cogne à la porte haletant comme un coeur
 
Un oiseau tourne au ciel c'est une page
blanche
Qu'emporte le soir gris
 
Colchique ton poison c'est notre nostalgie
 

Publié dans Fables

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Le Shtandart

Publié le par Carole

" Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? — J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !"

" Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? — J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !"

C'était hier. Nous voulions le voir avant son départ, le visiter peut-être...
Car c'était le Shtandart, venu à Nantes pour peu de jours - le Shtandart, la réplique du bateau de Pierre Le Grand - le tsar qui s'était fait charpentier.
Mais il était presque sept heures. Nous avons vu les derniers visiteurs remonter sur le quai.
Une mère près de nous, pour consoler ses enfants déçus qui s'obstinaient à ne regarder que lui, leur expliquait que les nuages, là-bas, au-dessus de l'estuaire, du côté de la mer, étaient splendides, qu'il fallait regarder les nuages, qu'ils étaient aussi beaux que le bateau.
Soudain nous avons entendu le moteur. Les matelots se sont affairés à détacher les amarres, à remonter les défenses. Et déjà le pilote, sur son petit canot, l'a poussé et tiré.
 
Il est parti vers les nuages, là-bas... le couchant l'a repeint de soleil un instant, puis l'horizon l'a retrempé de brume, et il a disparu.
Comme un bateau d'autrefois quittant le port, il est parti au loin, laissant à terre l'amer désir du large - et des nuages, là-bas.
Et nous, comme des enfants, qui courions sur le quai pour le suivre, dans les ombres du soir.
Le Shtandart

Publié dans Nantes

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Automne pas à pas

Publié le par Carole

 

Tout au bout de l'été

pluie lente sur la ville.

 

Soudain ces feuilles comme un gué

dans les flaques d'eau grise,

pavés d'or frais battu

sous de lourdes semelles.

 

Il s'en va devant nous,

les bras chargés d'or roux

et les pieds dans la boue,

 

il s'en va si tranquille,

comme un prince inconnu,

comme un arbre sans hâte.

 

L'automne 

 

pas à pas.

 

 

Publié dans Fables

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Baudelaire dans la rue

Publié le par Carole

Baudelaire dans la rue

C'est toujours étonnant, ces gens qui utilisent les murs comme des pages blanches pour y noter absurdement des mots qu'on efface aussitôt.

Mais c'est la ville, au fond, qui veut cela. La ville qui ne fait jamais silence et exige de nous tous des mots, des mots, des mots pour faire taire le fracas et pour remplir le vide. Des mots pour exister, et des mots à faire exister, quand on n'est qu'un passant aussitôt englouti par la foule. Des mots que la ville suscite et que la ville efface, jetés comme des affiches à arracher, sur tous ces murs qui nous enserrent.

 

 

Je traversais la rue dans le grondement des moteurs et le fracas hâtif des destinées précaires.

Et soudain il a été là, devant moi, comme une apparition, ce vers cacophonique et magnifique, affiché sur un mur par un passant enfui, ce vers si absolument parfait dans son roulement de r, qu'il me semble toujours que toute la laideur du monde se fige en lui comme en un diamant hérissé et glacé, dans l'attente de la beauté qui doit passer enfin - et disparaître aussitôt.

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait

 

La rue assourdissante hurlait, oui, elle hurlait encore, elle hurlait toujours, elle grondait, klaxonnait et crissait. Peut-être même n'avait-elle jamais connu plus grand vacarme, plus imbécile tintamarre, plus absurde chaos.

 

Et pourtant...

qu'un inconnu de nos rues d'aujourd'hui inscrive sur un mur de la ville, comme ça, juste en passant, un vers de Baudelaire, je ne sais pas ce que vous en pensez, vous, mais pour moi, cela suffit à donner sens à tout.

A la ville si laide, au crissement des pneus, à la ruée des moteurs, à la rumeur des foules, aux murs couverts de tags, à tous ces mots absurdes que nous jetons partout comme des cris - et qui parfois - une ou deux fois par siècle, peut-être, par la voix d'un poète, se mettent enfin, et pour toujours, à exister.

 

Une forme de réversibilité, peut-être.

 

 

Publié dans Fables

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Des pas sur le sable

Publié le par Carole

 

Trace qui n'a de poids que celui de nos ombres.
Sur le sable égrené au fléau des marées
sur le sable fuyant que sillonne le vent
trace nue du pas nu d'un déjà en allé.
Trace poussière d'instants
un à un reversés
dans
le
flacon
du temps
que retourne le vent.
Trace que tout efface. Trace de vie qui va
comme elle danserait grain de sable envolé
pour se semer encore en chacun de nos pas.
 
Trace d'humanité posée comme un chemin au fond du sablier.
 
 

Publié dans Fables

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Plage

Publié le par Carole

Plage
Une plage, c'est un morceau du monde. C'est un monde. Il y a les familles chargées de sacs et de jouets, et les femmes seules aux seins nus, les enfants bâtissant des chimères aux airs de forteresse, et ceux qui veulent apprendre à combattre les vagues. Il y a ceux qui lisent, il y a ceux qui dorment. Ceux qui parlent et ceux qui écoutent. Ceux qui marchent et ceux qui attendent. Ceux qui rougissent et ceux qui sont déjà si hâlés qu'on ne sait plus ce qu'ils viennent encore demander au soleil. Ceux qui vendent et ceux qui achètent. Et même ceux qui volent au-dessus des autres, dans des petits avions agitant des banderoles publicitaires.
 
Cet après-midi-là il y avait aussi l'homme à la canne. 
Il était venu seul, traînant sa chaise, s'appuyant sur sa canne. Et il s'était assis face à la mer qui montait lentement, regardant, là-bas, les bateaux, les nageurs, l'horizon et les îles. Regardant devant lui les vagues lentes et obstinées qui montaient avec la marée et redescendraient avec elles.
Il est resté là longtemps, très longtemps, à contempler la mer. Un vieil homme habillé de bleu face au bleu du lointain, sa canne accrochée comme une ancre dans le sable si fin qui s'envolait au vent. Sans parler, sans dormir, sans bâtir et sans lire. Sur le fil d'écume du rivage. A regarder la mer monter. A regarder la mer descendre. A scruter l'horizon pour y trouver son île, ou bien le clair bateau qui mène tout là-bas, où vont un jour les vieux appuyés sur des cannes qui regardent la mer.
 
Une plage est un monde. Le monde est une plage. Le monde est un rivage surpeuplé où nous ancrons nos vies dans le sable qui fuit. Mais si peu ont la force de contempler la mer, rien que la mer,  sans détourner les yeux.
 
 

Publié dans Fables

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