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Invitation

Publié le par Carole

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C'est le soir. Il fait triste. Il fait seul. Je marche dans la rue sur les traces de la nuit. Tout à coup sous mes pas je lis : "Invitation". Et... mais c'est qu'il y en a partout, de ces invitations, feuilles bleues de l'automne, versées sur le pavé humide. Invitation. Invitation. Ramassez, servez-vous. Invitation. Invitation.
Invitation ? À quoi ?
Au soir ? À la ville ? À la valse ? À l'automne ? À ici ? À maintenant ? À demain ? À plus tard ? À toujours ? 
Invitation. Invitation. Pas d'autre précision. Invitation. 
Ce sont des billets doux de la banque du rêve. Ils ont l'air authentiques. On dirait que quelqu'un bat ce soir la monnaie du possible. 
Invitation ? Oui, je sais...
C'est drôle, au fond, qu'on ait éprouvé le besoin d'imprimer ces cartons et de les semer dans la ville. 
Il y a donc des gens qui ne le savent pas, qu'ils sont invités, seulement invités ? Mais que chaque instant est un hôte généreux qui nous invite à vivre, à voir, à marcher, à rêver, à valser, à aimer  ?
Dans la nuit et le jour, si légers, invités.
 

Publié dans Fables

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Bagad géant

Publié le par Carole

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J'avais à faire en ville cet après-midi... je n'y songeais plus... Et soudain je les ai entendus. Un bagad, ai-je pensé, un immense, un extraordinaire bagad !
Bien sûr, c'était eux... les Bretons... c'était la manifestation pour la réunification de la Bretagne.
Il paraît que vingt ou trente mille Bretons sont venus aujourd'hui pour clamer et sonner que Nantes, la vieille capitale des Ducs, devait redevenir bretonne – "Naoned e Breizh ! Naoned e Breizh !"
C'est une question qui, pourtant, ici, n'unit pas tout le monde... qui même, pour tout vous dire, divise beaucoup plus qu'elle n'unit...
Aussi n'est-ce pas du tout de la réunification de la Bretagne que je veux vous parler. Non... en fait, je voudrais vous parler du chef d'orchestre. 
Celui de la photo, oui... celui que j'ai aperçu dans la foule des sonneurs, marquant la mesure du bras, indiquant à chacun sa partie.
Je me suis dit qu'il devait y en avoir des dizaines d'autres, des chefs d'orchestre comme celui-ci, dans ce bagad géant fait de la réunion d'une quantité de bagadoù locaux. Et que ce qui était extraordinaire, c'était qu'ils parvenaient tous, d'un bout à l'autre de cette immense manifestation qui n'en finissait pas de s'écouler, à battre la même mesure, à suivre la même mélodie.
Et que si nous pouvions avancer en ce monde, Bretons ou Angevins, Vendéens ou Parisiens, Français ou... qui vous voudrez...
...si, tous, jouant chacun notre partie, nous pouvions avancer en ce monde comme ces musiciens avançaient devant nous, sur le même air et la même mélodie, ce n'est pas seulement la Bretagne qui serait réunie, c'est toute l'humanité.
Et, finalement, la réunification de l'humanité, le grand bagad de la Terre musicienne, cela me plairait beaucoup, beaucoup plus que la réunification de la Bretagne.
 
Pour le son, c'est ici : link

 

Publié dans Nantes

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Un tigre dans la ville

Publié le par Carole

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Un tigre dans la ville bondissant vers le soir,
attaché par la queue, un tigre sans pouvoir.
Sage et tenu en laisse, un tigre dérisoire.
 
Mais s'il se libérait, si dans la nuit qui vient
il s'élançait soudain sans qu'on n'en sache rien,
semant la peur la haine comme on fauche un chemin ?

 

Publié dans Fables

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J'ai-soif

Publié le par Carole

    "J'ai soif"... En prononçant ces simples mots, tout à l'heure, je me suis souvenue. Il y avait des années, des dizaines d'années, que je n'y avais plus pensé...
    J'ai-soif. C'est ainsi que nous appelions, lorsque j'étais enfant, dans mon petit village, le pitoyable ivrogne qui venait quelquefois cuver son vin sur la place de l'église, après […]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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Clown triste

Publié le par Carole

clown pâli - grille - version finale
 
Ce clown... je l'avais déjà photographié il y a trois ans sur la vitrine d'une boutique, dans un petit centre commercial de banlieue.
Il avait alors le nez rouge, et des couleurs ardentes de bon clown joyeux.
Je suis repassée par hasard, tout à l'heure. La boutique était à vendre à louer à brader ou à perdre, dans le centre commercial désormais déserté hanté par la poussière. Depuis trois ans sans doute attendant le chaland.
Le clown était toujours là cependant, et il riait encore, d'un rire pâle et bleui qui commençait à disparaître.
 
C'est ce qu'on appelle la "Crise", je pense. Quand tout est comme avant. Qu'il ne se passe rien. Mais que la vie se grille, que les portes rouillées ont cessé de s'ouvrir, et que les rires s'effacent, et que la poussière gagne. Et qu'on nous dit d'attendre. Et que ça dure trois ans. Et que ça dure trente ans.
 

Publié dans Fables

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Concerto pour clarinette

Publié le par Carole

    Il a posé sa sono sur le trottoir. Il a placé une pièce dans le chapeau rouge. Il a sorti la clarinette de son étui. Il a enclenché la sono. Et il a attendu, en retrait dans la coulisse, debout contre le mur gris, l'entrée du chef. Les applaudissements ont retenti.
    Alors il s'est avancé, il est entré en scène à son tour, et le public a applaudi plus fort. Il a salué. Très bas. Heureux d'être ainsi attendu. Le chef a fait signe. L'orchestre a commencé à jouer [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

 

 

 

Publié dans Récits et nouvelles

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La fée

Publié le par Carole

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Moulin de la fée - Saint-Lyphard
 
 
En quittant la Brière, j'ai vu, près d'un dolmen millénaire, ce drôle de moulin à coiffe de fée.
C'est, paraît-il, tout simplement, un vieux moulin rénové, qui produit aujourd'hui de l'électricité.
Très belle initiative. Mouture d'avenir. 
Mais celle d'en-haut, chevauchant dans l'air bleu son radeau de métal... je la distinguais si mal... qui donc était-elle ? la fée électricité cinglant vers l'avenir dans ses habits tout neufs, ou la vieille "fata" raide et rouillée venue du fond des temps ?
Elle avait lâché le gouvernail de son navire tremblant pour brandir sa baguette en guise de longue vue.
Comme une image naïve, au-dessus de nos têtes, du destin indécis, girouette fadette aux quatre vents fadets, de ce monde fada qui tourne sans répit
Et nous, le grain à moudre, qui tournons immobiles, accrochés à la roue, tous autant que nous sommes, bonne farine ou pauvre balle, tandis qu'il tourne et boule, de plus en plus rapide, de plus en plus fada, sous le vent farfadet qui se lève...

 

Publié dans Fables

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Le morta

Publié le par Carole

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Dans sa collection, le vieil homme avait rangé aussi quelques pièces de "morta" - noires comme du coke, mais lourdes comme du marbre.
Le "morta", étrange matière qui tient encore du bois, et dont on fait des meubles, mais qui s'approche de la pierre par sa rigidité et sa densité minérale, est en réalité un résidu fossile des grands chênes de Brière. Car la Brière fut, il y a cinq mille ans, une vaste forêt de grands chênes altiers, engloutie comme une cité d'Ys par un de ces raz-de-marée tragiques qui affectent parfois les côtes de Bretagne.
— Et on en trouve beaucoup, du "morta" de chêne, en Brière ? avons-nous demandé.
— Oh oui, partout... Quand j'étais enfant j'en ramassais sans arrêt. C'est rouge, voyez-vous, sous l'eau, et encore assez mou. Je m'amusais à façonner sous l'eau des petits canots, des bonshommes, des maisons, ce genre de chose, ça se travaille très bien tant que ce n'est pas sec, le morta. C'est rouge et mou, sous l'eau, mais dès qu'on le sort à l'air, ça devient noir, ça se durcit...
Comme la vie, ai-je pensé, en regardant ces jeunes mains caresser le "morta" sombre et lourd que leur avait tendu le vieil homme.
Comme la vie, ardente, légère et malléable, qu'on façonne en aveugle, à la forme de ses rêves d'enfant, avec des mains maladroites, libres encore, sous l'eau des années incertaines, et qui se durcit ensuite, si vite, si difficile à retailler, belle ou laide, implacable – souveraine.

 

Publié dans Fables

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La hutte

Publié le par Carole

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Grande Brière - Hutte d'affût
 
 
Tout au bord des tourbières, on voyait aussi ces huttes de roseaux posées sur l'eau, toutes orientées différemment, et couronnées de hampes qui les confondaient, vues de très haut, d'un oeil morne d'oiseau migrateur fatigué, avec les roselières du rivage.
Il paraît que chaque chasseur de canards se bâtit ainsi quatre huttes, et va de l'une à l'autre sur son chaland, pour se tenir toujours du bon côté du vent. Gare à celui qui tomberait à l'eau en laissant échapper sa barque, car on ne peut se tenir sur la tourbe, dont la boue noire et sournoise happe et digère aussitôt les malheureux égarés enlisés, comme de simples mouches.
Beaucoup de ces huttes étaient ruinées ou abîmées. Et bien rares étaient les hameaux flottants où elles allaient encore par leurs quatre chemins de vent.
 
Ces constructions venues du fond des siècles, désormais délaissées, m'ont fait penser à ces affûts compliqués de branchages et de feuilles que se bâtissent aujourd'hui les photographes animaliers, à la façon dont ils étudient les directions du vent pour éviter d'effaroucher les bêtes, aux risques insensés qu'ils sont capables d'affronter, pour quelques belles prises.
Les photographes... ce sont peut-être eux, après tout, les descendants des chasseurs-cueilleurs d'autrefois.

Publié dans Fables

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Le busard des roseaux

Publié le par Carole

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Le vieil homme qui nous avait guidés en Brière n'était pas seulement un bon marinier.
C'était aussi un chasseur. Et un naturaliste passionné qui connaissait par son nom et ses traces chacun des animaux du marais. 
Il nous a fait visiter son incroyable collection d'animaux empaillés. Un exemplaire par espèce... une véritable salle de muséum... Ou plutôt, non, ce n'était pas un musée, c'était un univers. Son univers, sa caverne et son île, l'oeuvre de toute sa vie. Je crois qu'il n'y manquait aucun des oiseaux qui nichent en Brière ou y font halte pendant leurs longues migrations, aucun des petits animaux qui se terrent dans les roseaux, qui creusent les tourbières et nagent dans l'eau sombre. Posés, courant ou saisis en vol, dans une représentation harmonieuse et extraordinairement savante, comme si les avait posés là tous ensemble un de ces vieux peintres flamands qui se spécialisaient autrefois dans les représentations du paradis, un Savery qui aurait naturalisé sa vision.
C'était extrêmement étrange d'entendre le vieux chasseur décrire chaque oiseau, peignant chaque vie au présent, et de voir, en même temps, tous ces cadavres colorés fixer sur nous leurs yeux de verre en l'approuvant, comme s'ils étaient encore vivants en effet, posés sur chaque branche de l'Eden, s'envolant vers le ciel de tous les nids du Paradis, détalant dans les roselières du Jardin.
Il semblait qu'il ne les avait tués, ou ramassés dans leurs tombes de tourbe, que pour qu'ils vivent ainsi, éternels et parfaits, dans le marais miniature qu'il avait installé là, et où sans doute il finirait ses jours, comme le vieux Buffon devant son oeuvre, ou comme un prêtre devant ses idoles, lorsque, le grand âge venu, il ne pourrait plus remuer la perche pour s'en aller sur l'eau. Et je me suis demandé combien, de tous ces animaux figés là, disparaîtraient à jamais, très bientôt, dans le long hiver de ce siècle moderne où les bêtes vaincues meurent par espèces entières.
 
Je suis de celles qui s'évanouissent à la vue du sang, et j'avais toujours pensé détester la chasse et les chasseurs. C'est que je n'avais jamais rencontré que des chasseurs d'aujourd'hui, de ceux qui se croient des sportifs et ne sont que des tueurs.
Mais ce vieil homme... Toute sa vie, il l'avait passée dans le marais, se nourrissant de chasse et de pêche, raclant la tourbe pour son feu et coupant les roseaux pour son toit. Il était encore de ce monde que nous avons presque oublié, où les hommes-chasseurs aimaient et vénéraient le gibier qu'ils tuaient. De ce monde où l'on pouvait passer autant de temps à dessiner un bison sur les murs d'une grotte qu'à affûter la pointe de flèche qui le ferait passer de la vie des bêtes au trépas des dieux.
Un monde où l'on souffrait, où régnaient la peine et la faim, où il fallait tuer pour manger et pour se vêtir, et qui était pourtant l'Eden, parce que l'homme y vivait près des bêtes, dans la connaissance et le respect des bêtes.
J'ai levé la tête vers ce rapace en vol qu'il nous désignait, il m'a semblé entendre que c'était un busard des roseaux - j'ai peut-être mal compris, je ne sais pas, car une sorte de vertige m'a saisie...
Un instant il m'a semblé voir le monde comme un busard des roseaux fondant sur sa proie.
Et le voir en même temps comme ce vieil homme ajustant son arme, à la façon de Dersou Ouzala, d'un Inuit en fourrure, ou d'un Indien nu, vers le busard des roseaux.
Voir se croiser le regard de l'homme et celui du rapace, semblables l'un à l'autre.
Voir le monde comme il était Avant.
Juste un instant.
C'est lui qui m'a ramenée sur terre.
—"Ils sont tous partis très en avance, cette année, les busards des roseaux, les canards pilet, les sarcelles d'été, les bihoreaux gris, les spatules blanches, les guifettes noires, les gorgebleues à miroir, les phragmites des joncs... et les hirondelles, les hirondelles sont parties dès la mi-août... c'est pas normal. Pas normal, vraiment... L'hiver sera dur, probable."
 
 

 

Publié dans Fables

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