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Cette ville a trois rivières

Publié le par Carole

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Ragondins, confluent de l'Erdre et du Cens
 
"Tout était secousse et frisson – éclats, miroitements et scintillements, bruissement et sifflement, bavardage et bouillonnement. La taupe était ensorcelée, enchantée, fascinée. Au bord de la rivière elle trottait, comme on trotte quand on est très petit, au côté d’un adulte qui vous tient captivé par des histoires passionnantes ; enfin, fatiguée, elle s’assit sur le rivage, tandis que la rivière continuait pour elle son bavardage, un cortège babillard des meilleures histoires du monde, venu du cœur de la terre pour être enfin raconté à l’océan insatiable." (Keneth Grahame, Le Vent dans les saules)
 
 
Cette ville a trois rivières.
la Loire en marche vers la mer, puissante et large sous les ponts.
L'Erdre aux péniches, souple et verte, luisante et fraîche comme une anguille au soleil.
Et la Sèvre un peu noire, eau épaisse et sévère venue du vieux pays des Vendéens.
Trois rivières qui attachent la Ville au Monde, trois cordes d'eau qui amarrent son destin, trois artères palpitantes qui font battre son coeur.
Cette ville a trois rivières qui regardent le ciel.
Trois rivières, et toutes leurs rives éployées de roseaux et de saules, et toutes leurs îles échevelées d'arbres et d'oiseaux.
Trois rivières, et tous leurs affluents où nagent des bêtes calmes dans des reflets pleins d'ombre, et tous leurs marécages où rêvent des fleurs rares, des oiseaux oubliés venus du vieil Eden.
 
Rivières, rives, ruisseaux, îles et bancs de sable, roselières et saulaies - que la ville repousse sans en avoir trop l'air, que la ville peu à peu recouvre, enterre, goudronne, canalise, ceinture de béton, corsète de boulevards.
 
Cette ville n'est qu'une ville.
Elle se croit seule au monde.
Et son coeur de béton peu à peu cesse de battre.
Et ses yeux de goudron se ferment lentement,
L'air de rien.

Publié dans Nantes

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Football

Publié le par Carole

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Janvier 2012- Vitrine - Angle de la rue Sainte-Catherine et du cours des Cinquante-Otages. Nantes.
 
J'admire ce  footballeur que sa belle foulée surhumaine, éclatante, indifférente au ballon posé à terre, emporte au-delà du terne reflet de nos vies, au-dessus du gris de nos rues.
Immobile et décapité ? Qu'importe puisqu'il court. 

Publié dans Nantes

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Au Petit Paris

Publié le par Carole

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Dans la petite ville où j'ai passé ma jeunesse, un magasin de nouveautés provinciales portait l'enseigne du Petit Paris.
Au Petit Paris.
Je crois que dans toutes les villes de province, à cette époque, il y avait un Petit Paris, non loin du coiffeur Diminu-tif, de l'auberge de l'Espérance, du bazar Au Gagne Petit et du café Ma Toc'Ade.
Nantes, essence même de la Province, s'est faite toute entière Petit Paris - avec sa statue de la place Royale qui est le calque de la statue de la place de la République, son pont de la Motte rouge, réplique du pont Alexandre-III, sa statue de Louis XVI en guise de colonne Vendôme, sa tour de Bretagne imitant les tours de la Défense, ses Cours Saint-Pierre et Saint-André figurant le Champ de Mars, son île Feydeau petite soeur de l'île saint-Louis, son île de Nantes en île Seguin, ses boulevards à Maréchaux, son hippodrome comme à Vincennes, et puis, bien sûr, son bâtiment de Jean Nouvel.
Ce côté Petit Paris, ridicule et charmant comme les chapeaux de ma grand-mère, vieille dame élégante à l'accent de fermière, modeste et impérieux comme un capitaine en retraite, c'est un des traits de la Ville que je préfère.
Cette ville est un monde. Elle est le monde. Elle a tout à fait raison de le croire.

Publié dans Nantes

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Passage Pommeraye où vit le démon...

Publié le par Carole

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Pas vraiment méchant, le démon du Passage, rêveusement accordé à ce lieu où tout se feutre de poussière et de toiles d'araignée. Bien là quand même.

Publié dans Nantes

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Les grilles

Publié le par Carole

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Le Passage est une galerie compliquée de glaces claires et de grilles sombres. On y avance  comme au labyrinthe, sans y trouver pourtant autre chose que des boutiques très ordinaires, et, lorsqu'on reprend les chemins de la ville, on s'étonne qu'un lieu aussi bizarre puisse être en même temps aussi banal.
Le Passage est au coeur de Nantes comme le miroir convexe dans le tableau de Van Eyck Les Epoux Arnolfini : une brève, inexplicable échappée vers l'étrange, dans un intérieur bourgeois.

Publié dans Nantes

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L'oiseau et les grilles

Publié le par Carole

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On voit à peine l'oiseau, perdu qu'il est au bas d'un mur écaillé, dans un angle oublié du Passage.
Un peintre inconnu l'a posé là, minuscule silhouette sautillante et gracieuse.
Quand je l'ai aperçu pour la première fois, tout près des grilles, il m'a semblé que d'un coup d'aile de l'autre monde il avait poussé la porte de sa cage, et qu'il s'était posé sur un arbre en rêve.
J'ai retrouvé plus tard cet oiseau dans la ville. Comme un guide fragile, nous indiquant à travers les rues les imperceptibles chemins de l'imaginaire.

Publié dans Nantes

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Rencontre

Publié le par Carole

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Ces mannequins sans visage ne semblent-ils pas plus vivants et prêts pour l'inattendu que bien des passants aux visages éteints ?
Et qui sait si de leur rencontre ne naîtra pas le reflet d'un amour plus parfait que bien des amours de vivants ?

Publié dans Fables

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L'enfant et l'araignée

Publié le par Carole

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De tous les enfants de pierre qui peuplent le Passage, celui-ci est l'un de mes préférés. Peut-être parce qu'il symbolise la Navigation - chaque statue d'enfant est ici une allégorie -, peut-être parce que son visage légèrement incliné, aussi mélancolique qu'indifférent, est particulièrement mystérieux.
Quand j'ai voulu le photographier, cet été, j'ai tout de suite remarqué l'araignée. Elle projetait une ombre très fine, très gracieuse, comme une menace légère sur cette jeune vie. Ce n'est qu'en observant, ensuite, la photo achevée, que j'ai vu, dans une boucle de la chevelure, la deuxième araignée.

Publié dans Nantes

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La tête dans les étoiles - août 2011

Publié le par Carole

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"C'est comme un jeu d'énigmes : assise à côté d'une ancre sur un rouleau de cordages, la Navigation contemple le lointain d'un regard tout à fait blanc, qui va se perdre dans les infinis" (André Pieyre de Mandiargues, Le Passage Pommeraye)
 
L'enfant du Passage, voyageur immobile gouvernant son navire solitaire, avance en des mers inconnues. Sa tête touche aux étoiles et ses yeux obstinément fixés sur l'horizon ont la creuse blancheur des désirs inassouvis. Car au Passage il n'y a que des murs, des miroirs, des grilles, et d'autres enfants tristes et ardents.
Quand j'ai pris cette photo, la boutique aux étoiles venait de fermer, et on installait à sa place un autre commerce.  Contre le mur était déjà posée l'échelle destinée à décrocher les étoiles. Il fallait faire vite pour garder le souvenir de cette double allégorie, construite par l'alliance provisoire de la sculpture et du commerce : l'allégorie de l'enfant-navigateur enfermé, et des étoiles bientôt éteintes lui traçant un chemin de lumière. 
C'était dans les cheveux du même enfant que j'avais découvert l'araignée, un peu plus tôt.

Publié dans Nantes

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Autoportrait aux miroirs du Passage

Publié le par Carole

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Aux miroirs du Passage, chacun devient ce qu'il est : multiple, insaisissable.

Publié dans Nantes

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