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Panne

Publié le par Carole

Panne
Comme tant d'autres, j'ai laissé au repos ma voiture assoiffée. Sur son trottoir reverdi que les oiseaux regagnent, elle attend en broutant, cheval fourbu pas mécontent de rester dans son pré.
Plus d'essence. La panne... 
Autrefois, quand la mer était calme, et qu'il fallait attendre un navire compagnon, ou que le menuisier du bord avait besoin d'un peu de temps pour réparer les mâts qu'une tempête avait ébranchés, on mettait ainsi le navire, voiles repliées, au repos, en panne.
Alors les marins désoeuvrés s'asseyaient. Ils regardaient passer dans le ciel les grands oiseaux de mer, remplissaient leurs bouteilles de bateaux chimériques, ou sculptaient sur des dents de requins des paysages et des visages qu'on n'avait jamais vus, et que la mer reprendrait, bientôt, quand elle aurait vidé leur sac.
 
La pénurie, la crise, le blocage... on peut en parler de bien des façons, évidemment. Tant de journaux et de télévisions s'y égosillent, en boucle, en scoop, en continu.
Mais nous, au moins, contraints de mettre en panne nos déplacements inutiles, nos courses frénétiques et nos rendez-vous minutés, forcés de nous asseoir, ou bien d'aller à pied, nous retrouvons, un peu, très peu, si peu, le rythme antique de la vie sans moteurs.
Une vie dont nous n'avions plus la moindre idée. 
Lente comme un navire sous le vol des oiseaux.
Pas une vie facile. Juste une vie pas vite.
Une vie qu'on peut tenir entre ses mains, comme un petit morceau de temps, pour la regarder vivre, ou même la sculpter, lentement, ou l'emplir de chimères, avant qu'elle ne s'en reparte à la vague.

Publié dans Divers

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Réveil

Publié le par Carole

Un rayon de soleil était venu réchauffer l'engourdissement glacé de l'hiver, libérant un parfum de roses.
Robert Legris entrouvrit son oeil droit. Bailla. Il faisait encore nuit. Il referma sa paupière. Il ferait bon, si bon se rendormir dans la tiédeur des roses... [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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La Nuit des dieux

Publié le par Carole

Nantes - Musée du château

Nantes - Musée du château

C'était hier la Nuit des Musées.
Au château j'ai revu dans la nuit la vieille pierre fondatrice, celle qui confie depuis deux mille ans notre ville au dieu Vol - pour le salut du port et des navigateurs de Loire.
Deo Vol Pro Salute Vic Por Nav Lig... Ils aimaient les abréviations, nos ancêtres romanisés, autant que nous aimons aujourd'hui les sigles et les messages en 140 signes.
Efficaces, économes, mus par le seul souci de ménager leur temps qui valait de l'argent, sans penser à malice, simples télégraphistes, de "Volcanus", le vieux Vulcain, ils avaient fait le jeune dieu "Vol", prince de cette ville, empereur de ce monde.
 
Il m'a semblé le voir, dans cette nuit de mai, tel qu'il était alors, frémissant d'avenir, cet étrange dieu Vol qui s'en venait de naître, tout armé, tout ailé.
Libre comme un oiseau, descendant l'estuaire au côté des hérons et des mouettes, par-dessus les grands ponts, et renversant les barques des pêcheurs de civelles pour trouver l'au-delà - et ramasser de l'or.
Tordant le fer avec ses doigts de feu pour en faire des canons, des charrues, des bateaux, des statues, et de forts caractères à imprimer des livres, à conquérir des mondes.
Rusé comme un faucon, faisant marché de tout, même de chair humaine, buvant son chocolat en manches de dentelles, en attendant tranquille que s'en reviennent à lui de sombres cargaisons.
Artiste en diable, ange en figure de proue, clignant son oeil cerclé de mascaron pour séduire les passants, mais désignant du pouce ceux qui mourraient le soir.
Immoral, élégant, cruel et délicat, aussi rêveur qu'avide, travailleur et frivole, terrible et magnifique. Le vrai dieu de la ville, le maître de ce monde qu'on nous civilisait.
 
Le croyez-vous vraiment, qu'elles soient mortes et éteintes, toutes ces divinités païennes qu'on accroche au musée pour ne plus y penser ?

Publié dans Nantes

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Labyrinthe

Publié le par Carole

Labyrinthe
Le Labyrinthe... La plupart le dédaignent et passent leur chemin pour s'en aller tout droit.
Quelques-uns, cependant, s'y arrêtent et avancent, un pied hésitant après l'autre, étranges funambules au regard apaisé, sur le fil de pavage qui lentement déroule, virage après virage, sa pelote de patience et ses longs noeuds d'errance. 
Leurs bras en balancier leur font de grandes ailes battant comme des coeurs, et leurs pas maladroits, se posant sur le vide, y dessinent le plein, avec tous ses déliés.
Ils avancent et reculent, se retrouvent et se perdent, et toujours recommencent, tournoyant immobiles, comme on tisse son nid.
Et l'on se dit que le plus court chemin, de ce monde à soi-même, ce ne sera jamais la ligne droite.

Publié dans Fables

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Le faux du vrai

Publié le par Carole

Le faux du vrai
Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j’aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts.
 Rousseau, L'Emile
 
 
Elle cligne de l'oeil, la fenêtre qui trompe.
Démêler le vrai du faux, les vrais volets de bois du faux oiseau de printemps, la vraie poutre craquelée du faux rideau de mousseline à bords fleuris, la vraie pierre de pays de la fausse balustrade - cela prend un moment.
Pour le passant qui s'arrête, c'est une halte paisible, vaguement admirative. Pour le regard qui erre et qui zigzague, c'est un voyage aventureux. Et pour tous les sceptiques de ce monde, une victoire à la Pyrrhon. Car la fausse fenêtre les fait aussi faux qu'elle-même, ces volets qui ne se fermeront plus, cette pierre sur laquelle on ne se penchera pas davantage que sur la balustrade de peinture. A moins que ces contrevents aussi verts que vrais, et cette pierre de tuffeau blond, et cette poutre vermoulue ne soient là que pour l'encadrer, lumineuse, dans sa vérité idéale comme dans nos rêves de toujours, la vieille fenêtre bouchée qui ouvrait sur le noir.
Elle cligne de l'oeil, la fenêtre à malice qui nous dit que le faux du vrai, pas plus que le vrai du faux, jamais on ne pourra le démêler - sinon d'un coup de hache, ou d'un autre coup de pinceau, en noeud gordien.
 
 

 

Publié dans Fables

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Décor urbain (réédition)

Publié le par Carole

Décor urbain (réédition)
J'adore, au théâtre, les décors de rue peints. Il y en a de merveilleux aussi dans les vieux films. La Ronde de Max Ophüls, par exemple,  est à cet égard - comme à tant d'autres - une remarquable réussite.
 
Et quand je marche dans la ville, il me semble toujours, à l'inverse - mais est-ce vraiment l'inverse ? - que les rues - je veux dire les rues "réelles", si ce mot a un sens - couvertes de mots, de dessins, d'affiches, d'inscriptions, de reflets, de couleurs, sont des décors, qu'un metteur en scène ingénieux a fait peindre et disposer pour que nous puissions, passants incertains que nous sommes, jouer un moment notre rôle.
 
MISE EN SCENE  désordonnée, certes, où chacun, sans se préoccuper de ce qu'on joue près de lui, joue de son côté une pièce de sa façon, dans une cacophonie étrange et bousculée. Mais finalement mise en scène magnifique, toujours absolument juste - dans le laid, le beau ou le médiocre, toujours parfaite et pure.
TROUVAILLES continuelles, inlassables fantaisies du quotidien.
Scénographie mobile et fugitive de l'éphémère FMR.
 
En passant rue Mercoeur cet après-midi-là, j'ai eu la curieuse impression - drôle d'impression, vraiment -, que la vieille camionnette à bout d'âge s'était garée là exprès. - ou plutôt que quelqu'un, exprès, l'avait posée en équilibre sur ce trottoir. Entre les deux boutiques aux noms si bien accordés, elle s'était placée si exactement où il fallait, avec son chargement coloré d'autographes précaires griffonnés par des stars obscures du marker, de la bombe à peinture et des nuits blanches, comme la dernière touche du décor. Et c'était, sous l'évidente laideur, d'une absolue justesse de ton et de sens.
 
La rue est un théâtre. Habitant, passant, automobiliste, cycliste ou commerçant (peu importe la distribution, qui peut varier à tout instant), chacun y tient à son tour sa partie, sans trop savoir comment ni pourquoi, avant de disparaître dans la coulisse - ou nulle part.
 
Quant au photographe... au moment précis qui lui est destiné, il s'approche, et prend l'image : c'est son emploi dans ce vaste spectacle.

 

Publié dans Fables

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La vie des autres

Publié le par Carole

Quelques minutes avant le début du film, un soir de festival, évidemment, on ne choisissait plus vraiment sa place... Au bout de la rangée sur laquelle nous avions fini par jeter notre dévolu [...]
 
suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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La main qui s'ouvre

Publié le par Carole

La main qui s'ouvre
On nous l'a tant de fois affiché notifié râbaché : il ne faut pas pas du tout vraiment pas il ne faut PAS nourrir les pigeons.
Il ne faut pas les attirer, tous ces fauteurs de fientes, ces sales crépisseurs d'excréments qui souillent et rongent nos monuments. Oh, bien sûr, je suis d'accord ! Rien de plus vrai rien de plus juste rien de plus nécessaire.
Mais comment les convaincre, eux, les distraits les rêveurs, ceux dont la main, sans bien savoir ni pour quoi ni pour qui, s'ouvre toujours pour donner ?
 
Le geste de la main qui s'élance pour cogner sur l'intrus, c'est celui de la peur.
Le geste de la main qui se referme sur son bien, c'est celui du civilisé.
Mais le geste de la main qui s'ouvre et distribue, c'est le geste d'Eden, celui du premier homme, en paix avec lui-même et les oiseaux du monde. C'est le geste éternel, le geste primitif, que rien n'a pu effacer de tant de doigts distraits qui émiettent en rêvant le peu qu'ils ont en trop.
 
La main qui se resserre sur son quignon de pain se prépare à l'angoisse.
Et la main qui s'allonge pour chasser l'importun se prépare à la guerre.
Mais la main qui s'ouvre pour donner se prépare à semer.

Publié dans Fables

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Muguet

Publié le par Carole

Muguet
Car vouloir est espoir, et espoir est vouloir.
(K. May)
 
 
Il faisait froid, si froid... il faisait peur, si pleurs...
J'ai cru que cette année il n'y aurait pas de printemps pour l'hiver, et pas de mai pour le muguet.
 
Alors je l'ai cherché dans la nuit.
Il était là, bien là, modeste et boutonnant tout au fond du jardin, et tête basse encore sous l'ombre accumulée.
Mais si clair et si vert. Prêt à bondir comme un rire, à lancer ses clochettes comme doigts de lumière, à tourner sur sa tige comme un soleil d'été.
Le premier mugue-mai, l'obstiné du bonheur, la fleur des lendemains qui ne peuvent jamais déchanter
                               tant qu'ils sauront danser.
                              
 

Publié dans Divers

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Le monde ou rien

Publié le par Carole

Le monde ou rien
On nous l'avait donné pour rien, et tant de fois nous l'avons revendu et trahi. Le voilà bien malade.
De cahots en chaos, tout penché vers l'abîme, ivre sous les étoiles, absurdement bavard, criard, insupportable, il roule sa misère en écorchant nos corps, en cabossant nos coeurs.
Mais la lumière, mais les couleurs, mais les amours, et les artistes, et les enfants, et les merveilles.
Mais qu'il soit là plutôt que rien. 
Que le moindre regard, que chaque battement de notre sang - qui tourne et tourne comme lui - nous le donne et redonne tout entier, trésor multiplié des milliards de nos vies.
Qu'il soit là qu'il soit nous qu'il soit vous qu'il soit toi, qu'il soit tous et chacun.
Le monde qui n'est pas rien.
le monde le monde et non pas rien.
Le monde le monde le monde au lieu de rien.
Le monde le monde le monde le monde - ou rien.
C'est vraiment quelque chose.
Quelque chose de tellement.
Quelque chose de si.
C'est tellement quelque chose.
D'insensé d'incroyable
et de follement beau.
Que voilà, je voulais simplement
vous le dire moi aussi
juste comme on dirait
merci.
 

Publié dans Fables

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Cerf-volant

Publié le par Carole

Cerf-volant
Je ne connais rien de plus doux, ni rien de plus mélancolique. Sur la plage encore vide, bien avant la saison, par un frais dimanche de soleil, l'homme un peu ridicule au visage extasié qui ne regarde que le ciel. L'homme plus vraiment jeune qui joue avec le temps en ligotant le vent, ce pantin forcené, dans ses fils de nylon.
Maniant son oiseau bleu comme il guiderait un vieux rêve, l'homme toujours enfant. Le solitaire au cerf-volant.

Publié dans Fables

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Des femmes de fil

Publié le par Carole

Des femmes de fil

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La bobine tournoyante d'où s'élance le fil, empruntant le chemin compliqué et patient qui lui fait un destin. La canette et le guide-fil.
Et la machine grise, vaillant petit dragon labourant sans répit avec ses dents d'aiguille le tissu remâché sur le doux pied-de-biche. 
 
La canette, la machine. Le pied-de-biche, le guide-fil.
Je n'ai rien oublié. Ces mots étaient chez eux chez les femmes de chez moi.
Les femmes de la famille. Les grands-mères et les mères. Les tantes et les soeurs. Toutes les femmes de chez moi.
Je les ai toujours vues coudre et tricoter, repriser et recoudre. Tracer sur des papiers de soie avec leur craie magique le dessin de nos corps, découper le tissu avec leurs grands ciseaux aiguisés ou crantés, et bâtir et biaiser, dans le droit fil ou à vagues de smocks, de surjets et de fronces. Ourler et crocheter, faufiler, repriser, doubler et galonner, tirer l'aiguille et pousser la navette, à point zigzag, à point d'abeille, à point d'épine, tandis que la machine, bon dragon domestique, mordait à grand fracas le tissu qui vrillait.
Les femmes de ma famille. Elles avaient toujours un fil entre les doigts, une jupe à ourler, une laine à nouer, un ouvrage à filer, une pelote à démêler. Elles cousaient en lisant, crochetaient en veillant, tricotaient en tournant la cuillère à pot, et piquaient en rêvant sur la machine ardente qu'on ne rangeait jamais.
Les femmes de chez moi. Les mères et les tantes. Les grands-mères et les soeurs. Sans fin elles cousaient, tricotaient, nouaient et faufilaient leurs lourds fils-au-Chinois et leurs laines mousseuses et leurs cotons soyeux comme mots à broder. 
C'étaient des femmes de fil.
Des femmes inlassables. Qui habillaient les corps et recousaient les jours. Pour que la vie, toujours, sans noeuds et sans cassures, suive le fil du temps qui ne doit ni se rompre, ni s'emmêler, mais suivre le chemin de canette et d'aiguille, compliqué et si simple, dragonnant et patient, que lui fait le destin.
 

Publié dans Enfance

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