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Demain

Publié le par Carole

Demain
Demain sera ça ?
- Non, demain sera ce qu'aujourd'hui ignore.
Qui donc prétend nous expliquer ce que sera demain ? Qui donc prétend savoir ce que demain voudra ?
 
Demain est notre enfant à naître, et nous, parents inquiets ou béats, nous sommes incapables de lui imaginer un autre visage que ceux, si laids ou insouciants, qu'aujourd'hui nous propose.
Mais comme tout enfant, demain naîtra libre et pur. Imprévisible, insolent et joueur. 
Offrons-lui sans compter ce qu'à nos enfants nous devons : notre savoir et nos soins. Protégeons-le, aidons-le à grandir.
Mais ne l'enfermons pas, ni dans nos craintes ni dans nos espérances. Cessons de l'accabler de notre bavardage, cousin du radotage, et faisons-lui confiance : il trouvera ses mots tout seul dans nos vieux alphabets.
Que Demain soit ensuite ce qu'il aura à être : un nouvel Aujourd'hui parcourant son chemin vers tant d'autres Demains. 

Publié dans Fables

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Reculez...

Publié le par Carole

Reculez...
L'étrange inscription me barrait le chemin.
"Reculer pour mieux sauter" : voilà une triste banalité. Un proverbe, un cliché. Une formule à dire comme on dit tant de choses dont on ne sait que dire.
Mais tout à coup ce "Reculez ! allez-y, n'hésitez pas, reculez ! vous n'en sauterez que mieux ", c'était bien autre chose : un soupçon de leçon, le bois de fantaisie dont on fait les pensées.
On pourrait reculer tout à fait et ne jamais sauter... Ou sauter tout d'un coup, oublier dans la chute la pesante prudence des fausses évidences... Mais non, il nous faut reculer, reculer, loin de tous les bavards. Reculez, reculez ! Prenez de la distance, quittez vos lieux communs, reculez et fuyez, pour pouvoir regarder, et pour pouvoir penser - et pour enfin sauter où vous devez aller !
Tant de clichés sans saveur ont posé leurs cerises fanées sur nos cerveaux éteints. Et tant de mots sans vie coulent de sotte source, au robinet terni des mornes certitudes et des idées reçues.
 
Je l'ai aimée, cette inscription. Car elle nous rappelait, à sa façon de malice, que nos chemins sont barrés par les mots bien plus que par les planches, et que la liberté commence quand la langue nous démange. En terre de poésie.
Qu'en bousculant les mots, on abat les cloisons. Pour mieux sauter. 
 

Publié dans Fables

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Brins de chaise et barreaux de paille

Publié le par Carole

Brins de chaise et barreaux de paille
Hier, dans l'autobus. Un tout jeune homme, vêtu de ce qu'autrefois on aurait appelé des haillons - un jean sale et troué, des chaussures de toile déchirées, un pull de coton délavé couvert de taches - m'a demandé, avec le naturel des habitués, une pièce "pour manger". "J'ai vraiment très faim", a-t-il dit en empochant la pièce. Son téléphone a sonné juste à ce moment (même les plus pauvres ont des téléphones aujourd'hui, sans lesquels en effet ils ne pourraient survivre). Longue discussion du jeune homme avec une inconnue à la voix irritée. Apparemment, envoyé à une lointaine adresse en banlieue pour y prendre un travail, il y était allé en bus,  le bus l'avait laissé à plusieurs kilomètres, ensuite il avait dû longtemps marcher dans un labyrinthe pavillonnaire, s'était égaré, et était arrivé trop tard. Au bout du fil, la femme paraissait vraiment mécontente.
J'ai remarqué les brins de paille piqués sur le sac à dos et dans les cheveux du garçon.
Pourquoi faut-il toujours que je remarque d'aussi menus détails, pourquoi faut-il que je reste, fascinée, à regarder, l'esprit emprisonné dans les détails les plus dérisoires, ce qu'il ne m'importe pas d'avoir vu ?
 
A la descente du bus, j'ai aperçu dans un caniveau ce mégot de cigare. C'était un Partagas de grosse cylindrée. Avec sa bague en rouge et or qui aurait pu orner le gros doigt boudiné d'un Midas. Je suis encore restée là, fascinée, à regarder sottement ce débris que le Luxe, en passant, avait négligemment abandonné aux mendiants des trottoirs.
 
Un brin de paille et de misère. Un barreau de chaise au caniveau. Pourquoi est-ce que je perds mon temps à regarder ça ? Est-ce qu'on peut faire un récit avec ça ? On ne peut rien faire de bon, on ne peut rien faire de propre, on ne peut rien faire de sensé avec ça. 
 
Non, vraiment, non... Un Partagas mal fumé, un jeune homme affamé, un mégot plaqué luxe écrasé dans la boue, une pièce d'un euro dans le creux d'une main, 13 euros de tabac au fond d'un caniveau, un gamin sur la paille, et un cigare doré au doigt du roi Midas... ça n'a aucun sens, aucun sens, n'est-ce pas ? Dites-moi que ça n'a aucun sens...

Publié dans Fables

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Opéra

Publié le par Carole

Opéra
Pour gratter sa guitare il s'était crânement assis face au grand Opéra.  
Avait posé son rond de scène sur le trottoir obscur.
Opéra de quatre sous pour sono à roulettes. 
Sur le parterre des marches où la nuit remontait sa marée de badauds, on ne l'écoutait guère. Mais il poussait quand même, bel canto de misère, sa lyrique sébile, et sa chanson tenace. 
 
Jeter son petit air dans le grand chant du monde. Donner pour pas grand chose son morceau de bravoure. Au pied des marches comme au pied de l'échelle, faire le show près des stars.
Et gratter sa guitare comme un fond de tiroir où luit, pièce de cuivre, une larme de clown. 
Avant de s'en aller.
Dans le noir.
 

Publié dans Fables

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Le Cri

Publié le par Carole

    Elle l'avait remarqué en traversant la place vers six heures et quart, en allant prendre son car. Un drôle de petit édifice très laid qui luisait bizarrement sous le réverbère. Une sorte de cabanon dépourvu de fenêtres. De la hauteur et de la largeur d'un être humain, à peu près [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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Reflet

Publié le par Carole

Reflet
Ce n'était qu'un rameau glissant sur un reflet.
Ce n'était qu'un reflet tombé d'une bouée.
Ce n'était qu'un peu d'ombre, de plastique et d'eau sale.
Ce n'était qu'un frisson où tremblait un feuillage.
Mais tout à coup il m'a semblé que c'étaient elles qui passaient lentement, si légères, si fragiles et si belles, minuscules, palpitantes, s'en allant se faner dans l'immense univers,
la Terre,
la Vie.
 

Publié dans Fables

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Le discours de Noël

Publié le par Carole

A Noël Lucien Buisson, mon arrière-grand-père
 

    Il a posé sur la grande table de la "salle" son dictionnaire Larousse enveloppé de papier brun. Il a apporté aussi l’ouvrage tout récent du professeur Charles Gide, du Collège de France, sur les Associations coopératives agricoles, que lui a prêté son ami Gaston de Selommes. Et bien sûr ce numéro de l’Encyclopédie populaire illustrée du XXème siècle qu’il a acheté vingt-cinq ans plus tôt à Vendôme, chez Doucet, et où brille comme une étoile [...]

Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com
 

Publié dans Récits et nouvelles

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Epoca

Publié le par Carole

Epoca
Epoca.
Des mondes arides et des vies qui attendent.
L'espoir comme une voile piquée d'étoiles rapiécées. 
Et des coeurs cousus d'or qui n'auront pas pitié.
Des vagues bleues d'acier en lames de couteaux sous les bateaux perdus.
Des rivages sans ports au bout des nuits sans lune.
Terrains vagues grillages aux poings de barbelés.
 
 
Et un petit vélo avec son antivol.
Pour s'aller promener sur les routes d'ici
Et ne plus y penser, à ces morts de là-bas.
 
Epoca. C'est comme ça.
Toute une époque et c'est la nôtre.
Pas pire qu'une autre, c'est probable.
Mais pourquoi le faut-il, qu'elle ne soit pas meilleure ?

 

Publié dans Fables

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Au jardin

Publié le par Carole

Au jardin
Dans le journal local, on apprenait récemment que le Jardin reçoit tant de visiteurs qu'il est désormais "saturé".
"Saturé", le Jardin ? livré aux foules, aux badauds en troupeaux et aux enfants en joie ?
Peut-être.
Mais moi, ce qui toujours m'émeut, quand j'y passe, c'est la solitude.
Solitude des passants. Solitude sur les bancs. Solitude en rouge et solitude en gris. Solitude d'ici, solitude de là-bas. Solitude est partout.
Le Jardin est saturé, c'est vrai. Saturé de solitude. Si lourdement chargé de solitude qu'il tanguerait et tournoierait comme un radeau perdu, si les arbres et les fleurs, et les oiseaux tranquilles et les vieux bancs Centaure, ne l'amarraient, de toutes leurs ailes et de toutes leurs racines, de toute leur éternité vivante, à l'immobile Eden.
Au Jardin ils s'en viennent tous, les silencieux, les oubliés, poser leur grand fardeau de solitude. Dans la douceur des ombres et l'appel des colombes, elle ne fait presque plus mal, la misère Solitude. Dans la paix du Jardin, bon cimetière des coeurs, elle est le vieux chien qui attend patiemment, sans tirer sur sa laisse.
 
Au jardin

Publié dans Nantes

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L'oeuf brisé

Publié le par Carole

L'oeuf brisé
Il gisait sur le sol. 
Tombé du nid ou jeté sous son arbre par un coucou du bois, il ne verrait jamais le ciel.
De son désir de vivre ne restait que le bec entrouvert - béjaune de merle noir sous sa peau de caillou - , et ce fin duvet gris qu'on distinguait très doux aux fentes bleues de la coquille.
Il s'en irait nourrir les petits du corbeau, ou bien l'éplucheraient de leurs pinces rapides les nécrophores pansus.
Cent coquilles brisées pour un seul oisillon jeté vers l'avenir, une vie sacrifiée rassasiant le jardin : c'est la Loi, c'est ainsi, et le total est toujours bon pour ce comptable fou qu'on appelle Nature.
Mais nous, mais nous humains, qui ne voulons pas de la Loi, nous qui devons, pour être humains, obstinément dire non.
 

Publié dans Fables

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Café vendéen

Publié le par Carole

Café vendéen
C'était au carrefour d'un jour de pluie, dans une rue inconnue du vieux Rezé.  D'un seul coup ils ont été là, devant moi, en technicolor, sur l'écran déployé par la rue, les jours de soleil dans le claquement des lessives, les draps où les enfants se glissaient en fantômes rieurs, les habits qui dansaient comme des pantins sur leur corde, les grands sous-vêtements funambules qui se prenaient pour des drapeaux, le seau galvanisé posé dans l'herbe, les épingles à ressort qui rouilleraient la nuit sur le linge oublié à la lune. Et aussi les petites boutiques de village à devanture de faïence, les ouvriers en maillots de corps accoudés au comptoir, les femmes en tablier, le grand "filet" des courses posé sur la table de formica, près des épluchures de pommes de terre pelées à l'"économe", sous le papier tue-mouches.
A cette époque on économisait pour s'acheter des caméras super 8. On filmait trois minutes sur la pellicule toujours trop brève. Ensuite on coupait, on recollait, on montait bout à bout les images.
C'est comme cela qu'elle travaille, la mémoire. Aux ciseaux et à la colle. Qu'elle nous fabrique avec quelques images ces vieux morceaux de films qui ont l'air d'avoir été vrais, et de n'avoir parlé que du bonheur.
Dire qu'elle trouve toujours quelque part un écran, cette obstinée monteuse, un bout de mur, un drap tendu, n'importe où peu importe, pour projeter encore, sous nos yeux d'enfants fascinés, ses bobines entassées.

Publié dans Fables

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Muguet (réédition)

Publié le par Carole

Muguet (réédition)
C'était un sombre mai
La pluie battait sur le jardin
La mesure morne de l'hiver.
 
Je n'ai trouvé dans l'herbe haute
Qu'un seul brin de muguet
Qui croyait au printemps.
 
Je ne fêterai pas le mai
De ceux qui rient de ceux qui croient
A l'avenir radieux aux matins de triomphe.
 
Je fêterai le mai 
De ceux qui pleurent de ceux qui doutent
Et désespèrent dans l'ombre.
 
A ceux-là il est vrai
Je n'ai que peu à dire
Et bien peu à donner.
 
Rien qu'un peu de muguet
S'efforçant de fleurir
Sous la pluie qui le glace.
 
Vous qui souffrez vous qui pleurez
Prenez ce brin de mai
En larmes et en fleurs.
 
Souvenez-vous de la patience
Du jardin sous la pluie,
Souvenez-vous de l'espérance.

Publié dans Fables

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