Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 00:01

fenêtre éclairée - version 3

 

En ce temps-là, ce vieux temps-là toujours neuf et naïf de la lointaine enfance, il fallait bien un jour un clair jour de septembre, le quitter l'oublier, pour un an pour toujours, le pays de soleil et d'ennui des si longues vacances.


Quand le matin venait, on entrait avec crainte et désir dans le monde inconnu de la nouvelle année scolaire.

Il y avait l'attente un peu anxieuse devant la porte close, dans la fraîcheur de huit heures. L'appel des noms qui paraissaient tous étrangers. La marche en file derrière le nouveau maître. Le grand tableau repeint s'étirant sur le mur comme un vaste horizon. La table étroite et bien cirée, barque luisante où était déjà posé le cahier.

On s'installait en marin sur le banc, on ouvrait prudemment la trousse de cuir fauve emplie de munitions colorées, et on tournait lentement la première page, en se penchant pour respirer l'odeur du large sur le papier tout neuf et gorgé de promesses.

Puis on plongeait la plume dans l'encrier plus blanc que coquillage où tremblait une eau sombre, d'un violet profond remué de courants souterrains.

Un instant la main restait suspendue au-dessus de la première ligne de la première page du premier cahier de l'année. Une ombre mince palpitait sur la feuille, s'allongeant comme un mât vers des rivages inexplorés. L'encre luisait en perle sombre au bout de la plume envolée.


Puis la main retombait. Le vieux plumier traçait, fidèle, les lignes du modèle. Et les lignes suivaient les lignes, lents bataillons dociles et déjà las, sur les chemins bien balisés qu'avait tracés le maître, de toute éternité.

Il n'y avait plus qu'à poursuivre ainsi, pour un an pour toujours, puisqu'on était rentré.

 


Par Carole - Publié dans : Enfance
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Samedi 30 août 2014 6 30 /08 /Août /2014 00:41

Cap-de-la-Hague---version-3.jpg

 

Âpre présent, vaste horizon.

 

N'oublie pas que le ciel

Ourle chaque rocher.

Que la mer reviendra,

Que la joie fleurira,

Brin de bruyère tenace

Sur demain ton rivage.

Car l'amour, la patience,

La douceur, l'espérance,

L'amitié ta boussole,

Et la confiance qui console

 

Sont l'aile bleue qui bat dans l'ombre.

 


 

Par Carole - Publié dans : Divers
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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 02:36

 

    Pépé, je ne l’ai vu qu’une fois.

    J’avais six ans, sept ans peut-être. 

    C’était un jour d’été. Mes grands-parents m’avaient emmenée avec eux [...]

 

Suite de récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

 


Par Carole - Publié dans : Récits et nouvelles
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Mercredi 27 août 2014 3 27 /08 /Août /2014 01:08

chaise-plage-Cabourg.jpg

 

Le lecteur passionné qui se rend à Cabourg, sur les traces de Marcel Proust, est tout d'abord surpris par le luxe pansu du Grand Hôtel, avec son restaurant vitré comme une serre exotique, ses boursouflures de coquillages et ses grands bouquets d'algues accrochés en guirlandes sur des murs jaunes trop fraîchement repeints.

Le doute l'étreint. Peut-être s'est-il toujours trompé. Comment une oeuvre ainsi surgie dans les dorures d'un monde artificiel pourrait-elle le concerner ? Non, elle ne l'a jamais concerné, en réalité... Rien de tout cela ne pouvait s'adresser à lui, le lecteur si riche de ses lectures et si pauvre d'argent, figé comme un mendiant curieux devant l'inaccessible porte du Grand Hôtel.

 


Sur la plage, ce soir-là, devant le restaurant du Grand Hôtel où les lustres égouttaient leurs pendeloques d'or, une chaise attendait face à la mer. Une chaise solitaire, qui persistait, inclinée vers l'ombre qui tombait, à chercher tout là-bas la lumière.

Je l'ai vu brusquement. C'était là qu'il était. En réalité...

Sur cette chaise solitaire.

Penché vers ce qui le fuyait, scrutant sur la peau des vagues au sourire murmurant le visage mobile, infini miroitant, des jeunes filles riches, banales et raisonnables, qui se hâtaient pour le dîner du soir. Cherchant sur ces ombres bleutées qui s'enroulent aux rêves la tige encore vivante des grandes fleurs fauchées sur les chemins perdus.

Penché de toutes ses forces vers l'autre direction, laissant loin derrière lui le Grand Hôtel clinquant qui sombrait dans le soir comme un vaisseau trop lourd.


grand hôtel Cabourg


Par Carole - Publié dans : Fables
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Lundi 25 août 2014 1 25 /08 /Août /2014 02:48

 

    Elle allait s'engager dans le chemin de Villefrancoeur. C'était jour de marché, et elle avançait d'un bon pas en serrant son panier dans le petit matin frisquet. Soudain il avait été là. Là, juste devant elle. A se moquer, à lui barrer le chemin et à lui rire au nez insolemment. Planté comme un vaurien dans le champ d'Emile, juste avant la barrière, en plein devant l'allée qui menait à la Rongeonnière. [...]

 

Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Par Carole - Publié dans : Récits et nouvelles
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Dimanche 24 août 2014 7 24 /08 /Août /2014 01:35

maison-a-vendre---Pont-Aven.jpg

 

Elle pleurait toutes les larmes de son coeur, cette maison à vendre. 

À vendre avec tous ses oiseaux, et ses carreaux frottés de pluie.

À vendre avec ses souvenirs, et tous ses fronts contre la vitre.

À vendre avec ses vieux sourires, et ses araignées funambules.

À vendre avec ses volets bleus, et ses yeux pâles qui s'embuent.

À vendre À se déprendre À vendre À pierre fendre

À vendre comme à se pendre.


 

Par Carole - Publié dans : Fables - Communauté : Liberté photo et picturale
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Vendredi 22 août 2014 5 22 /08 /Août /2014 01:52

banc--.jpg

 

C'était un soir, au milieu de l'été. Ne me demandez pas où, car je l'ai oublié. Quelque part, sur une côte rude du rivage atlantique. Nous nous étions assis pour manger, sur ce banc, au bord de la route, face à la mer, qui semblait attendre les passants, derrière une clôture ouverte.

Quelqu'un s'est approché. Une petite femme aux cheveux courts teints d'un roux si aigu qu'il enflammait son vieux visage d'une drôle d'auréole insignifiante et saisissante. Elle avait les bras encombrés de sacs.

—Vous êtes bien installés ? Le paysage vous plaît ? Vous avez très bien fait d'entrer et de vous asseoir sur le banc... 

— Ce n'est pas un jardin public ?

— Non, non, c'est chez moi ici, mais vous avez bien, fait, c'est exprès...

— Excus...

— Non, non, c'est exprès, je vous dis. La porte est ouverte exprès. Nous avons mis ce banc pour que les gens puissent s'asseoir, dans ce petit coin que nous aimons bien... Mais il a été vandalisé cette nuit, faites attention, il y a une grosse fêlure, regardez, j'ai peur que ça s'efffondre. Demain, mon mari va rentrer, nous allons réparer cela...

— C'est vraiment très gen...

— Oui, vraiment très gênant, mais nous allons réparer cela... maintenant je dois vous laisser, il faut que j'aille nourrir les goélands... 

Nous l'avons regardée descendre, petite flamme rouge glissant sur les rochers, le chemin qui penchait vers le large. Sur leurs bancs de pierres noires, en bas, face à la mer, les goélands attendaient déjà, lissant leurs plumes ardentes dans le soleil du soir.

J'y ai repensé, ensuite. Nous ne le savions pas, mais nous venions de rencontrer la Bonté. Active et inlassable, dévouée à tous et à tout, si souvent offensée, jamais déçue, bien vieille, et toujours jeune, insignifiante et forte comme la flamme que de coeur en coeur on se passe, pour frayer dans ce monde un chemin de lumière.


Par Carole - Publié dans : Fables
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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 00:16

étoile - main

 

Quelqu'un, d'abord, avait dessiné une étoile. Une étoile maladroite, boiteuse et déhanchée, qui dansait sans y croire sur son fil de ciment.

Puis quelqu'un d'autre était passé, et il avait dessiné sa main. Sa main tendue vers l'étoile.

Il n'y avait plus de mur gris, plus de rue sale. Juste une étoile funambule. Et une main d'humain qui la caressait dans son ciel, du bout de ses doigts rêveurs, pour ne pas l'attraper.

Une fable.

 


Par Carole - Publié dans : Fables - Communauté : LA PLUME D'ARGENT
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Dimanche 17 août 2014 7 17 /08 /Août /2014 02:20

pointe-de-pen-hir.jpg

 

C'était, à Pen Hir, un de ces paysages déchiquetés qui sont comme des lambeaux arrachés à l'éternité.

Il aurait fallu cesser de voir pour contempler.

Mais nous ne savons plus contempler.

Voyageurs à côté de la mer de nuages,

nous ne savons plus que voir.

Peut-être même seulement revoir.

C'est ce que j'ai pensé en regardant cet homme qui regardait sur l'écran de son APN ce qu'il pourrait revoir, plus tard, peut-être, de ce monde que déjà il ne voyait plus.


photographe-Pen-hir.jpg

 

— Et puis ?

— Un rocher découpait derrière lui son profil de penseur... et lui découpait sur la mer son profil de badaud... Caspar Friedrich revu par Carl Spitzweg, n'est-ce pas ?

— Mais encore ?

— Eh bien... eh bien... j'ai pris des photos, bien sûr... Et je les ai stockées sur ma carte mémoire. Pour les revoir, plus tard, peut-être... 


Par Carole - Publié dans : Fables - Communauté : Liberté photo et picturale
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Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 00:52

 

      sens interdit noyé

 

Règles et sens imposés,

 courants tracés par d'autres.

Ne jamais s'y noyer.

Mais ne pas supplier 

d'en être libéré.


En oiseau s'y poser

Y suspendre son nid.

S'en rendre maître enfin.

Et scier la branche après

pour s'envoler vers soi.


zone-de-travail.jpg

 

(C'était en juillet 2014, à Audierne, l'une des "zones de travail" de Clet Abraham)

 

 


Par Carole - Publié dans : Fables
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