Jeudi 20 novembre 2014 4 20 /11 /Nov /2014 00:19

eau de Lourdes-copie-1

 

Je passais Ile de Nantes. Du côté du Hangar à Bananes.

Soudain... J'ai cru avoir mal vu d'abord... mais non, dans la vitrine en rénovation, c'était bien un bidon d'eau de Lourdes. Une sorte de jerrican comme on en utilise parfois pour l'essence. Mais on lisait très bien : Lourdes.

L'eau avait-elle servi à faire le café, ou devait-elle aider à nettoyer l'étagère poussiéreuse ? Devait-elle attirer la faveur du ciel sur le bar à venir – car ce serait sans doute encore un bar qui allait s'ouvrir là ? Ou bien n'était-ce qu'une facétie ? Comment savoir ?

Un rayon de soleil éclairait la sainte Vierge et prêtait à la scène un petit air de Cène.

C'était une nature vive, naïve et drôle, à la fenêtre à malices de ce qui ne serait bientôt plus qu'un bar de nuit du Hangar à Bananes...

Je l'ai pris comme il m'était donné, cet infime miracle du quotidien.

Avec amusement et avec gratitude.

Car aux petits miracles du quotidien nous devons la joie, la légèreté et la fantaisie, qui sont l'eau sainte de la vie.

 


Par Carole - Publié dans : Nantes
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Mercredi 19 novembre 2014 3 19 /11 /Nov /2014 08:40

 

    Le puits et le ballon... curieux titre, n'est-ce pas ?... Non, ça ne vous dit rien, évidemment... Cela ne veut rien dire.

    Vous pensez à Edgar Poe ?  Oh, non ! Le puits et le ballon, ce n'est pas grand-chose, en réalité.

    C’est simplement le premier récit que j’ai tenté d'écrire. Et qui a bien failli être le dernier.

    J’étais encore en [...]

 

Suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Par Carole - Publié dans : Récits et nouvelles
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Dimanche 16 novembre 2014 7 16 /11 /Nov /2014 00:41

leur-avenir-2.jpg

 Takaki Takino - "Vos avenirs" (きみたちの未来- 15 novembre 2014 - Nantes, Maison de l'Erdre.

 

 

 

La photo s'intitulait "Vos avenirs". Justement ils passaient, main dans la main, jeunes et pensifs. C'était dans la Maison de l'Erdre, où l'on expose en ce moment les photographies de Takaki Takino, artiste exceptionnel. 

Ce qui surprend toujours, dans les oeuvres des grands photographes, c'est leur incroyable capacité à s'accorder avec ceux qui les rencontrent. A se placer tranquillement au plus près de chacun.

On passe, on regarde... non, on est regardé par ce regard que l'artiste a posé dans son oeuvre.

On ne s'en rend pas toujours compte, mais déjà, on est happé, on est ailleurs, dans l'image – exactement là où l'on devait être. 


 takaki-Kitano.jpg

 


Par Carole - Publié dans : Japonisme
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Samedi 15 novembre 2014 6 15 /11 /Nov /2014 02:12

visage-trottoir-version-2.jpg

 

C'est le soir. C'est en ville. Un artiste anonyme a donné au trottoir un visage de craie. 

Façades sans regards. Silhouettes qui s'écartent. Dans la nuit noire et blanche glissent nos pas pleins d'ombres. 

"Help me... " murmure le trottoir. Où donc est-il passé, celui qui appelait ? Où s'est-il effacé, ne laissant sur la pierre qu'un visage de craie ? 

C'est le soir, il est tard. Dans les rues on se hâte. Mais personne ne marche sur le visage du trottoir. On croirait qu'ils ont peur, les passants sans visage, de fouler ce visage. Un visage anonyme, un si vaste visage. Un visage si large que les nôtres y tiendraient. Le visage d'un soir peinturluré d'espoir - et tombé dans le noir.

 

Le lendemain, au matin, il avait plu si fort

sur la craie sur la pierre

qu'il ne restait

plus rien.


Par Carole - Publié dans : Nantes
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Vendredi 14 novembre 2014 5 14 /11 /Nov /2014 00:53

Rue Lapérouse, au coin de la place Royale, deux musiciens s'étaient postés. L'un tenait une contrebasse, l'autre frappait d'un maillet un étrange piano, mi-harpe mi-xylophone, un cymbalum... - merveilleux instrument que j'avais vu, jadis, sur la scène de la "Folle Journée" où se produisaient les musiciens tsiganes du "Taraf de Haïdouks".

Les deux Tsiganes jouaient très vite, des airs au rythme étrange, inhabituel et changeant. Ce rythme des Balkans qu'on dit "boiteux". Et c'était curieux de regarder les gens qui passaient. Certains se mettaient à marcher plus vite, pas réguliers, l'un après l'autre, rythme binaire. D'autres, amoureux interprètes, se mettaient à danser, valse à trois temps, rythme ternaire. Il y en avait aussi, bien sûr, qui n'écoutaient pas, et restaient immobiles.


musique-rue-laperouse.jpg

 

C'est ainsi, en musique, et partout, et en tout. Il y a ceux qui préfèrent aller sur deux temps, marche en avant, droit devant eux. Ceux qui ne vont qu'en tournoyant, légèrement, trois temps de valse, trois temps de grâce. Ceux qui savent nous faire aller sur tous les rythmes. Et ceux aussi qui se contentent d'attendre, ou de dormir, indifférents.


Par Carole - Publié dans : Nantes
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Jeudi 13 novembre 2014 4 13 /11 /Nov /2014 00:25

framboise-2.jpg

  Jardin de la médiathèque J. Demy, 12-11-2014


Dans le jardin rouillé, elles étaient si jolies, elles semblaient si pulpeuses, ces deux framboises posant sur le ciel gris leurs lèvres amoureuses. Je me suis arrêtée, séduite. J'aurais pu les croquer en novembre comme pommes en Eden...


J'ai préféré cueillir ces fleurs de cerisier. Vaincues par une averse et tombées sur le sol près de l'aile brisée du grand érable chauve.

 

fleurs cerisier faines


Fleur d'avril en novembre, fruit d'été en automne. Cela devrait être beau comme miracle. Mais nous voilà marchant seuls et sans but dans ce monde qui s'épuise, tandis que les saisons vacillent sur leur axe.


Par Carole - Publié dans : Fables
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Mercredi 12 novembre 2014 3 12 /11 /Nov /2014 00:02

fleurs---Blumen-copie-1.jpg

 

Cela m'a d'abord fait sourire... Semer des fleurs, et égarer leur nom. Planter quand même son petit panonceau dans le jardin des mots. Écrire "Fleurs"  et "Blumen", en deux langues, pour semer plus profond. Y perdre son latin, et rateler l'espoir. Désherber les heures noires, éclaircir l'illusion. Puis ne rien récolter. Et ressemer encore.

Mais au fond, n'est-ce pas toujours cela, un jardin ? On y sème des graines qui sont aussi des rêves, que l'on cultivera, ou que l'on oubliera, que demain flétrira ou bien épanouira. Tout jardinier est un rêveur. Tout rêveur est un jardinier.

Je dis "fleurs", je sème le mot "fleurs". Et des bouquets s'éveillent derrière mes paupières closes, tous les parfums m'appellent, des arbres de printemps s'égouttent dans le bleu.

Je sème. Et puis... tant pis, c'est en moi que je sème, cela devient ou bien cela revient. Grain de folie qui infuse ou pourrit. Graine de ciel qui s'enterre ou ricoche. Aux averses jetée, au grand vent replantée. Il n'y a de jardin qu'incertain. Il n'y a de moisson que peut-être.


Par Carole - Publié dans : Fables
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Mardi 11 novembre 2014 2 11 /11 /Nov /2014 00:07

 

On pouvait visiter aujourd'hui l'ancienne maison d'arrêt de Nantes, fermée il y a deux ans, et actuellement investie par un groupe d'artistes avant sa prochaine démolition.

Je m'étais toujours demandé, en longeant les hauts murs emperruqués de barbelés, comment on vivait là-dedans. Et j'ai vu.

La cage à folie du "mitard".

 

ancienne-maison-d-arret---le-mitard.jpg


Les cellules sombres aux fenêtres grillées, minuscules, où paraît-il on logeait à trois ou à quatre. Les oeilletons au couvercle tordu rouillé souillé d'avoir été tant de fois retourné sur le vide.


ancienne maison d'arrêt - oeilleton


La cour humide où l'on tournait en rond comme pauvre Lélian, une heure par jour et sans soleil. Les noms gravés sur les murs sourds, en lettres profondes comme la rage. Les dépouilles étranges des "missiles", ces objets interdits jetés de l'extérieur, restés pendus aux barbelés comme cadavres à leur gibet.


les missiles

 

Et cette empreinte enfoncée dans le sol de la salle de sport... quel bond il avait fait, quelle énergie il avait mise à sauter, et comme il était lourdement retombé, celui qui l'avait laissée là, sur le lino usé.

 

ancienne-maison-d-arret---empreinte-salle-de-sport.jpg


Dans l'une des cellules ouvertes aux visiteurs, j'ai fait mon autoportrait au miroir fêlé :

 

ancienne maison d'arrêt autoportrait-copie-1


Qu'il serait différent, ce monde si violent, ce monde si cruel, si chacun pouvait se regarder au miroir auquel l'autre se voit. Le criminel au miroir de sa victime. Le juge au miroir de son condamné. Le prisonnier au miroir de son gardien. Et le passant au miroir de tous ceux qui derrrière l'oeilleton purgent leur vie perdue.

Ce qui pourrait nous sauver du mal, ce n'est pas la sévérité, pas davantage la douceur. Non, ce qui pourrait nous sauver, c'est l'imagination. Seulement l'imagination, soeur jumelle de compassion.

 

 


Par Carole - Publié dans : Nantes
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Dimanche 9 novembre 2014 7 09 /11 /Nov /2014 00:58

santons.jpg

 

C'est un soir dans la ville. Un soir comme tous les autres. On passe dans la rue remplie de figurants et de décors banals.

Et soudain cette image sur l'écran qui tremblote. Une très vieille femme qui s'affaire à ranger. Juste avant le mot "FIN".

C'est un soir dans sa vie. Un soir pas comme les autres. Car c'est le dernier soir. La boutique est à vendre. La boutique est vendue.

La femme ne nous regarde pas. Elle a tant de travail. Toute une vie à trier à mettre dans son ordre. Santons vieillots figurines oubliées visages effacés. Et ces livres de comptes qui paraissaient si lourds mais qui tombent en poussière. Se hâter tout ranger dans les cartons sans fond de la mémoire qui flanche. Puis tirer le bilan comme un rideau de fer. Avant de refermer la porte.

Il vient toujours, ce soir-là, dans une vie - le soir, le dernier soir, si longtemps redouté, si longtemps attendu sur la pellicule un peu floue.

On tourne tant de films, et toujours ce mot "FIN" sur la dernière image.

Par Carole - Publié dans : Fables
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Vendredi 7 novembre 2014 5 07 /11 /Nov /2014 00:15

commencements---Houdin---Poulain.jpg

  Blois - rue Porte-Chartraine

 

 

À chaque rentrée scolaire, nous allions "chez Labbé". C'était alors une petite librairie perchée autour de ses escaliers tremblants, et tenue par de vieilles personnes empressées. Nous achetions des cahiers Clairefontaine que je choisissais toujours bleus, et des crayons Caran d'Ache pour peindre avec les doigts. Puis nous passions au comptoir prendre livraison des manuels de l'année, que l'ennui pâlirait bientôt, mais qui sentaient encore le papier frais glacé et l'encre de septembre.

Dans la rue Porte-Chartraine, en sortant, je levais toujours les yeux vers ces deux plaques bizarrement jumelles. Quel mystère pouvait donc bien unir le prestidigitateur et le chocolatier, pour que le destin ait choisi de les loger à leurs débuts à la même enseigne de banalité, dans la même maison grise ? Était-ce grâce au magicien qui l'avait précédé que les modestes étals du jeune confiseur avaient pu bâtir brique à brique ces usines miraculeuses qui répandaient sur la ville entière leur chaud parfum de chocolat ? Comment était-il possible qu'Auguste Poulain, ce monsieur si malin qui distribuait des images aux enfants et qui avait fait construire derrière la gare un château de magicien à tourelles, ait pu un jour habiter cette vieille demeure sombre ? Était-il vraiment imaginable, en outre, qu'un prestidigiteur en chapeau haut de forme ait pu se présenter au monde sous l'apparence d'un nourrisson vagissant ? Par quelle magie inexplicable et délectable tant de métamorphoses avaient-elles pu avoir lieu, et prendre naissance ici, précisément icidans cette maison ?

Serrant tout contre moi mes livres et mes cahiers au parfum de rentrée, attendant dans la rue ma mère qui bavardait avec les dames libraires, j'interrogeais les inscriptions. Car il y avait là-haut dans ces mots en miroir quelque chose... quelque chose qui me semblait bien terni et plus mort qu'une pierre tombale, mais dont je percevais pourtant très vaguement l'importance vivante, quelque chose qui se murmurait comme un secret presque effacé sur les vieux murs, et qui s'alliait mystérieusement au papier tendre des cahiers neufs, aux crayons bien taillés et rangés dans leur boîte, et même aux lourds manuels qu'on n'avait pas encore recouverts de cet impitoyable kraft qui allait tout gâcher. Quelque chose que je ne comprendrais que bien plus tard, quand je l'aurais perdu...

    Magie des commencements. 


Par Carole - Publié dans : Blois
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