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Gilles (réédition)

Publié le par Carole

jardin-baliniere-9.jpg   
Jardin - quartier de la Balinière - Rezé
 
"Qui est né à Nantes comme tout le monde ? Qui est né à Nantes ?" (Louis Aragon)
 
 
A Rezé, où est né Benjamin Péret, qui venait de Nantes comme tout le monde, on peut très bien vivre dehors, en hiver.
On peut très bien mourir aussi. Comme Gilles, qu'on a déjà oublié et dont je voudrais raconter l'histoire.
 
C'était il y a un ou deux ans, ç'aurait pu aussi bien être aujourd'hui, ou demain.
Il dormait à Rezé, dans les toilettes publiques de la place du marché, tout près de la Cité radieuse de Le Corbusier. On l'a trouvé un matin tout raide et gelé, en poussant la porte qui résistait un peu.

On a raconté sa mort dans les journaux, des gens qui l'avaient connu avant ont dit qui il était - un homme presque comme tout le monde, qui avait perdu sa femme, qui avait perdu son emploi, qui avait perdu son logement, qui était malade, qui ne voulait déranger personne et qui aurait bien voulu être à nouveau tout à fait comme tout le monde...

C'est alors qu'on a su qu'il s'appelait Gilles. Il portait le nom du grand solitaire de Watteau, et ce nom lui allait bien.

Des Gilles, il y en a tant. En paquets gris sur les trottoirs, sur les escaliers, dans les passages et les halls de gare, sous les arches des ponts, sur les sièges du tramway, sur les rares bancs qu'on leur a laissés, bavards ou silencieux, suppliants ou résignés, ils sont partout. Posés comme des bornes au coin des rues, ils nous font marcher droit, et, mieux que les leçons de morale sur les tableaux noirs de l'école, ils enseignent la loi aux enfants.

Ils font partie de la ville comme les publicités sur les abris Decaux, l'interdiction de fumer dans les cafés, les décorations de Noël, les vélos en libre-service, les jardins associatifs, les banques du centre hérissées de grilles et les cafés des faubourgs en liquidation judiciaire.

On ne peut pas parler de la ville sans parler de Gilles, et vous le savez bien.
 

Publié dans Nantes

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Les noeuds

Publié le par Carole

Les noeuds
"Oh, l'filin dans nos mains fait craquer la peau"
 
(Henry-Jacques)
 
 
Je n'ai jamais pu passer près d'un de ces anciens bateaux de voiles, de cordages et de noeuds, sans penser à tous ceux qui ont si patiemment filé, si savamment tressé, si fortement noué les liens où s'accrochaient leurs vies. A ceux qui sans jamais se lasser ont serré, resserré, et toujours renoué les noeuds qui s'épuisaient. A ceux qui sans fin courbés sur la tâche ont réparé dans la tempête les fils qui se cassaient, les liens qui s'écartaient, les bouts qui s'emmêlaient.
 
Car il n'y a rien de plus important, sur le bateau qui tangue, sous le vent qui fait rage, que ces liens et ces noeuds qui tiennent en leur pouvoir toute la vie des hommes.
 

Publié dans Fables

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Le château de l'araignée

Publié le par Carole

Le château de l'araignée
Dans le froid, dans le gel, je l'ai vu ce matin,
le château de tricot de l'araignée du temps,
le beau filet de givre arrimé sur les branches
par l'obscure pêcheuse qui veille patiente
 
à nouer immobile un fil à l'autre fil,
pour en faire sa demeure,
à crocher en silence une maille à l'autre maille,
pour y pendre les heures.
 
C'est un monde parfait, c'est un monde glacé
c'est un monde divin, c'est un monde araignée,
ce monde où nous dansons,
ce monde où nous aimons,
ce monde où nous pleurons,
ce monde où nous mourons,
ce monde sans raison
 
où nous sommes les moucherons.

Publié dans Fables

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En 2017... ne pas nourrir les plantes carnivores !

Publié le par Carole

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Jardin des Plantes de Nantes - Décor de Claude Ponti

Elles se pavanent, elles font troupeau dans leur enclos, un peu frivoles, mais tranquilles - sottes peut-être, mais si belles. Elles vivent innocentes, d'eau fraîche et de chlorophylle, d'amour, d'ennui ou d'illusions. Tant qu'elles n'ont pas appris le goût des mouches et la saveur du sang, elles ne s'en doutent même pas, qu'elles sont carnivores.
Mais n'allez pas les nourrir, oh non ! car il en faut si peu pour les rendre féroces, à jamais prédatrices : qu'elles respirent seulement le parfum de l'ombre de l'insecte qu'on leur a jeté, le tremblement d'angoisse d'une chair qu'on leur livre, et les voilà qui se dressent, qui attaquent, qui étouffent, empoisonnent et dévorent et digèrent, répugnantes, venimeuses, inlassablement meurtrières. Et nos barreaux rouillés, droites grilles inutiles d'une pauvre raison qui ne tourne plus rond, s'effondrent en sanglotant, incapables de contenir leur armée grandissante.
 
Car ainsi va le monde, qui saurait vivre en paix, peut-être même en joie, en douceur, en beauté, si quelques-uns ne nourrissaient pas de ses plaies tant de mouches carnivores, tant de plantes gorgées de haines.
 
Alors pour cette année nouvelle qui pourrait bien, si on n'y prend garde, ressembler à tant d'autres, j'ai juste un voeu à faire - un voeu naïf, un peu bizarre, un voeu à la Ponti :
 
Que plus personne, sur cette Terre,
plus jamais, nulle part,
ne s'avise d'aller nourrir
les plantes carnivores.
 

 

Publié dans Divers

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Loulou

Publié le par Carole

Il avait déclaré d'un ton qui ne laissait place à aucune objection : "On fera appel à un traiteur, cette fois. Pour le service aussi."
Cette fois. Bien sûr. Cette fois... Elle se souvenait avec angoisse du précédent réveillon, de la soupière qui s'était effondrée, minée par une secrète fêlure, de l'horreur des morceaux explosant sur la table [...]
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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L'ange et le sens

Publié le par Carole

L'ange et le sens
Dans la vie dans la ville, c'est ainsi qu'on avance :
des sentiers balisés vers tous les sens uniques
par les voies obligées, hors des sens interdits
de flèche en certitude, tout droit jusqu'à l'impasse.
 
Vastes couloirs portes claquées fenêtres closes
Longs espoirs sans issue évidences obtuses.
Et nous au labyrinthe courant comme souris
dans tous les coudes étroits de la ville de la vie.
 
Mais parfois passe un ange avec ses ailes rondes
nous ouvrant ce chemin
tout simple
qui vole par-dessus
le monde.

Publié dans Fables

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Joyeux Noël

Publié le par Carole

Je vous souhaite à tous un joyeux

 

N

 Ë

 L

Publié dans Divers

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L'invité

Publié le par Carole

    C'était le soir du 24 décembre. Un 24 décembre gris et froid dont les guirlandes s'égouttaient lentement, dans le brouillard stagnant et la nuit qui tombait. Je rentrais du bureau, où j'étais resté tard. J'étais parti le dernier, bien après 18 heures, comme à mon habitude - pourquoi aurais-je modifié mes habitudes pour un soir comme celui-là ? Et j'avais refermé la porte à regret sur la pièce obscure et déjà engourdie [...]
 
Suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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Paysage de Noël

Publié le par Carole

Paysage de Noël
Un immense ourson de Noël dans le frais soleil du matin. Une voiture sur la route. Une moto arrêtée. Une mendiante assise par terre.
Le motard est absent. La voiture passe et file au loin. La mendiante a posé devant elle une pancarte en carton qu'on aperçoit mais qu'on ne peut pas lire, depuis l'escalator du centre commercial. L'ourson de Noël détourne le regard, il a les deux oreilles bouchées par des écouteurs roses qui scintillent au soleil.
Les ombres sont encore longues sur le trottoir désert, le centre commercial vient d'ouvrir. Tout à l'heure la moto s'en ira, au loin, et la rue s'emplira de passants à paquets. La mendiante sera toujours assise par terre. Du haut de l'escalator on n'apercevra plus que la foule de Noël, si chargée, si pressée. On ne saura jamais ce qu'écoute l'ourson, dans ses grands écouteurs qui l'empêchent de voir.

Publié dans Fables

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Ruine de Rome

Publié le par Carole

Ruine de Rome
Sur le trottoir sombre et sale, il y avait longtemps qu'elle s'était fait la malle, dame Nature. Mais au pinceau quelqu'un avait écrit son nom sur le ciment, et l'avait même souligné d'étoiles, puisqu'elle était déesse, l'Absente, au ciel comme sur cette terre...
Absurde, ridicule, inutile message ?
 
Il y a comme cela dans la ville une femme inlassable et naïve qui inscrit partout au pinceau le nom des fleurs sauvages, humbles lutteuses qui poussent au coin des murs.
Mouron des oiseaux, dent de lion, ruine de Rome.
 
Elle les a toutes observées, nommées et désignées, celles qu'on ne voit jamais, les humiliées et les précaires, les humbles pousses méprisées qu'on piétine en marchant, dans la hâte des villes.
On passe, on lit, on regarde, on se dit : "Tiens, c'est donc un mouron des oiseaux, ce bouquet pâle ? Est-ce vraiment la ruine de Rome, ce brin de myosotis qui rampe sous les murs ?" Puis on n'y pense plus.
 
Mais voilà qu'on repasse dans la rue, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard... le round-up a enterré le mouron des oiseaux, la dent de lion s'est pendue aux barbelés, et la ruine de Rome s'est étouffée de mégots... On s'arrête un instant, on repense à la fleur dont le nom s'étire encore si blanc sur la pierre tombale du trottoir, et on regrette de l'avoir négligée, on l'aime tant, soudain, qu'on prie comme un idiot pour qu'une mince radicelle lutte encore sous l'asphalte, qu'on l'arrose de prières, pour qu'elle ne meure pas.
 
Car c'est de n'être plus là que si peu, de nous avoir quittés peut-être, de pouvoir disparaître, qu'elle nous devient, la Délaissée,
si précieuse.
 
Ruine de Rome

Publié dans Fables

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