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Comptines

Publié le par Carole

poule sur un mur
 
 
    En l'apercevant, cette noire volaille de la rue, j'ai immédiatement pensé à la vieille comptine - vous la connaissez tous, vous savez bien, celle de la poule sur un mur qui picote du pain dur... puis, picoti picota, lève la queue, avant de s'en aller pour ne plus revenir – une de ces comptines "d'élimination" qui me plongeaient dans l'angoisse, lorsque j'étais enfant, et que je craignais plus que tout cette fatalité qui allait m'obliger peut-être à sortir du rang. Celle qui s'en irait, la misérable créature chassée de la ronde, si cela allait être moi ? Moi, celle qui tomberait du mur ? Comme elle piquait du bec, cette poule, comme elle se saisissait durement du destin de chaque être - on aurait cru un ver de terre, gigotant éperdu, avant d'être broyé. Picoti picota... comme elle picotait rudement le pain dur de ce monde. Pourtant elle me fascinait, je ne pouvais m'en détacher, et la vieille comptine tournait sans répit dans ma tête comme la poule dans son enclos - picota picoti - , piquant déchirant recousant de son bec aiguisé le sac étroit des confuses pensées.
    Je me suis toujours demandé pourquoi les enfants s'acharnaient ainsi à apprendre et à réciter sans fin - car ils se les apprennent entre eux, bien plus qu'on ne les leur apprend - ces terribles comptines qu'on appelle d'"élimination" - et qui n'ont pas d'autre but en effet que d'éliminer du cercle le joueur désigné, ou de le choisir seul au détriment des autres.
    À y bien réfléchir, je crois que c'est justement cela qui attire les enfants, la terreur vague qu'ils en éprouvent, et qu'ils grattent, et picotent, et piquettent sans trêve. Comme s'ils pouvaient y saisir, poussins destinés à grandir, l'essence obscure de la vie et de la mort, la dure boule de pain noir où se concentre tout le mystère. Et je crois que c'est cela, encore, qui les apaise dans cette grande angoisse : l'évidence que les mots peuvent tout mettre en ordre, tout replacer dans la ronde, picoti picota, lorsqu'ils sont bien rythmés et sonnants. 
 

Publié dans Enfance

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Je m'étais juré de ne pas en parler...

Publié le par Carole

Je ne parlerai ni de la manifestation d'aujourd'hui contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ni des librairies qui ferment.
Promis juré. Je n'en parlerai pas. Non non non.
De la manifestation, je ne parlerai pas, parce que je n'y étais pas, et que tout le monde vous en parlera, à coups de twitts, de communiqués, de condamnations, d'images-chocs et de déplorations...
Des librairies qui ferment, je ne parlerai pas non plus, parce que j'en ai déjà tellement parlé, et que cela me désespère d'y revenir encore.
Pourtant... Non non non, c'est plus fort que moi.
J'étais en ville ce matin, me dépêchant parce qu'on allait interrompre le trafic des tramways. Comme mon trajet m'amenait nécessairement tout près de la rue de Feltre, j'ai pris quelques minutes pour aller voir les pauvres employés de la librairie Chapitre qu'on a longtemps connue ici sous l'enseigne Forum Privat, et qui vient de fermer, faute de repreneur. 
J'ai dû passer par le portillon d'une grande herse de métal, cernée de cars de CRS et de camions de gendarmerie - de ma vie je n'en avais jamais vu autant ni d'aussi imposants, jamais non plus je n'avais vu le centre ainsi hérissé de grilles
J'ai croisé des groupes bavards de Robins des bois, qui attendaient, fixant tout étonnés les grilles et les camions, que le cortège démarre.
 
 
manifestation-NDDL.jpg
 
Enfin, là-haut, devant la boutique désertée, j'ai vu les employés de la librairie, tout seuls et silencieux au milieu de tristes affiches demandant un peu d'aide et un peu d'intérêt.
Quand je suis sortie, j'ai retrouvé les cars de police, la foule, les herses qu'on ne franchissait qu'en montrant patte blanche. Une rumeur encore calme où la tension montait.
 
Forum-privat-2.jpg
 
Et en partant, j'ai pris cette photo. Je me suis dit que c'était peut-être la dernière photo que je prendrais de la librairie, puisqu'elle allait tout à fait disparaître. Je me suis dit aussi qu'il y avait dans l'air une électricité d'émeute, et que c'était un drôle de monde, ce monde où pour construire un aéroport on pouvait mobiliser tant de forces et tant d'argent, susciter tant de colères et de violences, tandis qu'une librairie de plus venait de fermer en silence, sans que qui que ce fût d'important eût daigné s'en soucier. Et que de cela, je pouvais bien parler, puisque après tout ce ne serait demain ni sur Twitter ni au journal télévisé.
 

 

Publié dans Nantes

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Merveilles

Publié le par Carole

merveilles-copie-2
 
 
Ebloui, on s'approche, on tente de le voir, ce vitrail des merveilles qui chatoie dans son ombre, derrière les rayons blancs des grilles ouvragées. Et ces marches, là-bas, on voudrait les monter, jusqu'au balcon, plus haut, qui invite à quitter le plat chemin d'ici. 
Et brusquement on aperçoit la poubelle, derrière la grille. On voit qu'il manque un M à l'enseigne aux merveilles. On comprend que le local est fermé, déserté, livré à la poussière, aux araignées, et aux ombres voraces des faillites humaines.
 
Il n'est pas de merveille qui ne finisse par tremper lourdement son aile dans la boue triste de la réalité.

 

Publié dans Fables

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Les pieds du général Lamoricière

Publié le par Carole

tombeau général lamoricière
      Nantes - Cathédrale - Cénotaphe du général Lamoricière
 
 
    Je n'aime pas que nos villes soient encombrées de généraux. Je n'aime pas les voir défiler sur les plaques des rues. Je n'aime pas qu'ils fassent la circulation aux carrefours. Je n'aime pas que tous ces généraux paradant et pétaradant prennent à jamais la place des généreux... 
   Mais bien sûr, comme les autres et malgré mon avis, cette ville regorge de généraux. Morts, embaumés et sculptés, ils sont partout. 
     Le Lamoricière de la cathédrale, par exemple, encore un général.
    Le tombeur d'Abd-el-Kader, le chouchou de Pie IX, celui-là, un de ces sabre et goupillon qui infectent l'histoire des peuples. On l'aurait tout à fait oublié, s'il ne faisait pas mine de dormir en pleine cathédrale, s'il n'avait pas arrangé là son petit coin de Westminster.
    Et juste en face du merveilleux tombeau du duc François II et de son épouse Marguerite de Foix sculpté par Michel Colombe.
    Avec ses noires allégories de charité et de vertu, ses coquilles, ses colonnes et son masque serein, essayant sottement d'imiter l'autre, s'appliquant à faire mieux. Mieux que Michel Colombe, un Lamoricière, allons bon ! Regardez donc ses pieds.
    Les pieds du général Lamoricière pointent lugubrement, triangulaires comme le sale commerce, sous le drap bien tendu de son épais linceul.
    Ce ne sont ni les pieds délicats, aériens, de François et de Marguerite, caressés par les anges, foulant déjà, sans peine et sans ostentation, la douce soie des brumes de l'au-delà.
    Ni les pieds nus glacés aux orteils écartés des rois couchés transis à Saint-Denis, offrant à la méditation leur pitoyable vanité de vieux morts couronnés.
    Ce sont les pieds d'un cavalier toujours botté, éperonné pour la chasse à l'Arabe.
   Ce sont les pieds d'un mondain élégant et correct, qui pour rien au monde ne se montrerait nu.
    Ce sont les pieds d'un bourgeois raisonnable, qui sait bien qu'on n'avance pas loin dans les airs, et que d'ailleurs les anges ne gardent pas les comptes en banque.
    Ce sont les pieds d'un homme de foi, qui sut faire son chemin sur la terre.
 
    De vrais pieds de général Lamoricière. Très laids.
 
pieds-lamoriciere-7.jpg
 

Publié dans Nantes

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"Le bonheur, il est là."

Publié le par Carole

      J'ai encore fait ce rêve...
     Je cherche dans le livre et... oui... c'est bien ça, la page s'ouvre juste où il faut, et... voilà... J'en suis sûre maintenant, comment ai-je pu l'ignorer ? pourquoi ai-je voulu si longtemps le nier ? c'est de Victor Hugo. Je dois me dépêcher de le lui dire : "C'est de Victor Hugo, et vous aviez raison. " Elle aussitôt me sourit, pas rancunière : " Je savais bien..." [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog cheminderonde.wordpress.com
 

Publié dans Récits et nouvelles

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L'araignée et la mouche

Publié le par Carole

mouche araignée 16
 
 
L'araignée avait cru prendre la mouche au piège. Mais elle s'était enchaînée elle-même à son fil. Et la mouche captive avait capturé sa geôlière.
Elles avançaient ensemble maintenant, la proie attachée à sa prédatrice, la prédatrice attachée à sa proie. Ensemble il leur faudrait désormais tituber vers la mort.
 
Pourquoi certains croient-ils pouvoir tisser leur toile de chasseur dans ce fil de soie pure qui les lie à autrui ? Ne le savent-ils pas, qu'on ne va jamais seul ?

 

Publié dans Fables

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Centralia

Publié le par Carole

fumée 6
 
 
    Cela m'intrigue chaque semaine, quand je passe sur le quai de la Côte-Saint-Sébastien : car la fumée sort vraiment du sol... sans qu'aucun foyer puisse être décelé. Et sans répit elle monte, étouffant l'arbre, le fleuve et le ciel. Cela ne cesse d'augmenter, oui, de semaine en semaine le nuage s'étend. Un soir, j'ai vu des ouvriers s'affairer, soulever la plaque, fouiller au dedans, la refermer. Quand ils sont repartis, ils ont noué au tronc de l'arbre ce ruban qui nous dit de ne pas approcher, et qui va jusqu'au pont. Mais cela n'a pas empêché la fumée d'augmenter encore. Elle est même si abondante maintenant qu'on la voit s'échapper par des issues nouvelles, par d'autres trous dallés, eux-aussi enrubannés de blanc et rouge...
    Qu'est-ce que c'est ? Fumée ou simple vapeur d'eau ? D'où cela provient-il ? Quelle machine, tout en bas, ignorée, crache vers la surface son souffle épais et chaud ? Chaque semaine, quand je passe, je m'interroge, et puis bien sûr, poursuivant mon chemin, j'oublie aussitôt mes questions : c'est ainsi, la ville est pleine de mystères, et nul ne sait vraiment - ne ne veut vraiment savoir - sur quels secrets rouages se repose sa vie, ni quels sombres moteurs animent l'incessant mouvement de ses rues, de ses places, de ses tours de Babel.
    Mais, toujours, quand je passe, je pense à ce bateau que décrit Joseph Conrad dans Jeunesse, qui vogue en se consumant lentement, comme une vie.
    Et puis à Centralia, cette ville dont j'ai un jour lu l'histoire - vraie, celle-là, si ce mot a un sens - dans un journal
   C'est, quelque part en Pennsylvanie, une ville bâtie sur d'anciennes mines de charbon qui se sont enflammées, et dont le sous-sol brûle depuis 1962, sans qu'on puisse l'éteindre. Elle brûlera encore ainsi deux cents, trois cents ou cinq cents ans, mille ans peut-être. Il n'y a rien à faire. On l'appelle Centralia - ce ne peut pas être un hasard.
    Centralia se consume lentement, sans gloire et sans bruit, comme le bateau de Joseph Conrad sur ses cales enfumées. Assoupie sur son coeur brûlant, lovée sur ses poumons ronflants, couchée sur ses veines de charbon allumées, elle brûle en-dedans, doucement,  sans douleur. On continue d'y vivre, comme ailleurs, en s'efforçant de trouver banal que les rues se fondent et se fissurent, que les maisons se noircissent et vacillent, que les enfants pleurent d'angoisse, et que, parfois, des oiseaux qui volaient tombent morts sur le sol. Les habitants s'asphyxient lentement, et n'y prennent plus garde - leurs journaux les rassurent, je suppose, puisqu'il paraît que la situation est sous contrôle.
     Je sais qu'il y a, ailleurs, d'autres villes semblables à Centralia, qui se consument indolentes, sur leurs richesses en feu, sur leurs entrailles rougies de flammes, sur ce vide intérieur où passe le souffle ronflant d'une respiration mortelle.
    Je me demande même, au fond s'il y a d'autres villes que celle-là, si Centralia n'est pas, tout simplement, la métaphore de tout, le centre obscur, la cale enfumée et brûlante où se meurt en silence notre existence flottante de modernes, notre bateau depuis si longtemps égaré, si Centralia n'est pas, tout simplement, le monde. Le monde d'aujourd'hui, comme on dit - probablement parce que ses lendemains sont aussi incertains et brouillés que la photo que j'ai tenté de faire, la semaine passée, et que je referai demain, peut-être, de cet étrange quai des brumes que chaque mardi je longe.

 

Publié dans Nantes

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Catastrophes et week-end

Publié le par Carole

tempete---bus.jpg
 
 
    C'était ce matin dans le bus. Il pleuvait à coeur fendre, comme il pleut chaque jour depuis... oui, depuis quand au juste ? 
    Derrière moi, deux pleureuses commentaient.
    —Dire qu'il pleut encore...
    —Une catastrophe...
    —Les humains ne savent pas respecter la nature : elle se venge...
    —Exactement. Et il y en aura d'autres, des catastrophes...
    —Des malheurs...
    —D'ailleurs ce sera bientôt la fin du monde, c'est certain...
    —... Alors bonne journée, madame !
    —Bonne journée, et surtout, bon week-end !
    Les catastrophes, c'est connu, ça n'a jamais empêché de passer une bonne journée, ni de s'affairer le week-end, et c'est ainsi depuis que la pluie est pluie et depuis que les pleureuses sont femmes. Les catastrophes, pour la plupart des gens, cela se situe dans la zone superficielle des conversations, et cela n'atteint jamais la zone plus profonde des préoccupations réelles, car il y a entre les deux tout un mur opaque de petits soucis et de menus travaux, de remarques infimes et de joies minuscules, qu'il est presque impossible de franchir, tant il soutient nos vies, trop humbles et routinières pour se hisser au niveau du malheur.
    Et comme nous passions justement rue Joffre, devant la statue de Louis XVI, je me suis souvenue du citoyen Guittard, le "bourgeois de Paris" qui tenait son journal pendant la révolution, et notait chaque jour la température de l'air et l'état du ciel au-dessus de son bout de jardin. Le 21 janvier 1793, par exemple, il faisait 3 degrés, le temps était humide et il brouassait un peu. Il l'a consigné dans son cahier, avant de noter que ce jour-là, quelque chose, tout de même, s'était produit, du côté des Champs-Elysées. Le lendemain, qui était un mardi, il a dîné avec monsieur Straphorelli et madame Sellier ; il ne faisait encore que 3 degrés, mais il ne gelait presque pas.
   Après tout c'était froid, tout de même, 3 degrés. Et ce ciel brouassant, ce n'était guère plaisant. Au moins il fait bien doux, aujourd'hui, tandis que la pluie s'époumone à verse et hallebardes. Un temps pour voyager en bus. Ou dîner bien au sec.
   Alors, en attendant les malheurs, les catastrophes et la fin du monde... Bonne journée, et, surtout, bon week-end !

 

Publié dans Fables

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Virtual times

Publié le par Carole

virtual-times.jpg
 
 
    Encore une conversation dans le tramway. Une bribe, une bulle arrachée à l'album infini de tant de vies qui me côtoient et qui m'échappent. Des mots qui passent et qui s'arrêtent à moi, juste un instant, avant de disparaître, alors que j'attends de descendre.
    Des copains derrière moi se souviennent d'un copain... mais il est mort.
    — Tu l'as su, qu'il était mort ?
    — Oui, je l'ai su par X., bien après... Je me demandais ce qui se passait... Je lui avais envoyé plusieurs messages et il n'avait pas répondu. Je me disais, tout de même, ça ne se fait pas... (rires gênés, tandis que je descends.)
 
    C'est vrai, tous ces messages, ces appels, ces textos, ces adresses virtuelles et ces numéros, et ces forums et ces blogs, toutes ces traces numériques que nous avons semées un peu partout, cela doit continuer un moment, quand on est mort... Combien de temps en recevons-nous encore, après, des messages, des appels, des SMS et des textos, sur nos réseaux et nos mobiles ? Et combien de temps flottent-ils encore sur la toile, tous ceux qu'un jour nous avons envoyés ?
    Nous sommes la première génération, dans toute l'histoire de l'humanité, à fabriquer sans cesse et à jeter autour de nous des milliers de petites ombres bavardes, qui nous survivront quelque temps, indécises, dans la cacophonie, avant de disparaître lentement, de plus en plus légères, de plus en plus absentes aux abonnés du web.
    Etre mort, c'est simplement cela, sans doute, aujourd'hui, aux temps virtuels. Ne plus répondre aux messages. Chuter de la première à la cinq-centième page "Google". Clignoter de plus en plus faiblement sur l'écran. Ne plus être géolocalisable. Devenir franchement insociable. Et perdre ses derniers amis facebook.
    Quelque chose de difficile à imaginer, en effet, quelque chose qui ne se fait pas, quelque chose de bizarre et qui suscite une forme de gêne.
    Car dans le monde du virtuel nous sommes tous déjà un peu fantômes. Et les fantômes n'aiment pas qu'il y ait plus fantômes qu'eux-mêmes.

 

Publié dans Fables

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Attente

Publié le par Carole

attente 1
 
La nuit allongeait dans les rues son grand corps de velours. La pluie sur le trottoir sanglotait en ivrogne. Je me hâtais de fuir.
Et voilà que ce mot est venu à ma rencontre. Attente. Un mot rêveur et lent, qui flottait devant moi, fantôme à la fenêtre. Attente. Toujours ce mot m'avait accompagnée, et maintenant il était là, vert et ténu comme l'espoir, m'appelant doucement sous la lampe du soir.
Puis quelqu'un a éteint la lampe. La nuit la pluie mes pas en fuite. Je n'en saurais pas davantage.
C'était comme un tableau d'Edouard Hopper, ai-je pensé ensuite. Quand on reste derrière la vitre, arrrêté sur le seuil, que rien n'a commencé, qu'on ne sait pas encore, que déjà tout se fige. Attente.

 

Publié dans Fables

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