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Sur le fil

Publié le par Carole

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Nous voilà aujourd'hui comme cet homme que j'ai croisé dans une rue de Rennes : sur le fil.
Debout, mais un peu sonnés. En noir et saluant les copains morts, nous appuyant à ce que nous pouvons. Ne sachant où conduit cette route de fer qu'on a forgée pour nous. Prêts à dire adieu au malheur, à rire encore de tout comme de vrais Charlie. Ou bien à basculer dans le grand vide, chapeau melon arraché par l'ouragan, comme des charlots perdus.
Attendant, en équilibre au-dessus d'on ne sait quoi.

 

Publié dans Divers

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Où est Charlie ?

Publié le par Carole

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Juste ces quelques mots, pour saluer le Grand Duduche et ses amis de "Charlie".
On a dit aujourd'hui que nous étions tous Charlie.
Je crois que ce n'est pas une simple formule : nous sommes tous Charlie, nous qui avons la grimace critique et le sourire libre, nous qui portons mieux que légion d'honneur le brin d'insolence et la fleur de dérision. Nous sommes Charlie parce que Charlie nous a faits ce que nous sommes, et plus encore parce que nous avons grandi dans ce monde où Charlie pouvait vivre.
Maintenant qu'il est mort, assassiné, prenons garde. Nous l'avions un peu oublié, avouons-le, que la liberté d'expression est la plus fragile et la plus récente des conquêtes humaines, qu'on peut mourir pour elle, et qu'elle peut mourir de ne pas être défendue. Et nous pourrions bien de nouveau l'oublier, dans les peurs et les haines, dans les tracas quotidiens, ou même dans les soldes de janvier.
Prenons garde, nous qui aujourd'hui, dans la douleur et la stupeur, avons compris que nous étions tous Charlie, de ne pas en venir un jour à demander, le cherchant vainement dans la foule, le cherchant vainement en nous-mêmes : "Où est Charlie ?"
 
 
 
 

 

Publié dans Divers

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Plumes d'oiseau

Publié le par Carole

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Georges Lacombe - Marine bleue, effet de vagues
"La mer trace comme à plaisir ses magnifiques réseaux, ses dentelles d'écailles et ses plumes d'oiseaux"
 
 
Au musée de Rennes, j'ai vu aussi ces plumes d'oiseaux posées comme un velours sur le costume d'écailles de l'océan.
Je ne connaissais pas Georges Lacombe. Il paraît qu'on l'appelle "le Nabi oublié". Il n'est peut-être pas de ceux qui comptent – ceux dont les oeuvres se recomptent en dollars – mais il est certainement de ceux qui ont su porter le regard jusqu'à ce point où il devient vision.
Et la mer, ce reptile envolé, cet oiseau qui chevauche, rampant comme tortue, fumant comme dragon, ondulant comme un ciel et roulant comme un oeuf, la mer, toujours la mer et jamais la même, la mer, cette métamorphose qui jamais ne se pose, la mer s'est coulée toute entière dans ses yeux.
 

 

Publié dans Fables

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Une goutte de lumière

Publié le par Carole

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(photo web)
 
Hier, de passage à Rennes, j'ai revu le "Nouveau-né" de Georges de La Tour.
Je ne pouvais guère entreprendre de photographier l'ensemble du tableau, enfermé désormais comme une Joconde dans sa vitre blindée, et prisonnier des reflets de nos vies fugitives.
Je ne tenterai pas davantage de présenter et de commenter cette oeuvre silencieuse - peut-être l'un des plus beaux hommages que la peinture ait jamais rendu au silence.
 
Je m'en tiendrai ici à un détail - mais les chefs-d'oeuvre ne sont-ils pas, comme le jardin enroulé dans la goutte de pluie posée sur le brin d'herbe, tout entiers dans chacun de leurs détails ?
Je vous parlerai seulement de la goutte de pluie : la petite touche de peinture d'un jaune pâle et très pur que le peintre a placée dans l'oeil de la femme de gauche - celle qu'on ne voit que de profil.
 
La Tour - l'oeil
 
Je ne l'avais jamais remarquée auparavant, cette goutte de peinture où se reflète toute la lumière de l'oeuvre. Mais hier, tout le temps qu'a duré ma visite au tableau, je n'ai vu qu'elle. Plus je la regardais, moins je pouvais détacher mes yeux de cette tache minuscule, et plus il me semblait que le génie du peintre s'était concentré là, dans ce petit point de peinture, cette infime goutte de lumière posée sur l'oeil qui voit, tandis que la bouche close, à peine dessinée, va s'effaçant, dans l'immense silence.

Publié dans Fables

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Le feu et le puits

Publié le par Carole

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"Manquer à la rêverie devant le feu, c'est perdre l'usage vraiment humain et premier du feu"
(Gaston Bachelard - La Psychanalyse du feu, 1949)
 
 
Je fais partie de ces "ruraux", certainement très arriérés, consternés qu'on ait pu décider, au nom de la raison et du progrès, d'interdire les feux de bois.
— Mais voyons : combustion, particules, rendement thermique, ne comprenez-vous pas ? Oh, oui, je vous comprends, mais de très loin, de si loin...
 
Devant ma vieille cheminée de granit, face à cette belle Samaritaine, lourde plaque de fonte venue d'une ferme de Creuse depuis longtemps démolie, je regardais danser sur ses pieds de cendre une flamme mélancolique et bien près de s'éteindre.
 
Le feu, le puits. La civilisation a commencé là. Entre les braises encloses du foyer et l'eau domestiquée des puits et des fontaines, est née et a vécu l'humanité que nous avons connue.
Mais voilà que commence une autre civilisation. Qui déjà ne connaît plus le puits. Et qui bientôt ne connaîtra plus la cheminée. Sans puits. Sans feu. Une autre humanité. Une autre façon d'être humain en ce monde.
 
Et moi devant la flamme à méditer, tombant tout doucement, avec tous mes semblables, de l'autre côté du temps, dans les grandes ténèbres assoiffées des mondes qui s'éteignent.
 
 

 

Publié dans Fables

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Gel

Publié le par Carole

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Tous les bourgeons d'hiver
entre leurs doigts de gel
filent la laine lente
où se noue le printemps
 
et l'araignée janvier
tissant l'ombre et le givre
bâtit ses ponts de fil
sur les rivières du temps.
 
L'hiver a les mains gourdes
l'hiver a les mains noires
c'est le vieux jardinier
qui laboure et qui sème.
 

 

Publié dans Fables

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2015

Publié le par Carole

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Qu'elle soit comme ce vieux camion, notre année 2015.
Brinquebalante lente puisque plus rien ne va
Mais chaude et colorée, tournoyante et solaire,
S'en allant son chemin comme un coeur fait la roue.
 
Le temps s'en va le temps cahin caha guimbarde lasse,
Et nous, les passagers, serrant sur nos genoux
Comme un petit bagage secoué aux vieilles routes
Notre seul bien l'espoir le bel espoir toujours l'espoir...

 

Publié dans Divers

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La voix humaine - Petite comédie du réveillon

Publié le par Carole

     Dire qu'elle avait tout préparé si soigneusement. Tout pensé tout prévu. L'éclairage, les guirlandes, les bougies parfumées. Les cocktails aux agrumes, les canapés au crabe corsés au paprika, les tranches de saumon fumé bio roulées en pétales de fleurs, les petites griottes confites postées par avion du Chili. La charlotte, surtout, la charlotte qu'elle avait passé toute la soirée de la veille à confectionner, et qui attendait, au frigo, sur la dernière étagère, dans son costume de biscuits roses de Reims, cravatée de framboises surgelées. [...]
 
Suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com
 
***
Lien vers "The Human voice" ("La Voix humaine") interprété par Ingrid Bergman : https://www.youtube.com/watch?v=vgeC02jaKVw

Publié dans Récits et nouvelles

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ça tient à rien

Publié le par Carole

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Vu en passant tout à l'heure à la bibliothèque ce livre démodé - le Comte Kostia-, sculpturalement relu et philosophiquement replié par Stéphanie Gerbaud.
"Ça tient à rien", expliquait l'artiste, "les pages sculptées en forme de coeur sont uniquement maintenues dans cette position par les deux brindilles de bois. Si elles ne sont plus assez solides ou si l'une d'elle vacille, c'est l'ensemble de l'édifice amoureux qui sera détruit".
Je me suis penchée sur l'étagère. En effet, ça tenait à rien derrière la vitre, ce drôle de roman mis en pli. À rien ? mais à quoi exactement ? À deux bouts de bois, un vieux bouquin, deux trous vrillés dans l'épaisseur du papier et puis, surtout, au coeur battant pas essoufflé d'un petit paquet de pages vieillissantes.Et ça tenait bien finalement, en tout cas pas si mal, et depuis tout un an, ces petits riens accumulés. Ça tenait, c'est sûr, à pas grand chose : à la confiance, à la volonté, à l'habitude, à l'attente, au talent, au désir, aux bons soins de l'artiste.
Que ça tienne à rien, c'est vrai rien n'est plus vrai... ça tient à rien, un édifice amoureux, un roman de nos amours, ça tient à rien, à presque rien. Et pourtant, ça arrive, non, que ça tienne ? À rien. À presque rien. À pas grand chose à pas si peu.
 

 

Publié dans Fables

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La poule

Publié le par Carole

    Une pauvre petite poulette, je vous dis, une pauvre petite poulette. Elle avait tellement souffert.
    Ici, on a l’habitude pourtant.
    Mais elle… elle, c’était pire que tout. Pire que nous tous. Jamais j’avais vu quelqu’un souffrir comme elle. Jamais. Même ici. Parce que, elle, pauvre tendre colombe, pauvre douce colombe… y avait plus de mots pour dire sa souffrance. Plus de mots. Elle avait perdu les mots. Essayez seulement d'imaginer. Une âme close. C'est terrible, une âme close. [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

 

Publié dans Récits et nouvelles

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