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Non Oui Oui Non

Publié le par Carole

Non Oui Oui Non
Non, disait l'un, Oui, disait l'autre. 
Oui, disait l'autre, Non, disait l'un.
Et l'un clamait que l'autre disait faux,
L'autre criait que l'un était mauvais,
Et l'un rageait contre le Oui de l'autre,
Et l'autre tempêtait contre le Non de l'un.
Ils allaient en venir aux coups, aux flammes et à la guerre...
Car Oui, hurlaient les uns, mais Non, grondaient les autres !
s'attroupant près des autres, se groupant loin des uns,
pour marcher en armées identiques et inverses sur des routes inverses et semblables où les uns et les autres et les autres et les uns s'effaçaient tous en rangs.
 
Car c'est ainsi : un monde où l'on ne sait plus dire que Oui ou Non, un monde où l'on n'est plus que cet un ou cet autre.
n'engendre plus que des bonshommes sans visages, 
silhouettes interchangeables et irréconciliables
avançant en armées sur des routes hurlantes 
qui s'en vont au néant.
 

Publié dans Fables

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Heure d'hiver

Publié le par Carole

Heure d'hiver
Ouvrez c'est l'heure
Ouvrez la porte
Au vent qui heurte
Au vent qui frappe
C'est l'heure d'hiver
Le jour des morts.
 
Nos verres se brisent
Au pli des ombres
Plus de champagne
Au fond des coeurs.
 
Mais le vent jappe
Et l'heure aboie.
 
Avec nos mains
Qui sont des feuilles
Et nos regrets
qui tremblent et pleurent
Ouvrons au vent
Qui nous emporte
Et faisons fête
Au temps qui grogne
 
Puisque nous sommes
Ses enfants.

Publié dans Fables

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Le petit musée

Publié le par Carole

Le petit musée

C'était rue Clemenceau. Face au Grand Musée qu'on est en train de nous rebâtir sur l'ancien musée des beaux arts.

Il était passé là, l'homme au sourire du dimanche... et il y était allé de son petit graffiti timide - si pâle, si léger, que la première pluie en essuierait le charbon d'écolier. Car il n'abîme rien, l'homme aux fusains du dimanche. Il n'est pas de ceux qui s'imposent, l'homme aux dimanches de la ville, juste de ceux qui posent et qui proposent.

Le Grand Musée le petit musée...

Mais qu'est-ce qu'un musée ? Sinon un lieu où proposer les oeuvres, pour que se posent les regards, pour que devant chacune on flâne et on s'arrête, que plus rien ne s'impose, et qu'on reste immobile un peu, à musarder en soi-même, dans la course incessante du monde.

Et lui, l'homme aux dimanches de la vie, que fait-il d'autre, ornant d'affiches et de messages tous les murs de la ville, que disposer pour ceux qui passent de quoi flâner et s'arrêter, et regarder et musarder, se reposant, tout doucement, dans le flux incessant de la ville ? 

Le Grand Musée le petit musée. Et toujours le dimanche de l'art, quand le pas ralentit, quand le regard s'éveille et que la vie, enfin, se pose sur sa branche.

Publié dans Nantes

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Les loges

Publié le par Carole

Réfugiés installés dans les loges du théâtre municipal du Pirée en 1923 - Exposition "Icônes, trésors de réfugiés", octobre 2016, musée du Château des Ducs, Nantes.

Réfugiés installés dans les loges du théâtre municipal du Pirée en 1923 - Exposition "Icônes, trésors de réfugiés", octobre 2016, musée du Château des Ducs, Nantes.

A l'exposition "Icônes, trésors de réfugiés" du musée du Château, à Nantes, on pouvait remarquer cette étrange et terrible photographie - mais qui la remarquait ? elle était si fanée et si trouble... 
Des réfugiés grecs, rapatriés de Turquie après le traité de Lausanne en 1923, installés dans les loges du théâtre du Pirée, à Athènes, posent, debout et droits, devant l'objectif d'un photographe nécessairement situé sur la scène
 
Toute photographie, on le sait, est une image inversée qui dispose les choses et les êtres à leur place éternelle. Aussi était-il nécessaire que les acteurs deviennent spectateurs de leur propre tragédie, et que le photographe faiseur d'image endosse pleinement son rôle d'acteur et de metteur en scène.
Car, si les grandes souffrances des peuples n'ont aucun sens, et vont se perdre dans un chaos indicible dont les humains ne tirent jamais leçon, il importe cependant, il importe par-dessus tout, qu'on ne les oublie pas, et qu'elles se transmettent, de mémoire en mémoire, selon les règles antiques et parfaites de la tragédie.

Publié dans Nantes

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L'échelle

Publié le par Carole

.

Il est monté dans le bus, tenant dans ses bras un volume grand format, corné et défraîchi, des aventures d'Harry Potter. 
Il avait le visage extatique des disciples et des anges, il ne semblait rien voir, que ce gros livre dans ses bras - Harry Potter et la chambre des secrets.
A son âge, ai-je pensé, très sottement.
Puis je me suis replongée dans ma propre lecture.
Quand j'ai levé la tête, j'ai vu qu'il s'était assis face à moi, à quelques places de distance, sur ce siège un peu haut, derrière la cabine du chauffeur, où l'on est si bien seul. Les yeux fixés sur le livre ouvert, il remuait les lèvres, et il suivait les lignes avec une feuille de cahier d'écolier qu'il avait pliée en deux, comme font les enfants lorsqu'ils viennent d'apprendre. De temps à autre, il se mettait à sourire, hochant la tête, approbateur. La feuille pliée ne descendait pas bien vite, sur le grand flot des lignes. Mais il était patient, continuait à murmurer les mots, et à sourire aux phrases qu'il rencontrait enfin.
C'était un homme de plus de cinquante ans, aux cheveux grisonnants, au front déjà ridé.
Il venait de découvrir le bonheur de lire.
Il venait de trouver l'échelle.

Publié dans Fables

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Taches d'automne

Publié le par Carole

Taches d'automne
L'automne... ce n'est rien tout d'abord. A peine une petite tache, minuscule, bien circonscrite, presque invisible, dans l'intacte verdeur. Une tache brunâtre, cernée comme un oeil fatigué... mais vraiment si petite. Une simple tache... ou deux, peut-être. Deux, oui, on pourrait bien l'admettre, ou même trois, tout au plus. Mais vraiment pas grand chose.
L'automne, ce n'est tout d'abord presque rien. Juste un grain de rousseur sur la peau qui se hale. C'est la pluie qui fait loupe, c'est notre oeil qui larmoie, il n'y a pas de quoi, pas de quoi s'inquiéter.
Et puis... puis insensiblement. Mais est-ce qu'on sait comment ? Cela grandit et cela gagne, cela rouille, cela saigne, sous le vert qui se fripe, comme un cancer qu'on cache pour qu'il ne nous voie pas.
Jusqu'à ce qu'à la fin, tout étonnée, pelotonnée dans le vent brun d'hiver, tombe la feuille
morte.
 

Publié dans Fables

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Un téléviseur

Publié le par Carole

En ce temps-là, c'était il y a tant d'années... j'étais étudiante, une petite étudiante en lettres, frêle et timide, tapie dans un studio mal meublé au papier défleuri, à l'étage d'une vieille maison grise qu'on avait divisée.
Au rez-de-chaussée, le vaste logement sur jardin était resté sans locataire. J'étais seule à l'étage avec mon voisin de palier.
Mon voisin... 
Je venais d'un pays lointain, et, dans cette grande ville dont j'ignorais tout, où je ne connaissais personne, j'avais loué la chambre sans la voir, sur la foi d'une annonce, attirée par le faible loyer, l'immédiate disponibilité, l'adresse si proche de l'université, toutes sortes de mauvaises raisons qui m'avaient paru excellentes. Louer une chambre sans la voir ! Ne faites jamais cela... Mais il y a pire encore : louer une chambre sans l'entendre !
Dès le premier soir [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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L'homme au petit chien

Publié le par Carole

L'homme au petit chien
Dans le bus tout à l'heure, voilà que s'assied près de moi, pour le plus grand inconfort de mes narines, un gros très gros homme qui tient dans ses bras un tout petit petit chien. 
Il parle sans cesse au chien qui s'agite et se frotte contre lui, il lui explique qu'ils vont faire "miam miam", qu'ensuite ils rentreront... tout un bavardage de mère tendre, qu'il débite de sa rude voix de rogomme. Et il embrasse à tout instant son petit chien.
A l'arrêt "Chocolaterie", un jeune clochard est resté assis seul sur le banc. Il est occupé à boire une bière en canette. Mon voisin l'a reconnu, il frappe bruyamment sur la vitre jusqu'à ce que l'autre le salue. C'est, manifestement, quelqu'un qui tient à ses amis. Et quand le bus redémarre il reprend son babil, caressant, embrassant et câlinant comme un bébé son petit chien.
Sur la peau découverte de ses mollets enflés, j'aperçois maintenant avec crainte une sorte de tumeur, qui me fait penser à un mélanome. J'ai envie de l'avertir, mais je n'ose rien dire. Et puis, il sait peut-être déjà, évidemment qu'il sait. 
Lorsqu'il descend, à l'arrêt suivant, je le regarde s'en aller sur le trottoir, tandis que le petit chien, heureux de sa liberté retrouvée, court autour de lui. Il marche avec beaucoup de peine. Son ventre est si extraordinairement lourd et proéminent qu'il pend littéralement, soulevé par une sorte d'immense hernie, au-dessus de ses jambes, indécemment nu sous le tee-shirt trop court.
Je pense, en le voyant ainsi pousser devant lui son ventre comme un bagage aussi encombrant que dérisoire, qu'on rencontre rarement des êtres aussi malades, aussi abîmés, aussi déshérités, aussi... Mais pendant que je me fais ces tristes réflexions, lui, joyeux, il prend le petit chien dans ses bras, il lui sourit et il le pose sur son ventre monstrueux.
Alors soudain, à son poignet, je vois briller sa gourmette. 
Il y a un nom, presque effacé sur l'argent usé, je le sais, je l'ai lu tout à l'heure : il s'appelle Michel.
Michel.
 
Mon histoire est sans intérêt ? En effet. Et cela vous est bien égal, qu'il s'appelle Michel ou Oscar, l'homme au petit chien. Bien sûr.
Alors pourquoi avoir pris la peine d'écrire tout cela ?
Mais à cause de la gourmette, et du petit chien. A cause du petit chien, et de la gourmette, et parce que tout homme qui a un nom, tout homme qui a été enfant, tout homme qui aime comme un enfant, mérite qu'on l'appelle par son nom. Surtout lorsque ce nom s'est presque effacé, sur la gourmette usée que la misère ou la mort, bientôt, viendra lui arracher.

Publié dans Fables

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Un regard au Jardin

Publié le par Carole

Jardin des Plantes de Nantes - septembre 2016

Jardin des Plantes de Nantes - septembre 2016

Au Jardin, j'ai admiré cet Oeil, que Claude Ponti y posa vert et blanc comme un oeuf en son nid, comme une aile songeuse endormie sous le ciel.
 
Car si tout jardin prend sa source dans le regard d'un jardinier
 
Dans tout regard humain
prend naissance un jardin
où le monde se sème
se cultive et s'éclaire
pour grandir et fleurir
s'envoler comme un arbre
et s'ouvrir en oiseau
 
et se semer encore
dans le grain de la terre
 
 
- à moins que sur la nuit
tirée comme un rideau
se ferme sa paupière
dans un grand bruit de fer
 
comme une aile retombe
sur la paille
fanée.

Publié dans Nantes

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Foxtrot

Publié le par Carole

Foxtrot
Foxtrot... "je suis désemparé, communiquez avec moi". Foxtrot.
C'est si étrange, ai-je pensé, qu'il sonne comme un piano de ragtime, le pavillon des détresses. Si étrange, qu'il ait l'air de danser, qu'il ait l'air de chanter dans la lumière des vagues sur la scène des tempêtes, qu'il ait l'air insouciant comme carte battue rebattue dans le vent.
 
Mais soudain, il m'a semblé les voir, il m'a semblé nous voir, tous, sur les eaux remballées de plastique, sur les vagues au pétrole des mers devenues folles - milliers millions milliards de navires solitaires, hissant haut leurs couleurs en as de carreaux frénétiques, et chacun s'efforçant de parler de chanter de danser d'appeler, au son de piano déglingué des villes infinies, dans le fracas des icebergs écroulés et le chaos des foules inquiètes.
"Je suis désemparé, communiquez avec moi moi moi". Foxtrot Facebook Twitter. Foxtrot. Foxtrot.
 
 

Publié dans Fables

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