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Né d'une goutte de pluie

Publié le par Carole

escargot-pluie-3.jpg
 
 
Le petit escargot s'en allait parmi les roses encore humides, voyageur minuscule dans un pays de miroirs et d'étangs. Portant comme une perle sa coquille transparente, il semblait né d'une goutte de pluie.
A chaque averse le jardin renaît, pur et lavé de tout ce qui l'alourdissait.
N'y a-t-il donc que dans les coeurs humains que la suie s'accumule et que la nuit s'acharne, brûlant son mauvais bois de colère ?
 
Je lisais tristement tout à l'heure les journaux tout noircis de sondages acharnés et de doctes discours. Au jardin j'ai trouvé cet escargot nouveau qui frayait son chemin, solitaire.                                 

 

Publié dans Fables

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Comme un prisonnier

Publié le par Carole

vieil homme de dos 2
 
Je l'ai suivi un moment... avant de le doubler... Il avançait si lentement dans les allées du Jardin.
Il tenait ses mains dans son dos, comme un prisonnier.
Comme un prisonnier il savourait sans se presser ce moment de bonheur au jardin, ce doux chemin de vie, près du petit chien gris.
Comme un prisonnier, les deux mains nouées dans le dos, il savait qu'il faudrait retourner
tout à l'heure
après la promenade sous le ciel
à la solitude
à la vieillesse
à la souffrance
à l'ennui
à l'attente.
Et il courbait la tête sans révolte
fatigué résigné
comme un prisonnier
les deux mains serrées dans le dos 
sur sa prière inexprimée.

 

Publié dans Fables

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Réédition...

Publié le par Carole

    Puisque l'histoire semble n'être qu'une perpétuelle édition des mêmes nouvelles trop souvent resservies qui nous abîment la pensée, et des mêmes haines rerancies qui nous brouillent le coeur, je peux bien, moi aussi, éditer ce texte de février 2008...
   Le voici donc, je vous le recopie, ce "papier" ressurgi, hélas ! dans ma mémoire veillée par le très vieux et si triste refrain qu'on nous propose encore en guise d'actualités.
 
"Question d'interprétation
 
    Dans le numéro de Vingt Minutes Nantes qu'on vient de me distribuer gratuitement, sur le quai du tramway, je lis ceci :
 
   "Une Roumaine de 30 ans [comprendre, évidemment : "une Tzigane"] a été arrêtée mardi au Carrefour de *** , a indiqué hier la police, après avoir menacé de frapper un vigile avec son bébé de 11 mois. Soupçonnée d'avoir volé des produits, elle a brandi l'enfant au-dessus de sa tête "comme si c'était une arme, a rapporté le vigile, qui s'est dit "très choqué". La suspecte s'est ensuite introduite samedi dans le foyer où son enfant avait été placé, pour tenter de le récupérer. Sans succès".
(http://www.20minutes.fr/nantes/212027-Nantes-Elle-menace-un-vigile-avec-son-bebe.php)
 
   Et, tout en me hissant dans le tramway bondé, derrière quelques "Roumaines" sans manteau et chaussées de simples sandales malgré le froid très vif, je ne peux m'empêcher de penser qu'on aurait pu écrire l'article autrement...
 
    "...Une jeune mère tzigane, arrêtée comme à chacune de ses visites au supermarché - ces Tziganes, tous des voleurs, des malfaiteurs et des sans-coeurs - par un vigile soupçonneux, a brandi au-dessus de sa tête son bébé, comme un bouclier, avant de se laisser interpeller par des policiers appelés en renfort. On n'a trouvé sur elle aucun objet volé, mais, sur le témoignage du vigile, on lui a retiré son enfant, qu'on a placé dans un foyer où il lui faudra désormais grandir, seul, orphelin dans un monde étranger – qu'importe qu'importe puisque dans sa famille il serait devenu un voleur un malfaiteur et un sans-coeur –. Sa mère, le lendemain, a frappé à la porte du foyer où son enfant pleurait tout seul. On ne lui a pas ouvert. On l'a durement renvoyée. On a jugé bon d'informer les journaux, afin que la femme ne puisse se plaindre à personne."
 
    Il est vrai qu'un tel récit déplairait aux lecteurs. De Nantes ou d'ailleurs. Qu'il leur déplairait même beaucoup. Et puis, si on commençait à tout réécrire, le monde changerait de visage – un changement insupportable, toutes nos idées renversées, bouleversées, sur tout... sur tout ce que nous connaissons ou croyons connaître, d'autres mots, d'autres noms...  un autre monde, je vous dis. Et ça, personne n'en veut. Ça se conçoit.                
(11 février 2008)"
 
romnia.psd.jpg
Campement "roumain" - Rezé - 2012
 
 

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Orphée dans le métro

Publié le par Carole

    En lisant récemment (link) que le grand street-artist Banksy avait échoué à vendre à vil prix dans la rue les oeuvres qu'il écoule d'habitude à prix d'or dans les plus célèbres galeries, j'ai repensé à Orphée dans le métro...
    L'expérience est connue. Le premier à l'avoir tentée fut le violoniste Joshua Bell.
  La conclusion fut sans appel. Pourtant, Renaud Capuçon a voulu essayer à nouveau... il en est résulté ce court-métrage passionnant de Simon Lelouch - où l'on s'aperçoit que seul l'aveugle entend
 
http://vimeo.com/17688367 (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)
Capture aveugle copie
(capture d'écran)
 
    Alors, pourquoi ? On vous parlera de contexte, d'ambiance, de disponibilité des esprits. Certes, il faut à l'émotion artistique la lente maturation du désir et le loisir qui vous fait une âme. Il est facile de concevoir qu'on n'est pas prêt à écouter Orphée lorsqu'on arpente en hâte les sinistres couloirs du métro, tandis qu'on se prépare le coeur, dans l'attente et la joie, pour se rendre à cette fête qu'est tout concert. Il est constant aussi qu'on n'admire volontiers que ce que d'autres ont déjà admiré, tout jugement personnel supposant une assurance et un effort critique dont bien peu sont capables, alors que se ranger au goût dominant apporte toujours au contraire la douce certitude d'être du bon côté. Voici, en somme, déjà, bien des raisons...
    Mais je crois qu'il y en a d'autres encore, plus troubles - ou plus limpides peut-être, après tout ?
    Celle-là, en particulier : ce qu'on admire et applaudit, quand on admire et applaudit un artiste, ce n'est pas seulement son oeuvre. C'est aussi sa célébrité. C'est le long effort qu'il lui a fallu pour sortir de la foule. Ce sont les millions que paient pour lui des admirateurs fanatiques. C'est la marque invisible et pourtant rayonnante que le destin a posée sur le front de l'élu.
    Tandis qu'à l'artiste perdu dans la foule, à celui qui nous ressemble, au mendiant qui ne peut nous donner que ses oeuvres, aussi merveilleuses soient-elles, il manquera toujours cette aura de la fortune, ce nimbe de l'universelle admiration qui fait qu'un homme peut devenir, comme les héros de l'Antiquité, un demi-dieu.
    Ce n'est pas seulement d'art que les hommes ont besoin quand ils se tournent vers l'art. C'est aussi de croire qu'il y a des dieux parmi eux. Et aux dieux, on ne croit vraiment que dans leurs temples, sous les ors et la pourpre, assis au milieu des fidèles en extase.
    Alors dans le métro, ligne 6... Seul l'aveugle, qui ne sait pas à quoi les dieux ressemblent, peut encore entendre...
 
 Capture-aveugle-2-copie.jpg
(capture d'écran)

 

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Beauté

Publié le par Carole

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      Passage Pommeraye - Nantes - mercredi 8 octobre 2013
 
   Dans le Passage en travaux qu'on gratte et qu'on nettoie, dans le labyrinthe en déroute où le passé ensommeillé cède sans résistance aux assauts de l'avenir rutilant, j'ai capturé ce mot presque éteint et perdu dans la toile d'une ancienne araignée.
    Beauté au fard craquelé et fané, accrochée là jadis par quelque Birotteau de la Reine des roses.
    Beauté peinte et déteinte, battant comme un vieux coeur sous la peau du vieux bois.
  Beauté patiente qu'on couvrira de peinture neuve, qu'on croira effacer, et qui, lentement, doucement, retaillera son nom toujours vivant - comme un graffiti obstiné sur la paroi du prisonnier. 
   

Publié dans Nantes

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Chien méchant

Publié le par Carole

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L'auteur de la plaque avait sans doute trouvé le message spirituel... Si souvent on déclare la méchanceté lucide, et la bonté stupide. Le "malin" n'est-il pas le plus fort aux jeux de l'esprit trompeur ?
Pourtant je crois, moi, à l'inverse, que seule la bonté rend vraiment perspicace.
Qu'il faut pour aller vers les autres, pour comprendre ce qu'ils souffrent et les aider à vivre, pour déjouer aussi les pièges de tous les chasseurs nocturnes, une lucidité aiguë, un esprit toujours en alerte, d'inouïes facultés d'imagination, et, surtout, cette extraordinaire capacité à sortir de soi et à aimer qu'on appelle compassion. Que cette bonté-là est probablement même la forme la plus haute de l'intelligence humaine.
Alors qu'il ne faut pour être méchant que le refus obtus de comprendre ce qu'on détruit.
Et que tant de sots font tant de mal, en prétendant faire le bien.

 

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Une rencontre au soleil du soir

Publié le par Carole

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    Un rayon du couchant avait posé sur l'oeil vide l'étincelle de vie. L'ombre bleue dévorait le front creux de rides ardentes et de soucis profonds, remodelait les tempes jusqu'à l'os et emplissait les lèvres lourdes d'une plainte enfin pure, vraiment humaine.
    Le mascaron des rues s'était animé, il était devenu visage, il avait atteint ce soir-là cette perfection qui l'avait toujours habité, mais que le quotidien recouvrait jusqu'alors pour moi de sa patine d'indifférence et de banalité. C'était comme si le soleil du soir, fouinant négligemment, avait trouvé le rêve enfoui par l'artiste au coeur de la pierre inerte et me l'avait rendu enfin visible. 
 
    C'est ainsi. Pour qu'une oeuvre révèle sa vérité cachée, sa perfection secrète, il faut que le soleil le veuille. Il faut qu'y coure la lumière juste, que s'y penche l'ombre favorable, que passe au bon moment dans le soir ébloui le badaud qui regarde.
    Il n'y a pas de chefs-d'oeuvre, il n'y a que des rencontres. Certaines passent, légères et séduisantes, mais si vite oubliées, vrais déjeuners de soleil. D'autres, tardives, se poursuivent au-delà de la nuit, longues et nécessaires, comme un dialogue avec l'ami.
    Qui peut savoir pourquoi ?

 

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Une fleur de géranium

Publié le par Carole

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    Je n'étais jamais entrée à l'intérieur du "Temple du goût", le fameux hôtel bâti sur l'Ile Feydeau par ce Guillaume Grou qui fut au XVIIIe siècle le plus riche armateur négrier de la ville. 
    Or, hier, vers midi, alors que je remontais la rue, j'ai vu que la porte du vieux porche était restée ouverte. On faisait des travaux dans l'un des appartements, la porte avait été laissée ouverte pour les peintres. Je me suis aussitôt glissée dans la cour.
   J'ai découvert le merveilleux escalier, ses rampes balconnées, ses paliers en damiers, et l'immense moulure où s'accrochait le lustre de cristal, tout en haut. Mais aussi l'ombre en plein midi, et cette humidité froide, montée du vieux lit embourbé de la Loire, qui verdissait les murs, mangeait les bois et rongeait les ferrures dans la cour silencieuse comme un puits.
    C'était un palais triste, pour une triste fortune.
   En sortant, j'ai aperçu cette fleur de géranium, grandie sur la porte d'une ancienne écurie, née d'une fiente d'oiseau, qui tournait vers le ciel son visage souffreteux et ardent. La minuscule tache rouge, obstinée à grandir sans jardinière de cuivre, sans balcon de fer forgé, sans fortune de fleur d'aucune sorte, la créature sans grâce poussée au terreau de misère, était, dans ce vaste décor somptueux et funèbre, le seul point de couleur, la seule lumière vivante.
    Mais il était trop tard. L'humble fleur ne pouvait plus donner leçon d'humanité au riche négrier.

 

Publié dans Nantes

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Un sourire

Publié le par Carole

graffiti-passage-pommeraye.jpg
 
Le Passage Pommeraye est en travaux. Partout on gratte, on nettoie et on racle. Les araignées s'enfuient et les souvenirs trébuchent au milieu des gravats. 
Je m'étais avancée, téméraire, entre les échafaudages. Sous les miroirs qu'on avait déposés pour les restaurer, on avait mis les boiseries à nu, et, comme sur les plâtres des maisons qu'on déshabille de leurs papiers peints, des plans et des chiffres posés là par les ouvriers du passé étaient remontés à la surface, après un siècle et demi de sommeil. Parmi ces gribouillis ressuscités, j'ai découvert ce bref profil. Un tout petit dessin crayonné, un peu pâli mais encore bien lisible. Expressif et maladroit, élégant et risible, comme un officier bellâtre de 1842, armé de favoris et de moustaches, remontant la rue Crébillon pour se rendre au théâtre - ou au café - en lorgnant toutes les belles..
Deux siècles qu'il était là, jeté rapidement sur la paroi du Passage en construction par un ouvrier malicieux, ou par un lycéen insolent qui passait là... par un rêveur ou un bon à rien d'alors, mort depuis si longtemps.
Mais le dessin sur le bois était comme ce sourire du chat du Cheshire d'Alice, qui flotte dans l'air vide bien après que le chat ait disparu. Un sourire léger arraché au temps, et qui flottait encore près de nous avant de disparaître. Bientôt, demain, aujourd'hui même peut-être, on reposera le miroir. Et le sourire attendra pour deux siècles encore, un peu triste mais patient, dans son coffret de verre et de vieux bois.

 

Publié dans Nantes

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Couchant sur pylônes

Publié le par Carole

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    Pourquoi ce couchant merveilleux, ce grand oiseau de soie tout poudré d'or, s'était-il posé au-dessus d'un parking ? Pourquoi s'appuyait-il si laidement sur les branches de fer de deux pylônes, et sur le toit de tôle d'un obscur entrepôt ? Il aurait pu choisir pour s'exposer un cadre d'océan dentelé de rochers, un pic échevelé de glaces, un bouquet d'arbres attendri d'automne... Mais non, c'était là qu'il était venu nous chercher, sans crier gare. Dans l'ombre crasse de ce soir de banlieue, il y avait même un ange, qui passait lui aussi du côté du parking.
    La beauté, quand elle s'en vient vers nous, ne s'embarrasse jamais de prévenir, c'est à nous d'être prêts, et souvent nous ne savons pas la voir, parce qu'elle n'est pas à la place où nous l'attendions. Capricieuse et folâtre, elle aime tant se présenter en mendiante, dans les loques méconnaissables de l'élégant costume que nous avions si bien taillé pour elle que nous le confondions avec elle...
    C'est qu'elle ne vit que de surprendre, et qu'elle ignore ce qu'est Le Beau.
 

 

Publié dans Fables

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