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Paysage de Noël

Publié le par Carole

Paysage de Noël
Un immense ourson de Noël dans le frais soleil du matin. Une voiture sur la route. Une moto arrêtée. Une mendiante assise par terre.
Le motard est absent. La voiture passe et file au loin. La mendiante a posé devant elle une pancarte en carton qu'on aperçoit mais qu'on ne peut pas lire, depuis l'escalator du centre commercial. L'ourson de Noël détourne le regard, il a les deux oreilles bouchées par des écouteurs roses qui scintillent au soleil.
Les ombres sont encore longues sur le trottoir désert, le centre commercial vient d'ouvrir. Tout à l'heure la moto s'en ira, au loin, et la rue s'emplira de passants à paquets. La mendiante sera toujours assise par terre. Du haut de l'escalator on n'apercevra plus que la foule de Noël, si chargée, si pressée. On ne saura jamais ce qu'écoute l'ourson, dans ses grands écouteurs qui l'empêchent de voir.

Publié dans Fables

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Ruine de Rome

Publié le par Carole

Ruine de Rome
Sur le trottoir sombre et sale, il y avait longtemps qu'elle s'était fait la malle, dame Nature. Mais au pinceau quelqu'un avait écrit son nom sur le ciment, et l'avait même souligné d'étoiles, puisqu'elle était déesse, l'Absente, au ciel comme sur cette terre...
Absurde, ridicule, inutile message ?
 
Il y a comme cela dans la ville une femme inlassable et naïve qui inscrit partout au pinceau le nom des fleurs sauvages, humbles lutteuses qui poussent au coin des murs.
Mouron des oiseaux, dent de lion, ruine de Rome.
 
Elle les a toutes observées, nommées et désignées, celles qu'on ne voit jamais, les humiliées et les précaires, les humbles pousses méprisées qu'on piétine en marchant, dans la hâte des villes.
On passe, on lit, on regarde, on se dit : "Tiens, c'est donc un mouron des oiseaux, ce bouquet pâle ? Est-ce vraiment la ruine de Rome, ce brin de myosotis qui rampe sous les murs ?" Puis on n'y pense plus.
 
Mais voilà qu'on repasse dans la rue, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard... le round-up a enterré le mouron des oiseaux, la dent de lion s'est pendue aux barbelés, et la ruine de Rome s'est étouffée de mégots... On s'arrête un instant, on repense à la fleur dont le nom s'étire encore si blanc sur la pierre tombale du trottoir, et on regrette de l'avoir négligée, on l'aime tant, soudain, qu'on prie comme un idiot pour qu'une mince radicelle lutte encore sous l'asphalte, qu'on l'arrose de prières, pour qu'elle ne meure pas.
 
Car c'est de n'être plus là que si peu, de nous avoir quittés peut-être, de pouvoir disparaître, qu'elle nous devient, la Délaissée,
si précieuse.
 
Ruine de Rome

Publié dans Fables

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Gris

Publié le par Carole

Gris
Les murs sont gris.
La ville est grise.
Le temps est gris.
La vie est grise.
Les gens sont gris.
Et l'âme est grise.
 
Le monde est gris.
C'est convenu,
c'est entendu.
 
Mais les mots,
les mots, au moins,
les mots qui dansent comme atomes dans la poussière des villes, on peut les rouler chaque soir sur la peau de soleil qui revêt les trottoirs, on peut les retremper au frisson pailleté de néon des pluies grasses, on peut les baigner de lumière au pied des réverbères où s'épanchent les chiens
 
pour en repeindre à l'or fin
de fantaisie
de poésie
les murs la vie
la ville le monde
l'âme et le temps
les réverbères et les chiens dans le soir
la poussière les néons les trottoirs
les gens qui passent sans rien voir
 
et même le mot
Gris

Publié dans Fables

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La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan

Publié le par Carole

La rose freedom - en hommage à Asli Erdogan
La rose Freedom... ici elle est comme un chiendent, partout poussée et répandue, si vivace, si commune, si vulgaire même parfois, qu'on finirait par la mépriser, à force de se griffer à elle, à force de la croire indéracinable.
 
Mais ailleurs. Ailleurs, en tant d'autres lieux, c'est une fleur fragile, une tige sans pétales qui rampe au long des murs. C'est la pariétaire maigre et hâve qui s'accroche aux barreaux des prisons, aux lèvres bâillonnées des suppliciés, aux troncs noirs des gibets. 
Une fleur sans jardin, une fleur sans printemps qu'on écrase du talon, une fleur torturée qu'on pend aux barbelés, et qu'on jette à la roue des chars pour qu'elle ne sème pas.
 
Une fleur qui résiste pourtant, qui végète en silence dans l'hiver des consciences, jetant vers l'avenir le bois de ses épines, ardentes et vives comme la douleur, comme la foi, comme la solidarité.
 
 
Alors en ce 12 décembre de brume et de froid, ayez une pensée pour la rose Freedom... et pour Asli Erdogan, la journaliste et romancière turque emprisonnée, dont les textes seront lus ce soir un peu partout en France.
Et, à Nantes, à partir de 19 heures, à la Manufacture des Tabacs.
 

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Publié dans Divers

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La malle

Publié le par Carole

Quand il avait hérité de la petite maison, il avait immédiatement eu la sensation d'un voile sur ses épaules. Quelque chose de léger, de doux et d'un peu agaçant, qui s'obstinait à être là, et ne le lâchait plus.

Puis peu à peu, à mesure qu'avançaient les formalités, chez le notaire, ce voile s'était alourdi en cape. Une de ces vieilles capes de grosse laine, qui enveloppent en hiver les bergers, quand ils s'assoient sous les étoiles.

Une carapace, maintenant, c'était devenu comme une carapace. Rien de vraiment désagréable, d'ailleurs, au contraire, juste cette sensation de pesanteur. Et cette autre impression encore, comme de quelque chose d'ombreux où il aurait fait bon se lover, s'endormir. S'oublier. [...]

Suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

 

Publié dans Récits et nouvelles

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Café des Ami

Publié le par Carole

Café des Ami
Au café des Amis, chaque soir après le travail, ils tapaient la belote en repeignant le monde en rouge, en vert, en beau.
Puis la retraite est venue. Eux, ils ont continué à venir au café des Amis, à taper la belote tous les après-midis, à repeindre le monde, en rose et en vert pâle, en pas si mal.
Puis quand la mort s'est invitée, ils sont encore venus, après les enterrements, ceux qui restaient, pour taper la belote, et repeindre le sombre en gris, en pas si noir.
 
Jusqu'à ce qu'à la fin il reste seul, le dernier des Amis. 
Alors le Temps lui-même, le Temps qui jamais ne se trompe et connaît ses accords, de son pinceau tranquille, lui a repeint l'enseigne, au singulier, rien que pour lui. Avant que le patron lui aussi ne disparaisse, et que le café des Ami, vendu et revendu, ne reste là, fané et déserté, à attendre, tout seul, on ne sait quoi, on ne sait qui ne viendra plus, comme un vieil homme sur le trottoir.
 

Publié dans Fables

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L'échelle - suite

Publié le par Carole

    Je l'ai revu dans le bus, tout à l'heure, l'homme qui avait trouvé l'échelle.
  Il tenait toujours, extatique, son volume de Harry Potter lorsqu'il est monté, essoufflé, alors que le chauffeur démarrait déjà.
    Il s'est assis sans regarder autour de lui, et il s'est aussitôt plongé dans sa lecture.
   Il avait cessé de suivre les lignes avec son morceau de papier, les mots n'avaient plus qu'à peine besoin de se poser sur ses lèvres désormais presque immobiles.
 
  Il était arrivé presque à la fin du livre. Le tas épais des feuilles déjà tournées était sous sa main gauche comme la haute pente qu'il venait de gravir. Et la liasse menue des dernières feuilles avait déjà ce parfum doux, d'automne et de regret, des lectures qu'on achève.
   Il souriait toujours. Mais il allait bientôt connaître la tristesse du mot FIN. Cette vague détresse qui saisit le lecteur, quand tout se clôt, et que l'ombre retombe sur le monde lumineux qui vivait dans les pages. Son sourire en était déjà un peu obscurci, mais il ne cédait pas. Et c'était merveilleux de le voir ainsi, prêt à affronter cette fin dont l'insupportable amertume allait l'entraîner dans un autre volume, puis dans un autre encore, dans un autre toujours, pélerin désormais inlassable de son propre chemin.
 
   Je me suis dit que je m'étais trompée, l'autre jour. Ce n'était pas sur une échelle aux barreaux de bois raides qu'il s'était engagé, mais plutôt sur un de ces vieux ponts incas sans cesse retressés et retendus au-dessus des gouffres - un de ces ponts de fibres, fragiles comme la paille, solides comme l'effort humain, qui mènent obstinément à l'autre rive.
 

El puente Q'eswachaka - capture d'écran

 

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26 novembre

Publié le par Carole

26 novembre
Des ogres qui dévorent et des ogres qui meurent. Des accidents, des morts, des voix à la radio et des images à la télé. Des mots qui hurlent et des femmes qui pleurent, des lèvres qui murmurent des mélodies d'amour, et des fanfares tranquilles qui s'assoient au jardin. Des flammes pour veiller et d'autres pour détruire, et d'autres encore qu'on ne voit pas, dans l'ombre des maisons et à l'abri des coeurs, pour cuire le pain des heures et toujours espérer. Des parias et des stroboscopes, des guerres et des paillettes, des danseurs dénudés et des gens au café. Du désir, des révoltes, de la misère et des DJ. Le tour du monde en vingt minutes dans le fracas pop rock des banquises qui flanchent. Partout des points de vente, des appels et des pétitionsDes affiches en lambeaux qu'on recouvre aussitôt, et ces Epicuriens au banquet de la vie largement attablés, repoussant du pied sous la table ceux qui n'ont pu s'asseoir. La baraque en désordre où l'on claque les portes, la barbaque sanglante pour être gras quand on claque. Tant de mâchoires qui croquent et tant de joie qui craque. Tant de cris, tant de rires, tant de pleurs. Un chaos.
Mais cette clarinette qui s'obstine, fragile dans l'air lourd comme un verre de vin jeune. Et ce petit poème, sur son papier jauni, qui se récite encore dans l'air bleu.
 
Voilà, c'était hier déjà.
Le 26 novembre.
Juste un jour sur la Terre.
 

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Le mendiant et les oiseaux

Publié le par Carole

Le mendiant et les oiseaux
Il s'était installé un trône sur les marches en ciment. Sur les cartons, dans les sacs de plastique, sous sa couette de nylon, allongé comme un dieu, le visage invisible, il régnait.
De temps à autre, on voyait sa main attraper dans un seau une poignée d'on ne savait quelle farine granuleuse, qu'elle dispersait négligemment sur le trottoir.
Tous aussitôt, affamés et avides, en foule ils venaient à la manne, les pigeons et les tourterelles, les oiseaux-mendiants de la rue. S'entassant, s'acharnant, se frappant de l'aile et s'accrochant du bec, pour picorer leur part trop menue et lui jeter des regards implorants. Mais lui, impassible, invisible, dédaignait de replonger sa main dans la manne.
Alors, audacieux et voraces, ils approchaient, toujours plus près, pour quémander encore, encore... Et sa main attrapait dans un autre seau, derrière sa couette, des pierres pour les chasser. Et tous, effrayés et meurtris, s'enfuyaient éperdus dans un grand froissement de plumes.
Puis sa main replongeait dans la manne, large et généreuse... Tous se précipitaient encore vers son trottoir, grignotant au hasard et grimpant prudemment, humble foule obséquieuse, pour l'implorer et s'approcher de lui - le maître des oiseaux, le roi des clochards ailés de la rue, qui tout à l'heure leur lancerait de nouveau des pierres.
 
Le destin l'avait choyé et il l'avait brisé. Le destin l'avait béni et il l'avait trompé. Le destin lui avait promis le bonheur des hommes, et puis il l'avait fait mendiant.
 
Alors lui, vautré sur son trône de carton, roulé dans sa fourrure de nylon à fleurs, il jouait désormais, magnanime et terrible, tout en haut de ses marches couronnées de plastique, à être le Destin.

 

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L'osier de saint Bouchard

Publié le par Carole

    Quand le vieux saint Bouchard vivait encore à Selommes, mon village, il se fit faire un jour un panier d’osier. Un grand et beau panier à larges mailles qu'il voulait avoir pour puiser, disait-il, de l’eau à sa fontaine.
    Pour puiser, disait-il, toute l'eau du grand ciel, au flanc de la colline verte d'où jaillissait sa source, comme une humble couleuvre habillée de reflets.
    Dans ce pays de sources il avait en effet fait jaillir comme un autre sa fontaine, notre vieux saint Bouchard. Une fontaine pure, semée de cresson, d’écrevisses et de têtards bleus, murmurant dans sa mousse des mots qu'on ne comprenait pas [...]

suite du récit sur mon blog de récits et nouvelles cheminderonde.wordpress.com

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