Décor urbain (réédition)

Publié le par Carole

Décor urbain (réédition)
J'adore, au théâtre, les décors de rue peints. Il y en a de merveilleux aussi dans les vieux films. La Ronde de Max Ophüls, par exemple,  est à cet égard - comme à tant d'autres - une remarquable réussite.
 
Et quand je marche dans la ville, il me semble toujours, à l'inverse - mais est-ce vraiment l'inverse ? - que les rues - je veux dire les rues "réelles", si ce mot a un sens - couvertes de mots, de dessins, d'affiches, d'inscriptions, de reflets, de couleurs, sont des décors, qu'un metteur en scène ingénieux a fait peindre et disposer pour que nous puissions, passants incertains que nous sommes, jouer un moment notre rôle.
 
MISE EN SCENE  désordonnée, certes, où chacun, sans se préoccuper de ce qu'on joue près de lui, joue de son côté une pièce de sa façon, dans une cacophonie étrange et bousculée. Mais finalement mise en scène magnifique, toujours absolument juste - dans le laid, le beau ou le médiocre, toujours parfaite et pure.
TROUVAILLES continuelles, inlassables fantaisies du quotidien.
Scénographie mobile et fugitive de l'éphémère FMR.
 
En passant rue Mercoeur cet après-midi-là, j'ai eu la curieuse impression - drôle d'impression, vraiment -, que la vieille camionnette à bout d'âge s'était garée là exprès. - ou plutôt que quelqu'un, exprès, l'avait posée en équilibre sur ce trottoir. Entre les deux boutiques aux noms si bien accordés, elle s'était placée si exactement où il fallait, avec son chargement coloré d'autographes précaires griffonnés par des stars obscures du marker, de la bombe à peinture et des nuits blanches, comme la dernière touche du décor. Et c'était, sous l'évidente laideur, d'une absolue justesse de ton et de sens.
 
La rue est un théâtre. Habitant, passant, automobiliste, cycliste ou commerçant (peu importe la distribution, qui peut varier à tout instant), chacun y tient à son tour sa partie, sans trop savoir comment ni pourquoi, avant de disparaître dans la coulisse - ou nulle part.
 
Quant au photographe... au moment précis qui lui est destiné, il s'approche, et prend l'image : c'est son emploi dans ce vaste spectacle.

 

Publié dans Fables

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mansfield 10/05/2016 17:06

Il faut dire que tout est matière, tout est décor, tout est la vie, à chacun de créer son univers selon son humeur et sa fantaisie!

JC 09/05/2016 18:34

Tu as l’œil aiguisé Carole. Le hasard , s'il existe fait bien les choses et la mise en scène est plus qu'étonnante. Dire que nous ne sommes même pas conscients d'être des acteurs dans ce vaste théâtre ! Tes textes sont toujours ciselés avec tant de précision. Bonne soirée à toi. Amitiés. Joëlle

Aloysia 08/05/2016 14:45

Carole, tu possèdes parmi tes nombreux talents que je n'énumère plus (écriture, sensibilité, culture, conception de scénarios, esthétique etc...) le don de montrer comme dans une vision mystique toute la réalité du monde ! Le monde comme un vaste théâtre où chacun joue son rôle, où chacun endosse sa petite aventure perso... C'est magnifiquement exprimé.

Quichottine 08/05/2016 14:05

Tout est vrai... :)

almanito 08/05/2016 09:44

Voilà qui complète parfaitement "la vie des autres", ici le décor est planté, qui ressemble à celui d'un film ...ou le contraire.

jill bill 08/05/2016 05:03

Cette photo, ce nom de boutique, une et deux, et la camionnette livrée aux tags... eh oui la rue est un théâtre ma foi, merci...