Je m'en vais

Publié le par Carole

Je m'en vais
Hier, c'était lundi. Gris de pluie pluie de gris, un de ces lundis de la vie qui vont comme on les fait aller, moroses et résignés, au fil si las de leurs longues semaines.
Toi sur les murs tu avais simplement laissé ce message : "Je m'en vais"...
 
Roger Dimanche avec ta barbe de guinze bours et ta mélancolie à la Verlaine
Roger Dimanche au vent mauvais t'en allant feuille morte et froissé par le vent
tu disais je m'en vais.
 
Je n'aurai pas de larmes ni de sanglots trop longs. Et d'ailleurs je sais bien que ni les sanglots ni les larmes n'y pourraient rien changer.
Mais je vais le chanter quand même, sans micro sans télé sans amour sans alcool sans éclat sans argent à claquer à brûler, te le chantonner tout de même : 
Si tu t'en vas, nous t'oublierons, Roger, car dans les rues des villes on ne jette les mots qu'à la boue des trottoirs, et tes bouts de papier délavés par la pluie s'écrasent déjà sous nos pas.
Pourtant, ce serait tellement mieux que tu restes.
Que tu n'emportes pas, au loin trop loin de nous, dans ton sac à malice, l'esprit de fantaisie, le grain de poésie qui sème la douceur.
Sans toi, battant seuls la semaine de tous nos pas perdus, gris de pluie pluie de gris, de lundi en lundi, nous nous ferions plus gris.
Comme dit si bien Verlaine
dans sa chanson,
et comme dit Queneau
cet enfant du chiendent,
comme dit le poète
qui est tous les poètes
il nous faut un dimanche sur les murs de la ville. Il nous faut un dimanche dans nos vies du lundi.

Publié dans Nantes

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almanito 04/06/2016 22:27

Comme dit sa fille, indéfinissable. As-tu été surprise par le personnage? Je ne l'imaginais pas du tout ainsi, mais je ne suis pas déçue finalement.

les Caphys 04/06/2016 09:21

la poésie ne mourra pas !

mansfield 02/06/2016 22:17

Quand les jours passant servent la poésie, quand s'en aller ne peut que se faire au vent mauvais... ces jours-ci!

Lorraine 02/06/2016 16:00

Où va-t-il? Pourquoi s'en va-t-il? On a envie de lui poser la question. On ne saura jamais la réponse. Sauf toi, peut-être, Carole, s'il reste ou revient un jour, rallumant les mémoires infidèles par un de ses dessins qui chantent dans les rues grises. Merci, Carole, de nous apporter ce brin de soleil, même si ton billet est empreint de mélancolie.

Nounedeb 02/06/2016 12:58

Et grâce à ce texte méditatif, je sais qui est Roger Dimanche:
https://www.youtube.com/watch?v=gfkAWYEtZLw

Carole 02/06/2016 20:21

Merci pour le lien que je vais insérer. Je ne connaissais pas ce documentaire.

JC 02/06/2016 08:27

Les poètes , les écrivains sont des éponges. Ils entendent tout, voient tout et se remémorent. Bravo pour ce beau mélange si bien pensé, si bien écrit. Belle journée à toi Carole. Amitiés; Joëlle

Mamilouve 01/06/2016 09:53

Les artistes, les poètes, souvent ont le spleen, des bleus à l'âme qui les font fragiles et inconstants. Alors, ils enfilent leurs semelles de vent pour prendre des chemins de traverse et embarquer sur des bateaux ivres qui les mènent loin, bien loin de nos rivages et de nos lundis maussades, en quête d'autres dimanches. Bon vent, Roger et si, sur ta route, tu croisais Brel ou Gauguin, Vincent, Rimbaud ou Renaud, fais-nous signe.

Pastelle 31/05/2016 21:32

J'espère qu'il te lira. Réponds lui sur son affiche ! :)

jill bill 31/05/2016 17:01

Un lundi comme on arrose un jour de fête, triste fin mai ! Tout le monde a trinqué vois-je... J'ai aussi été surprise par ton titre, ouf.... ;-)

almanito 31/05/2016 16:51

Et il nous faut "du Carole" pour nous faire rencontrer les dimanches des rues. Parce que tu sais, quand j'ai vu ton titre.... Je m'en vais....Oh j'ai eu un coup au coeur!

Aloysia 31/05/2016 15:29

Cela s'accorde bien avec cette pluie opiniâtre...
(Cela dit il est bien narcissique ce Gainsbourg ; s'il s'en va, pourquoi revient-il pour le dire ? Un effet de mise en scène ! C'est si valorisant de faire pleurer une femme...)

zadddie-lllelie 31/05/2016 15:29

un bel hommage

Richard LEJEUNE 31/05/2016 15:02

Personne n'étant éternel, personne n'étant irremplaçable, des poètes, des artistes, depuis la nuit des temps, sont venus puis s'en sont allés, suivis qu'ils ont tous été d'autres poètes, d'autres artistes qui, près de nous, sont venus puis, loin de nous, s'en sont allés ...
Tant qu'il y aura des yeux, des oreilles, les nôtres et d'autres, pour les voir et les écouter, il y aura des artistes, des poètes pour les ravir.
L'éternel retour ...

Quichottine 31/05/2016 14:39

Si les poètes s'en vont... que restera-t-il de sourires et d'émotions dans nos rues si grises ?

J'ai envie de lui dire : ne pars pas... même si je sais que ça ne changera rien.