La main qui s'ouvre

Publié le par Carole

La main qui s'ouvre
On nous l'a tant de fois affiché notifié rabâché : il ne faut pas pas du tout vraiment pas il ne faut PAS nourrir les pigeons.
Il ne faut pas les attirer, tous ces fauteurs de fientes, ces sales crépisseurs d'excréments qui souillent et rongent nos monuments. Oh, bien sûr, je suis d'accord ! Rien de plus vrai rien de plus juste rien de plus nécessaire.
Mais comment les convaincre, eux, les distraits les rêveurs, ceux dont la main, sans bien savoir ni pour quoi ni pour qui, s'ouvre toujours pour donner ?
 
Le geste de la main qui s'élance pour cogner sur l'intrus, c'est celui de la peur.
Le geste de la main qui se referme sur son bien, c'est celui du civilisé.
Mais le geste de la main qui s'ouvre et distribue, c'est le geste d'Eden, celui du premier homme, en paix avec lui-même et les oiseaux du monde. C'est le geste éternel, le geste primitif, que rien n'a pu effacer de tant de doigts distraits qui émiettent en rêvant le peu qu'ils ont en trop.
 
La main qui se resserre sur son quignon de pain se prépare à l'angoisse.
Et la main qui s'allonge pour chasser l'importun se prépare à la guerre.
Mais la main qui s'ouvre pour donner se prépare à semer.

Publié dans Fables

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Z
et bien , je suis la 22 ième touchée par tes mots...
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G
Une main peut faire le bien comme le mal, choisissons notre camp, ce qui me semble si naturel.
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M
Je reviens de Cracovie et Auchwitz et tes mots résonnent très fort dans ma tête! Tout vient de ça, une main qui sait ou ne sait pas se tendre.
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C
Ps : oui, enfin l'ennuyeux, c'est qu'on ne sent pas forcément mon sourire en écrivant !
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C
Bonjour Carole,
Très beau texte. J'aime beaucoup, parmi d'autres phrases : "c'est le geste éternel, le geste primitif, que rien n'a pu effacer de tant de doigts distraits qui émiettent en rêvant le peu qu'ils ont en trop"...
J'ai une tendresse parmi les plus particulières pour les pigeons, maltraités par la langue française et le citadin, sans leur en tenir rancune (si, si je suis sûre qu'avec le temps, ils ont été mis au courant :-)). Fille des villes aussi, je regrette souvent de ne rien avoir sous la main mais, dès que c'est possible, je ne me prive pas de leur distribuer ce que j'ai de comestiblement appréciable par un bec, et un estomac aviaire. Je n'avais pensé à une signification du geste, à semer.... Devant toute innocence et ce qui approche le ciel, je ressens une émotion, quelque chose qui broie un peu, agréable et un peu douloureuse. Nous les traitons souvent en médiocres, ces pigeons, ce qu'ils ne sont pas. Nous ne voyons plus leur beauté et ils ne nous crèvent pas les yeux !
Je ne me sens aucun mérite de donner (aux oiseaux, ou à qui que ce soit), mais j'ai aimé votre interprétation. Bon 1er mai en retard.
Coco


Ps : je m'interroge avec régularité à quelle condamnations morales et physiques nous aurions droit si la nature ne nous avait donné que le sommet des pierres pour nous poser et une aisance naturelle à éliminer le produit de nos digestions. Ils sont marrants avec leurs "y a qu'à faut qu'on" ! Et pourtant j'adore la pierre, le bois, .... Comme j'aime les chats et les oiseaux ! S'efforcer à protéger la coexistence de ce que l'on aime n'est pas toujours facile, c'est vrai.
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J
On ne peut aimer qu'en ouvrant les bras, les mains et ces personnes n'ont souvent que ce petit plaisir dans toute la journée ! Tes écrits sont toujours si justes ! Bonne soirée Carole. Amitiés. Joëlle
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L
Semer un peu de douceur, un peu de compréhension, un peu d'amour.
Lorraine
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H
Je plains ceux dont le coeur étroit ne donne plus quelques miettes aux oiseaux...........
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Q
Je ne donne plus aux pigeons, mais je continue à aimer ceux qui le font.
J'aime beaucoup ce "geste de l'Eden".
Merci, Carole, pour tout.
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H
¨Le geste de l'Eden¨... nous rappelant, peut-être, nos origines d'enfant simple et pur.
Un texte très touchant.
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D
Encore un de vos petits textes qui font réfléchir. C'est bien agréable de vous lire. En parlant de mains, le photographe amateur qui est en moi "fantasme" sur une série à faire. Les mains. Photographier les mains des gens plutôt que leurs visages. J'ai l'impression que parfois les mains parlent plus que les visages.
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C
Oui, c'est une très belle idée. Je vous engage à accomplir ce projet !
H
Je n'ai pas de mots pour qualifier tes récits. Ils sont simplement merveilleux. Et toi qui les compose. Toi qui suscite de telles pensées désignant l'état d'esprit humain, tu fais naître en nous l'amour, la fraternité, la bonté et autres sentiments d'émotion. C'est ton rôle de poète. Merci, merci, merci
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C
C'est moi qui remercie pour ce merci, Hamza !
F
un geste instinctif même si l'on sait que la règle est de ne pas nourrir ces demandeurs de miettes! et n'oublions pas que les pigeons sont intelligents et parfois font un travail (pigeon voyageur) qui aide l'humain!! Bisous Fan
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M
Merci pour vos mots si justes.
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C
Un texte généreux en ces temps de frilosité et de renfermement sur soi-même.
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A
La main, symbole de l'humanité... et même de la divinité (mitte manum tuam) !
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A
Bien jolie parabole dans un monde qui serre les poings bien plus souvent qu'il ne tend la main.
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R
C'est un geste de partage, un des plus beaux qui soient, notamment pour favoriser l'acceptation de l'Autre ...
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J
Je préfère la main qui nourrit, même si, à la main qui frappe... !!!
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M
Tout à fait
Merci Carole
Bonne semaine à toi
;)
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