Peu importe

Publié le par Carole

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   L'affichette est la dernière, je crois, de toutes celles qu'il y a quelques mois on avait placardées dans la ville, et que j'avais aimées, car elles s'étaient donné mission de nous conduire, en rouges majuscules, aux grands carrefours des mots, et de nous égarer, pour y rêver, sur les chemins toujours nouveaux qu'ils ouvrent à nos pensées anciennes.
   Au fil des jours, ces petites affiches, grossièrement imprimées, et collées comme des tracts, au hasard des parois, ont disparu, vaincues par la malveillance et par les pluies d'hiver.
    Je ne sais pas ce qui a valu à celle-là d'être ainsi épargnée, mais il me plaît que ce soit elle justement qui survive, prête à résister longtemps encore, épousant le grain du ciment jusqu'à paraître désormais peinte à même le mur, comme les réclames d'autrefois. Car elle contient en ses deux mots ce que disaient ensemble toutes les autres : que peu importe l'oubli ou le mépris, puisque peu importe beaucoup. Que c'est même peut-être ce peu qui importe le plus, et qui emporte avec lui tout le sel et le sens de nos vies provisoires.
    Ne dédaignez jamais le peu qui vous est donné, à voir et à aimer. Car ce peu là sera votre tout.
    Mais, voyez-vous, peu importe, et même beaucoup !

Publié dans Fables

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Valentine :0056: 19/03/2013 09:44

En effet ! c'est étonnant. (Peu "sujet").

Catheau 19/03/2013 06:26

Peu ou prou ? Qui le dira ?

Valentine :0056: 18/03/2013 21:30

C'est étonnant : qui peut semer ces affichettes ainsi en ville ? En tous cas je comprends celle-ci plutôt dans le sens qu'il ne faut pas se prendre la tête pour tout ce qui arrive, mais qu'il faut
se laisser couler dans la vie sans souci.

Carole 18/03/2013 22:10



Mais PEU est en plus grosses lettres qu'"IMPORTE", ce qui peut réorienter le sens. A vrai dire, les deux significations m'ont plu pour mon billet.


Sinon, pour l'origine des affiches, ce n'est pas un mystère, elles ont été posées pendant une fête de la poésie. Et elles sont très poétiques en effet, à mon avis !



Mansfield 18/03/2013 16:42

Beaucoup de sens dans cette affiche et par sa présence aussi, et ton observation, la manière dont elle épouse le mur, nous oblige à la fixer, puis à reprendre notre chemin, puisque peu importe
qu'elle soit là!

Lorraine 18/03/2013 15:41

Tant de choses importent peu auxquelles nous accordons pourtant de l'importance! Elles s'effaceront au gré des jours. S'fforcer de dire "peu importe' aux inévitables soucis quotidiens, ne serait-ce
pas le commencement de la sagesse?

Lorraine

djoelle.colomar.over-blog.com 18/03/2013 14:48

Comme ces petits riens que j'aime à photographier. Tout devient oeuvre d'art. On voit alors la vie autrement.Amitiés. Joëlle

photogus 18/03/2013 11:53

Malgré mon aversion pour l'affichage sauvage massif, j'avoue une certaine tolérance pour les manifestations esthétiques (jolis tags bien placés, affichette montrant un certain esprit ...). Pour le
cas, je suis bien d'accord : le peu peut avoir beaucoup d'importance. Il vaut mieux ne pas se limiter aux approches purement quantitatives ! Bravo et merci pour cet excellent article ! Encore une
fois ...

Alain 18/03/2013 11:29

Pour Edith Piaf, ce peu importe donnait un sens à sa vie :
" Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer
Et la terre peut bien s'écrouler
Peu m'importe si tu m'aimes
Je me fous du monde entier"

Richard LEJEUNE 18/03/2013 09:15

S'il avait toujours vécu et, surtout, s'il avait eu la bonne idée de découvrir vos textes, je suis absolument persuadé que celui-ci eût fait le bonheur de Raymond Devos et qu'avec votre
consentement, il l'eût repris sur scène...

photogus 18/03/2013 08:00

D'une manière générale, je ne suis pas fana de l'affichage sauvage qui dégrade vraiment notre cadre de vie. Même quand la cause est bonne. Des m² et des m² d'affiches en tout genre viennent salir
le mobilier urbain, les murs, les panneaux routiers ... En toute impunité ! Ne pourrait-on un jour s'exprimer sans abîmer ? Ah vivement que l'Homme progresse ...

Carole 18/03/2013 10:12



Je te rassure, là : ce n'est pas de l'affichage sauvage, mais une initiative de la maison de la poésie, et les affiches sont assez petites (du reste il n'en reste qu'une, à ma connaissance).



Anne-Marie 18/03/2013 07:50

C'est vrai,ça...Je n'avais jamais pensé à lire cette expression ainsi. Au-delà de l'aquoibonisme chanté par Gainsbourg, il y a cette vérité essentielle: le "peu" importe beaucoup, c'est même une
des clefs, je crois, de la sagesse!

Carole 18/03/2013 22:57



l'aquabonisme n'est pas à dédaigner non plus, surtout chez Gainsbourg.



almanitoo 18/03/2013 07:39

A nous de donner au PEU essentiel, l'immensité.
Oui, dommage que ces affiches disparaissent mais grâce à toi, celle ci est sauvée!

Carole 18/03/2013 22:52



Merci d'avoir écrit PEU en majuscules !



jamadrou 18/03/2013 02:29

Réclame est un mot désuet
on dit pub pour faire moderne
Mais dans cette réclame
j'essaie d'imaginer
ce que ces deux mots réclament...
Ils réclament peu
un peu d'attention
ils disent que ce que qui importe
c'est le peu de ce temps que tu prends
pour essayer de comprendre.
Ce temps que tu donnes
peu faire beaucoup
à celui qui réclame sans bruit
juste le droit d'exister
là sur le mur gris d'une vie.
Donner du temps c'est peu
mais c'est beaucoup, c'est important.

Carole 18/03/2013 22:51



J'aime beaucoup ton poème-commentaire.


J'ai écrit réclame pour deux raisons (moins poétiques) : d'une part bien sûr à cause du jeu possible avec "réclamer", mais d'autre part, et tout simplement, parce qu'à l'époque où on peignait les
"publicités" sur les murs, on les appelait "réclames".



jill bill 18/03/2013 02:28

Peu immporte, deux mots forts, vivre malgré tout et user de ses sens encore et encore... Merci Carole !