Ecume

Publié le par Carole

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Cette brindille de l'automne plantée sur le rivage comme une croix rustique, combien de temps faudrait-il au courant pour la coucher sur le sable ? Combien de temps pour l'emporter au loin, radeau léger, insecte du flot boueux ?
Elle était si fragile, déjà dénudée par l'hiver, et de si peu de poids bientôt dans le grand naufrage.
Mais sur ce brin de vie infime, luttant contre le courant noir, s'accumulait et grandissait l'écume délicate - dentelle de l'eau douce, souffle ajouré des vagues. Et la mince brindille était dans son écrin neigeux comme un rameau d'ébène.
 
Souvent, ce n'est pas aux êtres qu'on croit forts que la beauté se donne,
ce n'est pas vers les grands chênes qu'on admire qu'elle s'avance
heureuse, généreuse.
Souvent, ceux qu'elle choisit,
sans bruit,
ceux qu'elle choisit vraiment,
à qui elle passe au cou le collier de pure écume,
sans rien en dire à la rumeur,
ce sont ceux simplement, si délaissés sur leur rivage,
qui savent se tenir au bord des vagues,
humbles et droits,
pour la regarder bien en face,
sans regret de la vie,
avant d'être emportés
plus loin
qu'eux-mêmes.

Publié dans Fables

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A
C'est étrange, Carole, mais en regardant ta photo j'ai senti l'écume comme un voile d'apaisement, une mousse qui venait protéger cette brindille. Et, soudain, la mer nourrissait la terre...
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C


Ce n'était que l'eau de l'Erdre, la rivière qui borde ma petite ville de banlieue. Mais c'est vrai que moi aussi j'ai eu cette impression d'une fusion de l'eau et de la terre, d'un instant de
grâce.



M
Arrivé via le site de Marie, je découvre le tien
Tres agréable et tres belles photos.
On sent une personnalité photographique
Felicitation

Michel
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C


Michel, je suis heureuse de ce commentaire. Mon blog est surtout un blog d'écriture, mais je travaille beaucoup sur les photos.



Z
Encore une fois, merci pour ce beau texte: baume de réconfort...
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E
Quel beau texte plein de douceur .J'aime ta phrase " ce n'est pas aux êtres qu'on croit forts que la beauté se donne " Une pure merveille ce billet.Belle soirée Carole
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N
Emportés plus loin qu'eux mêmes...J'ai d'abord lu cette photo comme une vue aérienne d'un sommet montagneux, coiffé d'une neige soufflée par du vent.
Et je pense aux fascinantes fractales.
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G
Atmosphère à la Boris Vian
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E
la mer efface sur le sable les pas des amants désunis, et les mille milliards de pas avant ceux là... reste une brindille échouée
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J
Les plus petits ne sont pas les moins courageux dans leur survie... ils sont souvent exemplaires ! Merci Carole...
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V
Un texte court comme cette branche qui s'élève contre la vague. Court mais profond comme les racines que l'on pourrait lui inventer,
belle journée Carole :-)
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