Dessous

Publié le par Carole

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    Les dessous, voilà, c'est ainsi, les dessous sont toujours surprenants, souvent troublants, rarement affriolants.
   Dessous de l'affiche et dessous de l'histoire. Sombres dessous des cartes, astucieux dessous du théâtre. Sales dessous des affaires honorables et dessous gribouillés des toiles les plus pures.
    Dessous-de-table. Dessous de tapis où s'amoncelle la poussière. Beaux dessous de l'orchestre, où tremble l'appel des hautbois, le cri d'enfant des clarinettes, le clair soupir des flûtes.
    Tous ces dessous des choses... De quoi ruiner des mondes. De quoi dégringoler au trente-sixième dessous. De quoi s'émerveiller aussi parfois, et sourire au-dessous de l'échelle.
    Mais que sait-on de ce qu'on a cru voir tant qu'on n'a pas regardé en-dessous ?
 
    Ainsi, il y a presque deux semaines, je vous ai montré ce grand pan de carton ensoleillé qui nous disait si joliment : " Sourissez à la vie ".
    Je suis tombée de très haut tout à l'heure quand j'ai regardé en-dessous, car il était toujours au même endroit, juste posé un peu plus haut, sur d'autres parois de carton, et il servait de toit, par cette fin d'après-midi grise et glaciale, à un SDF - comme on dit aujourd'hui où tout doit prendre une apparence rationnelle et moderne, tout, même la monstruosité qui veut que tant d'humains soient privés de logis sur cette terre qui appartient à tous.
    L'homme couché sous le sourissant carton s'était tout simplement bâti une hutte avec les déchets de la ville, comme ses ancêtres se seraient fait une cabane de rondins ou de boue, et il avait posé là son sac et son duvet, pour résister au froid.
  La nuit tombait. Des étudiants des beaux-arts qui sortaient de leurs cours bavardaient avec lui, lui offraient des cigarettes, des gâteaux et des livres. Sans doute les mêmes qui avaient écrit et dessiné sur son toit, l'autre jour, ce message qui probablement lui était déjà destiné...
    Moi, j'étais stupéfaite... j'avais découvert les dessous de mon beau carton : une immense misère et beaucoup de douceur, un homme replié sur lui-même comme une souris tremblante, et la bonne chaleur d'une jeunesse encore tendre et joyeuse. 
    La vie, en somme, telle qu'elle va aujourd'hui, barre dessous, par ce temps de gros vent où l'on sourisse comme on peut, sous la tempête et sous la vague, pour ne pas se noyer.

Publié dans Fables

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M
Je me serais bien arrêtais au dessous de cette photo pleine d'humour... mais je ne peux pas refuser toujours de regarder la vérité en face !
Pourtant cette vérité que tu nous racontes, je la trouve pleine d'espoir... quoique, tout compte fait, nous aussi nous fûmes jeunes et généreux et aujourd'hui, nous voici embourgeoisés et frileux
sans un pour la misère des autres... enfin, j'espère ne pas être tout à fait comme ça :?
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C


Je me suis sentie très embourgeoisée aussi, par rapport à ces jeunes étudiants généreux. Mais j'ai eu peur aussi : cet homme sous ses cartons, à la porte d'une école d'art, c'est Lazare à la
porte du riche. En sommes-nous donc là ?


 



M
Chère Carole, ces visions arrivent à toi car tu sais voir, entendre jusqu'au plus profond des choses et des être. Tu oses regarder dessous et dire. D'autres se seraient mpressés de ne rien
soulever. Cette horreur que nous ecotoyons qui peut être la notre demain, que faire pourl'endiguer? Amitié. Joelle
ps: c'est une succession de difficultés qui m'ont amenée à migrer. Je ne sais ce que réserve l'avenir chez ob. cela conviendra certainement à certains.
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C


Je fais juste une expérience, que j'ai commencée l'an dernier quand j'ai eu mon appareil-photo, et les résultats me surprennent : le monde qui m'entoure est d'une richesse que je ne soupçonnais
pas, et aussi d'une tristesse et d'une beauté infinies, si étrangement, douloureusement entremêlées.


Pour l'avenir chez OB, je m'inquiète aussi, car j'ai depuis une quinzaine de jours quantité de dysfonctionnements, pour publier et aussi pour répondre aux commentaires... 


 



J
(...) sur cette terre qui appartient à tous (...) écrivez-vous. J'ai une formule différente mais elle rejoint la votre. Nous vivons sur un vaisseau spatial fragile "perdu" dans un univers immense.
Nous n'avons de cesse durant notre court passage sur cette "orange bleue" de détruire les richesses offertes, sourds à toutes idées de partage et d'harmonie.
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C


Bien d'accord avec vous ! Ce carton peut aussi renvoyer à cet absurde gâchis.



D
t'es géniale toi. Si si.. j'aime ce que tu écris.
et ton histoire de carton, je l'ai vécue.. pas moi sous les cartons, mais un sdf,ici.. j'ai écris un texte que j'ai appelé "froid sale"
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C


Merci pour ton commentaire. Tu m'encourages à poursuivre ce blog que je commençais à délaisser... Je vais chercher ton texte. A bientôt.



D
Sans dessus dessous la vie est troublante en effet.
amitié
Danielle
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C


Un chaos, où se mêlent tristesse et beauté...



L
Serait-ce de mauvais goût si je disais que j'en suis toute retournée ? C'est pourtant la vérité. Et pas seulement pour le côté négatif des choses, mais également retournée d'émotion en imaginant
ces jeunes, offrir de la chaleur humaine.
Très bel instantané, Carole !
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C


Ce n'est pas de mauvais goût, c'est bien dit. Je ne regrette qu'une chose, c'est d'avoir vu un homme sous ce carton. Il fait FROID, et il y a des gens qui forment dehors. Des foules de gens dans
les rues sur et sous des cartons.



N
Bonsoir Carole !
Je n'imaginais pas tant de dessous... Un début drôle, et une fin douce-amère. Tu as une belle vision des choses et tu la partages bien.
Bises, belle soirée
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C


Je ne voulais pas photographier le pauvre SDF. J'ai préféré user d'un détour, et cela me permettait de réfléchir aux "dessous" d'un monde à la fois triste et beau, sous son apparence de "société
de consommation".



C
Ta photo est formidable! Pleine d'humour, par une boutade de l'instant...
Et après un sourire amusé je me suis sentie très émue par ce naufragé de la vie, serré sous son carton et recevant de la chaleur humaine de la part de ces jeunes gens, n'en déplaise à ce que
j'entends trop souvent dire "ah les jeunes, ils sont sans coeur, ils se fichent de tout..."
Ainsi, dans cette tragédie d'existence l'espoir renaît... C'est une magnifique spontanéité.
Merci pour ce très bel écrit.
Excellente soirée, amitiés
Cendrine
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C


Oui, j'ai voulu parler de cette tragédie sans sentimentalisme, ce qui n'était pas facile. Reste que j'ai vraiment eu un choc quand j'ai vu à quoi servait le carton que j'avais admiré. Et il fait
bien froid ce soir. Des hommes, dans les rues, par milliers, ont froid.



N
J'ai commencé par éclater de rire en voyant la photo, puis en te lisant il s'est bien-sûr mué sourire triste, et j'écris ce com avec le coeur serré. Serré aussi de se sentir si impuissante.
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C


Oui, j'ai fait passer mes lecteurs par des extrêmes. La vie n'est-elle pas ainsi ? Mais ce soir, il fait très froid, et en pensant à ce pauvre homme, là-bas sous son carton, je me sens très mal.
Comment avons-nous pu en arriver là ?



M
Les dessous ne sont pas toujours chics mais ils sont souvent la vie sans faux semblants, merci Carole
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C


Oui, la vérité est toujours "dessous". La poussière sous le tapis, comme on dit. Merci, Mansfield.



P
Hummmm... QUE DIRE?.....

le pauvre sans dessus dessous,
la pauvre, sans dessous dessus !!!!!
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C


Eh oui, en ce monde tout est sens dessus dessous, depuis toujours et pour toujours je crois !



M
Ce n'est qu'un début: "continuons le combat" ou commençons-le: la misère s'en va croissant et en attente à la porte de tous les travailleurs dépendant du portefeuille extensible de leur patron
(multinational peut être)
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C


J'ai été surprise par le "naturel" de ces étudiants tendant spontanément la main à ce "clochard" : signe que d'une part la misère se banalise, mais qu'en même temps les gens, surtout les jeunes
peut-être, se sentent plus proches des très pauvres, et se montrent prêts à les aider sans les humilier. De quoi s'inquiéter et en même temps de quoi espérer, en somme.



J
Bonjour Carole... La vie et ses trente-six dessous... Une dame peu vêtue, loin d'être pauvre,la pub ça paie, et puis ce monsieur vêtu sans doute de peu sous les cartons, sans travail que l'on
suppose... Un monde, deux vies... Merci !
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C


Oui, tu as raison de commenter l'affiche, qui m'a paru très très "éloquente", au-delà du côté amusant qui bien sûre m'avait tout d'abord frappée quand j'ai sorti mon "APN".



G
Insolite et bien vu cette photo est vraiment drôle, ton coup d'oeil est invincible
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C


Voilà un compliment qui me fait plaisir : venant de toi, dont l'oeil est mieux qu'invincible, insurpassable !