Les fritillaires

Publié le par Carole

fritillaire pintade

fritillaire pintade

Si j'avais à peindre le jardin d'Eden, j'y planterais des fritillaires - des fritillaires sauvages, des fritillaires pintades. Je leur dessinerais des robes de bal à crinoline, des jupes de soie à petits pois. Dans leurs cornets à dés, j'abolirais une bonnne fois le hasard. Je suspendrais leurs clochettes au ciel comme des campaniles. Puis, d'un souffle, je les ferais s'envoler, en oiseaux libres et roses, par-dessus les rivières et par-dessus les prés.
 
Si j'étais un peintre naïf, je placerais partout des fritillaires, en corolles géantes de tulipes fantaisie. J'en ferais des forêts, j'en ferais des églises, j'en ferais des ballons, j'en ferais des chapeaux, j'en ferais des oiseaux et j'en ferais des femmes. 
 
J'ai eu bien du mal à les dénicher, pourtant, mes fritillaires.
On m'avait dit qu'elles n'avaient pas tout à fait disparu. Qu'on en trouvait encore, dans les prairies de Loire, du côté de cette île Clémentine qui porte, dit-on, le nom d'une jeune fille venue jadis accoucher là de son enfant naturel.
Alors j'étais partie, confiante, à la chasse-photo, me promettant de capturer au filet des pixels quelques belles pintades égarées. J'ai marché longtemps, enfonçant dans la boue, au long des boires et des roselières. Soudain, quand je n'y croyais plus, je les ai trouvées, dans un pré spongieux que bordait une haie de trognes aussi tourmentées qu'un vieux troupeau de menhirs. Petites taches sombres que le vent penchait dans le vert : c'étaient elles, enfin, innombrables et menues, craintives et parfaites, qui se cachaient dans l'herbe comme des oeufs de Pâques.
 
Si j'avais à peindre des fritillaires, je planterais d'abord l'Eden, pour qu'il soit leur jardin.
 

Publié dans Fables

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Aredius 28/04/2015 15:59

On m'avait dit que les taupes détestaient. J'ai planté... et j'ai vu des taupinières autour des tiges de fritillaires !
Les goûts doivent changer aussi chez les taupes !

La taupinière ça aère la terre...mais ça fait remonter des cailloux ... qui abîment la lame de la faux ou de la tondeuse. L'écologie est plus difficile en pratique que chez les écologistes discoureurs médiatiques.

Carole 28/04/2015 22:42

En effet, je l'avais remarqué dans mon propre jardin ! Quant aux fritillaires, il me semble qu'il y avait des taupinières dans la prairie où je les ai "cueillies" (du regard !)

Jonas D. 24/04/2015 09:29

J'étais en Eden, j'ai vu ces fleurs... Mais là-bas, on ne les cueille pas, on ne les sent pas, on ne les caresse pas ; elles sont en vous. Jonas

flipperine 23/04/2015 12:02

une très belle fleur

FAN 23/04/2015 11:08

Superbe hommage à ces fleurs qui disparaissent au fil des ans mais je fais confiance en la nature, elle saura leur redonner l'envie de revenir sans le jardin d'Eden que tu as commencé à peindre avec des mots
de tendresse et d'amour! BISOUS FAN

Thérèse 21/04/2015 21:21

Vous avez raison, les fritillaires sont délicates et délicieuses a contempler dans la nature. Heureusement elles se développent par rhizomes donc elles devraient survivre a nos folies.
Fred Bourreau les transforment en lampes.
Peu de fritillaires le long du Touch (aux portes de Toulouse) cette année et ce n'est pas par manque d'eau.

mansfield 21/04/2015 21:07

Frétillantes tes fritillaires, je comprend que tu souhaites les voir partout!

michèle 21/04/2015 09:34

Elles t'ont inspiré une jolie enquête printanière, fraîche, aux pieds frissonnants ces belles fleurs de paradis, une recherche fructueuse et un texte d'une élégance légère.

Richard LEJEUNE 21/04/2015 07:15

Et votre blog, Carole, matérialise ce jardin d'Eden que vous nous peignez admirablement au fil des jours, le parsemant de vos proses poétiques, les plus beaux fritillaires que vous puissiez nous donner à découvrir ...

phil 20/04/2015 19:01

L'année dernière on en trouvait quelques unes le long de la rivière, suffisamment pour satisfaire nos envies photographiques. Cette année rien. J'espère qu'il n'en sera pas de même avec les orchidées.

eva 20/04/2015 18:20

Tu vois, ta persévérance a été récompensée... pour notre plus grand plaisir :-)

Livia 20/04/2015 11:39

Un grand coup de chapeau au fritillaires pintades, elles sont très gracieuses, et je crois que si j'étais peintre j'en mettrais partout aussi!
Amicalement

Quichottine 20/04/2015 09:28

Quel bel hommage à cette fleur si rare...!
Merci, Carole, j'aime beaucoup ce paradis. :)

Aloysia 20/04/2015 09:24

C'est ça, des fritillaires ? Comme ça je serai moins bête...

almanito 20/04/2015 08:59

Van Gogh les a peintes, mais je crois bien qu'elles n'étaient pas "pintades", les siennes.
Je me laisse aller au charme de cette promenade poétique et de la jolie découverte.

M'amzelle Jeanne 20/04/2015 08:49

Il faut le mériter pour voir cette sauvage, rare ou timide, fleur élégante que Carole a su redécouvrir et nous en faire l'éloge... Merci

oups 20/04/2015 08:18

J'ai compris....c'est avec des mots qu'elle a décidé de peindre, Carole, et ce pour le plaisir de nos yeux...

Nounedeb 20/04/2015 08:00

Quel bel hommage à cette fleur. Il y a très longtemps que je n' ai pas vu leur robe rose à damier, si intrigante.

jill bill 20/04/2015 01:10

Une petite fleur abat-jour que je vois pas mal sur la blogo en ce moment... comme quoi qui cherche trouve, il serait dommage de ne plus en voir... merci Carole !