Les fritillaires

Publié le par Carole

fritillaire pintade

fritillaire pintade

Si j'avais à peindre le jardin d'Eden, j'y planterais des fritillaires - des fritillaires sauvages, des fritillaires pintades. Je leur dessinerais des robes de bal à crinoline, des jupes de soie à petits pois. Dans leurs cornets à dés, j'abolirais une bonnne fois le hasard. Je suspendrais leurs clochettes au ciel comme des campaniles. Puis, d'un souffle, je les ferais s'envoler, en oiseaux libres et roses, par-dessus les rivières et par-dessus les prés.
 
Si j'étais un peintre naïf, je placerais partout des fritillaires, en corolles géantes de tulipes fantaisie. J'en ferais des forêts, j'en ferais des églises, j'en ferais des ballons, j'en ferais des chapeaux, j'en ferais des oiseaux et j'en ferais des femmes. 
 
J'ai eu bien du mal à les dénicher, pourtant, mes fritillaires.
On m'avait dit qu'elles n'avaient pas tout à fait disparu. Qu'on en trouvait encore, dans les prairies de Loire, du côté de cette île Clémentine qui porte, dit-on, le nom d'une jeune fille venue jadis accoucher là de son enfant naturel.
Alors j'étais partie, confiante, à la chasse-photo, me promettant de capturer au filet des pixels quelques belles pintades égarées. J'ai marché longtemps, enfonçant dans la boue, au long des boires et des roselières. Soudain, quand je n'y croyais plus, je les ai trouvées, dans un pré spongieux que bordait une haie de trognes aussi tourmentées qu'un vieux troupeau de menhirs. Petites taches sombres que le vent penchait dans le vert : c'étaient elles, enfin, innombrables et menues, craintives et parfaites, qui se cachaient dans l'herbe comme des oeufs de Pâques.
 
Si j'avais à peindre des fritillaires, je planterais d'abord l'Eden, pour qu'il soit leur jardin.
 

Publié dans Fables

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A
On m'avait dit que les taupes détestaient. J'ai planté... et j'ai vu des taupinières autour des tiges de fritillaires !
Les goûts doivent changer aussi chez les taupes !

La taupinière ça aère la terre...mais ça fait remonter des cailloux ... qui abîment la lame de la faux ou de la tondeuse. L'écologie est plus difficile en pratique que chez les écologistes discoureurs médiatiques.
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C
En effet, je l'avais remarqué dans mon propre jardin ! Quant aux fritillaires, il me semble qu'il y avait des taupinières dans la prairie où je les ai "cueillies" (du regard !)
J
J'étais en Eden, j'ai vu ces fleurs... Mais là-bas, on ne les cueille pas, on ne les sent pas, on ne les caresse pas ; elles sont en vous. Jonas
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F
une très belle fleur
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F
Superbe hommage à ces fleurs qui disparaissent au fil des ans mais je fais confiance en la nature, elle saura leur redonner l'envie de revenir sans le jardin d'Eden que tu as commencé à peindre avec des mots
de tendresse et d'amour! BISOUS FAN
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T
Vous avez raison, les fritillaires sont délicates et délicieuses a contempler dans la nature. Heureusement elles se développent par rhizomes donc elles devraient survivre a nos folies.
Fred Bourreau les transforment en lampes.
Peu de fritillaires le long du Touch (aux portes de Toulouse) cette année et ce n'est pas par manque d'eau.
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M
Frétillantes tes fritillaires, je comprend que tu souhaites les voir partout!
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M
Elles t'ont inspiré une jolie enquête printanière, fraîche, aux pieds frissonnants ces belles fleurs de paradis, une recherche fructueuse et un texte d'une élégance légère.
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R
Et votre blog, Carole, matérialise ce jardin d'Eden que vous nous peignez admirablement au fil des jours, le parsemant de vos proses poétiques, les plus beaux fritillaires que vous puissiez nous donner à découvrir ...
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P
L'année dernière on en trouvait quelques unes le long de la rivière, suffisamment pour satisfaire nos envies photographiques. Cette année rien. J'espère qu'il n'en sera pas de même avec les orchidées.
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E
Tu vois, ta persévérance a été récompensée... pour notre plus grand plaisir :-)
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L
Un grand coup de chapeau au fritillaires pintades, elles sont très gracieuses, et je crois que si j'étais peintre j'en mettrais partout aussi!
Amicalement
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Q
Quel bel hommage à cette fleur si rare...!
Merci, Carole, j'aime beaucoup ce paradis. :)
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A
C'est ça, des fritillaires ? Comme ça je serai moins bête...
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A
Van Gogh les a peintes, mais je crois bien qu'elles n'étaient pas "pintades", les siennes.
Je me laisse aller au charme de cette promenade poétique et de la jolie découverte.
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M
Il faut le mériter pour voir cette sauvage, rare ou timide, fleur élégante que Carole a su redécouvrir et nous en faire l'éloge... Merci
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O
J'ai compris....c'est avec des mots qu'elle a décidé de peindre, Carole, et ce pour le plaisir de nos yeux...
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N
Quel bel hommage à cette fleur. Il y a très longtemps que je n' ai pas vu leur robe rose à damier, si intrigante.
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J
Une petite fleur abat-jour que je vois pas mal sur la blogo en ce moment... comme quoi qui cherche trouve, il serait dommage de ne plus en voir... merci Carole !
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