Patience

Publié le par Carole

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     Il n'est pas des beaux quartiers, celui-là, mais de l'humble banlieue.
   C'est un vieux, très vieux platane. Il a peut-être deux cents ans. Son tronc noueux à l'écorce pelée emplit la petite place de la Patience où il est planté. Il a traversé des misères et des guerres, des heures sans gloire et des saisons d'épargne, et il est là, vieux combattant ridé des humbles héroïsmes, statue pesante à la tête qui penche de l'éternelle acceptation. Ses racines longues et larges, couturées, fatiguées mais solides encore, soutiennent, muscles tendus, les pavillons, les jardins, les clôtures, les petites vies des petites gens qui habitent les rues voisines. Il ne peut pas mourir, il ne peut pas lâcher. Car ces rues-là portent de pauvres noms : rue de la Persévérance, rue de l'Espérance, rue de la Réussite - les noms de ces vertus qu'on prêche aux humbles, et dans lesquelles il faut que la vie fermement s'enracine, quand on n'est pas tout à fait de la ville, et qu'on lutte, qu'on s'évertue, tête basse, front ridé, dans l'ombre des banlieues pavillonnaires. Patience il est, et patience il s'acharne.

Publié dans Nantes

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C
Un très bel arbre pour les humbles et les sans-voix. Merci pour eux.
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L
Folle - peut être pas tant que ça - envie de faire un brin de causette avec ce majestueux platane. Bises . Cosima
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C
<br /> <br /> Vraiment pas folle, ton idée, il est si vieux, il a pris des allures humaines... Merci, Cosima.<br /> <br /> <br /> <br />
K
Superbe ramure qui semble puiser sa force dans la lumière céleste
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C
<br /> <br /> Oui, il est si grand, c'est bien l'impression qu'on a quand on le voit.<br /> <br /> <br /> <br />
A
Patience, oui... d'enchainer saison après saison le port des feuilles, de s'y habituer, puis de les abondonner t ainsi de suite au fil des ans...<br /> Mais je ne lui trouve pas la tête basse, au contraire, ses maitresses branches se dressent fièrement sur fond de ciel d'acier...comme un bras d'honneur à ceux qui voudraient le voir faiblir...<br /> C'est fou et passionnant ce que chacun peut voir, ou croit voir dans une image.<br /> Te lire à nouveau me donne du plaisir Carole !
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C
<br /> <br /> Quand on le voit "en vrai" on remarque qu'il penche un peu, même s' il est très haut et encore bien solide. Mais la vue en contreplongée et à contrejour que j'ai choisie pour donner l'impression<br /> d'un arbre un peu surnaturel et vraiment immense (il l'est en effet) accentue gomme l'effet "penché", je le reconnais volontiers. On peut tout de même le remarquer en le comparant aux poteaux<br /> qui, eux, sont verticaux.<br /> <br /> <br /> Tu as d'autant plus raison de remarquer que chacun voit quelque chose de différent dans une photo, que l'auteur, lui, a en tête encore d'autres choses, qu'il a vues et que son image ne restitue<br /> pas forcément, car elle ne montre qu'un aspect. En l'occurrence, il éait impossible d'avoir l'arbre absolument entier dans l'objectif et j'ai fait un choix.<br /> <br /> <br /> J'aime bien que les lecteurs me donnent leurs impressions, surtout s'ils ne partagent pas les miennes, c'est plus intéressant, cela me fait réfléchir à mon travail.<br /> <br /> <br /> J'ai grand plaisir aussi à te retrouver, Amaryllis ! A bientôt j'espère.<br /> <br /> <br /> <br />
B
Ces vieux arbres auraient tant de choses à nous conter s'ils savaient parler... Ces noms de rues et de places, je les connais bien pour habiter le quartier d'une commune à vocation ouvrière dont<br /> les noms de rue sont similaires : rue de l'espérance, rue de nos efforts, rue de l'Epargne... etc, et ça prête parfois à sourire quand on arrive dans une impasse qui porte le nom de cette rue...<br /> Bon week end à toi , bises
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C
<br /> <br /> "rue de nos efforts", je retiendrai ce nom ! J'avais photographié une impasse "du bonheur" justement cet été pour mon court article "Bonheur".<br /> <br /> <br /> Merci, Balladine.<br /> <br /> <br /> <br />
R
"affiner la réflexion - jamais close, toujours à poursuivre, c'est un principe chez moi. ", écrivez-vous.<br /> <br /> Je l'ai compris très vite en arrivant ici. Et c'est aussi ce qui me plaît chez vous, Madame : l'ouverture, l'écoute et, surtout, l'acceptation de la parole de l'Autre, l'acceptation d'une parole<br /> autre ; le tout débouchant sur une fructueuse réflexion.<br /> <br /> C'est tellement rare ...<br /> <br /> Merci à vous d'être vous ...
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C
<br /> <br /> Voici un commentaire qui me fait plaisir !<br /> <br /> <br /> Mais il me semble que c'est précisément l'intérêt du blog que de permettre une confrontation avec les opinions - nécessairement, et heureusement - différentes des lecteurs.<br /> <br /> <br /> En tout cas, j'aime beaucoup dialoguer et j'aime beaucoup aussi avoir l'impression que ceux qui me lisent voient dans mes textes une occasion de réfléchir et de discuter. C'est mon objectif et<br /> c'est pour cela que je parle souvent de "fables".<br /> <br /> <br /> <br />
M
Un bel arbre et un beau symbole! Quand la vie ne fait pas de cadeau. Superbement évoqué, Carole.
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C
<br /> <br /> Merci, Mansfield.<br /> <br /> <br /> <br />
E
Bon vendredi!
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C
<br /> <br /> Merci Emilie. Bonne journée à vous aussi.<br /> <br /> <br /> <br />
E
Sans doute aussi une “rue de l’égalité”, que je croyais héritée de la révolution, mais dont j’ai compris bien tard la réelle signification...<br /> “on oublie les voix qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens, ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid...”<br /> Les petites vies qui attendaient le paradis où les derniers seraient les premiers, puis des lendemains qui n’ont jamais chanté... comme lui :<br /> http://pictozoom.over-blog.fr/article-les-p-tit-vies-101300658.html
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C
<br /> <br /> Il y a en effet des rues de "L'Egalité " et de "La Fraternité", mais dans un autre quartier. Je pense que j'en parlerai plus tard. Je vais voir le lien sur votre blog. Merci beaucoup !<br /> <br /> <br /> <br />
R
"... statue pesante à la tête qui penche de l'éternelle résignation", écrivez-vous.<br /> <br /> Je ne suis pas aussi certain que vous qu'il se soit résigné car si tel avait été le cas, il ne serait plus là, il y a longtemps qu'il serait devenu bois de chauffage ...<br /> <br /> Et d'ailleurs, ne concluez-vous pas en notant qu'il "s'acharne" ?
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C
<br /> <br /> Je vais réfléchir... Ma pensée était qu'on se résignait en apparence (la statue) et qu'on s'acharnait en profondeur (l'enracinement formidable d'un arbre aussi vaste).  Comme je viens de le<br /> dire, cela demande réflexion. Je révise toujours un peu mes textes et votre remarque me sera certainement utile.<br /> <br /> <br /> P.S. : finalement, ce sera en effet "acceptation", qui va davantage du côté de l'héroïsme simple, et maintient l'idée d'apparence passive recouvrant beaucoup de force : merci de votre<br /> intervention qui m'a permis d'affiner la réflexion - jamais close,  toujours à poursuivre, c'est un principe chez moi.<br /> <br /> <br /> <br />
J
Bonjour Carole ! Ah s'il pouvait parler ce vieux monsieur ! En effet les noms de rues le portent... Merci pour le beau partage, jill
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C
<br /> <br /> C'est si étonnant cet arbre immense place de la "Patience" et entouré de ces rues "vertueuses"  dont je n'ai en rien inventé le nom !<br /> <br /> <br /> <br />
J
Voilà des vertus qui ne se démoderont jamais surtout dans ce monde là, un monde vrai, sincère, un monde aux valeurs éternelles. Bonne journée Carole. Joëlle
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C
<br /> <br /> Elles sont au moins ce qui permet de "conitnuer". Pour le reste, je ne sais pas, Joëlle.<br /> <br /> <br /> <br />