Capricorne

Publié le par Carole

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                Galerie de capricorne - lavoir de Selommes 
 
 
Un jour, je ne sais plus quand, on m'a appris que j'étais du signe du capricorne. Les étoiles m'avaient tracé sur cette terre le chemin têtu des chèvres et des monstres, des insectes invisibles qui rongent en silence le cadavre des troncs. Une piste aride, solitaire, de bête et de paria. Puisque j'étais née un quinze janvier, disait-on. Et qui donc le disait ? - des petites filles cherchant le ciel sur leurs marelles, de vieilles femmes aux cheveux de nacre, qui connaissaient la vie et mieux encore la mort, toutes sortes de gens très dignes de confiance.
Enfant, j'en ai été longtemps effrayée. J'aurais tant aimé être balance, être gémeaux, être moi-même et l'autre, plus forte d'être deux, de n'être pas toute en moi, d'être aussi un peu à côté.
Plus tard, j'ai oublié, dédaignant les astres et les astrologues, de me soucier de cet absurde signe, encombrant comme un fardeau du destin.
Et maintenant, à bien y réfléchir, cela me convient tout à fait d'être un capricorne.
D'être la chèvre depuis longtemps disparue du village, errant comme un fantôme dans les enclos déserts et chevrotant son petit air comme une mélodie de cloches dans le silence des jours perdus.
D'être l'insecte lové dans le vieux bois, traçant sa route comme un point d'interrogation, comme un trou de serrure dont la clé serait à retrouver plus loin, jetée dans l'herbe haute.
D'être là-haut, dans ce grand mouvement des étoiles qui dessinent des routes, des ombres et des vies, et d'être, aussi, au plus profond des poutres, dans l'aubier d'un monde très ancien, l'insecte lent qui creuse des galeries profondes - me nourrissant, pour qu'elles vivent encore un peu en moi, de tant de choses qui ont été solides, qui ont tenu le ciel du monde où j'habitais, et qui, bientôt peut-être, ne seront plus.

Publié dans Le village : Selommes

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C
Une "rubrique astrologique" comme je les aime. Mon second fils et ma fille sont du Capricorne (15 et 06 janvier) !
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C


Astrologie des mots qui nous font signe... Merci, Catheau.



P
Laisser ses empreintes, comme le capricorne dans les troncs d'arbres centenaires, pour imprimer et transmettre notre passage et entretenir l'âme de nos petits villages ...
Comme c'est beau !
Bisous Carole, Plume .
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C


Merci, Plume. Ce ne sont que des traces légères, à peine perceptibles, mais on se sent heureux de les poser en queques mots.



A
Née un 20 janvier, je me retrouve assise entre deux signes : capricorne ou verseau ? un jour capricorne, un jour verseau !
Je peux prendre le meilleur ou le pire des deux signes ! à mon choix !
Mais chèvre je suis et reste ! ;-))
Très joli texte, Carole, toujours un peu nostalgique...
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C


Ces signes astraux ont de si beaux noms, des hommes avant nous ont beaucoup rêvé sous les étoiles pour les imaginer : "verseau", c'est aussi évocateur que "capricorne", je te conseille en effet
de prendre le meilleur des deux "signes", des deux mots qu'ils écrivent... 



L
Coucou Carole, je suis capricorne, moi, née en décembre...mais j'me soigne pas...bise et bonne journée à toi.
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C


Je l'entendais en un sens symbolique et poétique, donc ne t'inquiète pas ! A bientôt.



H
Que du délice à lire, un bon vin, du pain et un petit fromage, de chèvre sûrement!
Te lire est un festin! Merci pour cette nourriture en lecture.

Hélène*
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C


Et merci, Hélène, pour ce commentaire lui-même délicieux...



G
Alors je l'ai échappé belle je suis du 17 décembre avec le Sagittaire ...bien que je ne sois pas très horoscope !!
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C


Moi non plus, tu sais.Le capricorne n'était qu'un symbole très campagnard, mêlant le chemin des chèvres aux galeries de l'insecte, en passant brièvement par les étoiles...



M
Je ne sais pas si tu évoques l'éphémère, notre passage sur terre, si précieux et vain à la fois, mais c'est ce que je comprends. Et je trouve cela joliment dit.
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C


Oui, l'éphémère, et la précarité, ici, du petit village natal (puisque l'article entre dans la catégorie "le village"). Mais aussi la nécessité d'y creuser sa voie, et d'en écrire les signes qui
disparaissent peu à peu.



S
Oui, reste capricorne! Le signe, la chèvre ou l'insecte? Qu'importe! Tu a cerné les correspondances qui vous rapprochaient? Transparente pour te confondre aux trois complices, tu t'es infiltrée.
N'es-tu pas l'être que nous saluons en chemin, qui répond aux arbres, qui fouille l'âme des pierres?... Suzâme
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C


C'était bien une rêverie sur les correspondances, et aussi sur le souvenir. Le "signe", c'est à nous de l'écrire, je crois.



L
Quel beau texte ! Talentueux capricorne qui creuse des galeries d'écriture en récits donnant à rêver !
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C


Merci, Cosima, pour ce beau commentaire. A bientôt.



R
Craignant, dès le titre, que vous versiez dans la lecture astrale, je me suis avancé pas à pas, très prudemment dans votre texte quasiment prêt à m'en extraire.

Mais comme parfois vous déconcertez, j'ai voulu poursuivre et ai, pour mon plus grand plaisir, de mots en mots, de phrases en phrases, découvert une approche complètement autre, à laquelle j'étais
loin de m'attendre et qui m'a littérairement ravi ...
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C


L'irrationnel n'est ici que dans la rêverie. Qui suit les galeries obscures et tourmentées que trace le capricorne, "sur la terre comme au ciel".



E
les capricornes sont pittoresques et très réservés dit le cyber horoscope...c'est vraiment une sale bête, le capricorne quand il s'attaque à une charpente ! tu as le coup d'oeil et la précision
d'un entomologiste pour voir autour de toi jusqu'au petit détail
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C


Le détail qui fait le symbole. Merrci, Emma.



K
J'aime beaucoup ton billet ... et la photo et le texte
Belle journée à toi ☼
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C


Merci, Kri, à bientôt.



J
Une virgule dans un arbre... une moitié de guillements, j'aime ce que tu en dis du capricorne, tien une corne aussi, merci Carole...
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C


Virgule, et moitié de guillemets, j'aime beaucoup cette lecture. Merci, Fabienne.