Peau de pierre

Publié le par Carole

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Eglise de Selommes - Loir-et-Cher
 
 
L'église est toute simple et n'a qu'un chevet plat, admirable pourtant par l'appareillage très rare de ses pierres. Haute et rude bâtisse fortifiée, elle porte ce mur avec une élégance calme qui surprend tous les visiteurs - comme une large paysanne porterait avec grâce un fichu de soie pure sous sa cape de bure.
Il paraît que cet étrange ornement lui vient d'une ancienne villa gallo-romaine, d'un sol de mosaïque peut-être, qu'on aurait posé là pour marcher jusqu'au ciel. Des savants se sont savamment penchés, avec leurs yeux cerclés d'or et de lettres, pour en déchiffrer le mystère, sur ce dallage aussi beau que naïf - mais jamais on n'a pu en savoir davantage.
 
Enfant, souvent je me perdais à compter les rangées de losanges, les alignements de rectangles, les champs d'épis couchés et les cercles vibrants de fleurs. Je me plaisais à étudier le sens de ce damier changeant et capricieux comme un labyrinthe, dense et serré comme une cotte de mailles.
Aujourd'hui, il me semble seulement voir une vieille à la peau de pierre écailleuse et usée, tendant le dos à l'est, pour se chauffer en lézard au soleil du matin.
 
C'est que je ne suis plus un enfant, et que jamais je n'ai su me faire savante. C'est surtout qu'il m'est indifférent désormais que les choses aient un sens. Je me contente de regarder - c'est ma façon d'aimer.

Publié dans Le village : Selommes

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V
Savoir d'où l'on vient et pouvoir bien le raconter est une chance, dans la lignée des conteurs d'autrefois. Et l'on sent tout l'amour que tu portes à Selommes.
Belle journée à toi Carole
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C


C'est le berceau de ma famille paternelle, la seule qui ait connu cette stabilité.



E
J'aime beaucoup ta conclusion.Il n'est pas utile de savoir le pourquoi , il suffit d'admirer et de rêver.
Très joli mur .Il n'est pas protégé des dégradations?
Douce soirée, bises Carole
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C


Il a été décapé afin que la mosaïque soit visible. Je ne pense pas que qui que ce soit au village pourrait songer à l'abîmer.



R
Je confirme le commentaire de Jill Bill - oh ! peut-être pas vraiment à tous les coins de rue - que la frite fait effectivement partie de notre identité nationale.

Mais la vraie !
Pas celle que malheureusement certains restaurants français, croyant faire plaisir à leur clientèle belge de passage, servent : cadavériquement pâles, piteuses de se savoir elles-mêmes sans
saveur!

Car une bonne frite, chère Carole, la "Bintje" le plus souvent, se doit d'être croustillante. Dès lors, elle exige un premier passage en friture à 150 ° pendant un petit quart d'heure ; puis, quand
vient le moment de la servir, la plonger à nouveau - second passage obligé, à 180 ° cette fois.

Alors, et seulement alors, quand vous la voyez frétiller - ou, néologisme issu du Petit Richard illustré, "fritiller" ! - de plus en plus mordorée dans sa graisse, vous éteignez tout. Vous épongez
quelque peu le surplus graisseux - simplement pour ne pas encourir les foudres de votre diététicienne - et la servez ainsi en invitant vos convives à la déguster avec les doigts ... (la frite, pas
la diététicienne !)

Je ne vous dis pas !!!

Mais, vous, peut-être un jour, me direz-vous ...
Bonne dégustation.


Savez-vous qu'à Bruges s'est ouvert un Musée de la Frite ??
Allei une fois, je vous donne le lien :

http://www.frietmuseum.be/fr/
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C


Merci pour tous ces détails croustillants et succulents ! Je consulte les horaires de train pour finir les vacances de Toussaint à Bruges devant un plat de moules-frites... (en rêve, hélas !).



J
On en mange oui... Il y a des baraques à chaque coin de rue si je puis dire... La pomme de terre frite est l'une de nos identités... Clin d'oeil de jill
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C


C'est pour cela que vous avez toujours la frite, quand nous avons plutôt la pêche - honte à moi pour cette blague graisseuse et mal salée... !



R
Sans s'instaurer savant en la matière, pourquoi ne pas simplement envisager que le concepteur de ce chevet désirât montrer à d'autres éventuels commanditaires toute l'étendue de sa technique en
posant, en étalant sur ce seul mur l'esthétique des différents appareillages connus à son époque dont, fier de ses "dons", il se faisait fort d'en mener à bien la réalisation ?
Splendide carte de visite d'un artiste.


Tout autre chose : les nonante minutes d'une conférence traditionnelles n'y suffiraient pas pour épingler, mettre en évidence, analyser et disserter sur la beauté, la justesse de vos mots
construisant toutes les images qui émaillent ce texte - comme tant d'autres d'ailleurs.
C'est fulgurant ...
Autre splendide carte de visite d'un artiste !


Quel plaisir toujours renouvelé de vous lire, Carole !
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C


Je retiens votre hypothèse qui me plaît beaucoup.
Quant au compliment... c'est un bonheur pour moi de le lire, d'autant qu'il est magnifiquement foirmulé. Merci infiniment.



Z
oui, c'est notre façon d'aimer..
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C


Je pense que nous nous comprenons bien, là ! A bientôt.



H
Oui, le jour où l'on cède, où l'on accepte de ne plus tenter de comprendre, on commence à aimer vraiment.

Hélène*
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C


C'est la dernière étape, et il y faut du temps.



A
Prendre avec le coeur, plus que par la raison.
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C


Oui, car le coeur "a ses raisons" (que la raison ne connaît pas, tu sais bien)



G
Joliment décorée cette église, ta photo rend bien cet effet
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C


Merci Gérard. Tu pourras peut-être aller jusque là en vélo ? L'église vaut le détour, à mon avis.



J
Je regarde et j’aime, moi aussi ...
Mais j’aimerais quand même connaître le sens de ces alignements insensés qui partent dans tous les sens ...

Et si je demandais aux deux paires d’yeux grand ouverts du saint et de la bête qui veillent sur l’église, ou aux guêpes ou frelons qui s’accrochent parfois à ses pierres ?
Peut-être savent-ils ...
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C


Je crois qu'eux en savent très très long ! merci, Jean-Claude, pour ce commentaire si fin et pour votre lecture attentive.



L
J'aime ta façon d'aimer...
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C


Et j'aime ce commentaire, Louv', merci.



V
:0023: Décidément, Carole, je suis "emballée"... Tout ce que tu écris est beau, avec ces métaphores, cette élégance du style, cette sobriété et cette tendresse qui touchent... oui, ce sont vraiment
des poèmes en prose !
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C


Merci, Valentine, ton compliment me touche, car ce sont bien des poèmes en prose que je veux écrire, ou plus exactement des "photo-poèmes en prose"  - pardonne-moi le néologisme, mais
j'essaie de décrire avec précision mon travail.



@
Nous n'avons plus les mêmes yeux ! et une petite magie a disparu !
@nnie
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C


Il nous reste la mémoire - quelque chose de magique aussi dans les souvenirs, non ?



N
C'est aussi ce que j'ai pensé. Une peau de lézard. Tes capteurs sensoriels grands ouverts te font saisir autrement le monde.
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C


Autrement... mais comme toi, Nounedeb, car tes capteurs sensoriels sont bien ouverts aussi !



N
Bonjour Carole !
C'est une jolie facade, je n'en avais jamais vu de ce genre : avec divers motifs variés !
Savoir regarder est essentiel, et si ton enfance est partie, il en reste quelques vestiges dont fait partie ta belle imagination !
Bises, bonne journée
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C


Je crois que ce type de décor est très rare en effet. Une belle église, trop peu connue à mon avis.



M
Regarder et laisser l'émotion affleurer, je suis partante aussi et quand cela suggère d'aussi belles comparaisons que celles que tu nous livres, je dis que c'est beau, vraiment!
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C


Merci, Mansfield. C'est d'abord la petite église du village qui est belle et inspirante.



D
et ben.. que dire. je suis admiratif. L'église et son mur, c'est beau... mais ton texte.. solide. L'image de la vieille paysanne, j'adore.. bravo et merci
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C


Merci, Dominique, ces compliments me touchent et me font rougir...



D
bonjour Carole

savoir regarder , prendre le temps de regarder une qualité rare

amitié
Danielle
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C


J'essaie de la cultiver... d'où mes efforts du côté de la photo, qui, à mon avis, apprend beaucoup à regarder.



B
Quelle originalité, je passerais aussi un temps fou à compter et à admirer tous ces losanges et dessins dans la pierre...
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C


On ne peut pas s'en lasser, mais on ne découvre jamais la "règle du jeu".



C
L'art romain au service de la spiritualité chrétienne. Subtile harmonie.
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C


Vous avez raison de le souligner. C'est très émouvant, ce syncrétisme "spontané" des artisans du moyen âge.



J
Bonjour Carole, tu sais nous les belges on aime les murs qui s'effritent... Ah comprendre le pourquoi des vieilles pierres, dieu seul le sait... Merci !
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C


On mange tant de frites que cela en Belgique ? Dis-moi tout ! 


Merci, Jill, pour ton humour réconfortant.