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Final destination

Publié le par Carole

    S'égarer place Viarme sur le marché des brocanteurs, c'est faire un parcours bien étrange.
 
    Plonger ses mains profanes dans le carton crevé où agonise en un petit tas de photos passées ce qui fut l'existence de Marie-Josèphe Augustine.   
 
Marie-Josèphe
 
 
    Regarder se mêler aux feuilles de l'automne les toiles méprisées par la postérité, et les voir rayonner, dans leur coin d'ombre, d'un doux éclat tranquille.
 
tableaux brocante
 
 
    S'étonner de retrouver, heureux et bavardant, posés près d'un fourgon tagué, les deux éléphants de bois, symboles d'éternité, qui ornaient le cosy depuis longtemps disparu de mes grands-parents. Remarquer le mot DREAM, sur la paroi souillée de la camionnette, écrit en lettres rouges qui bavent comme on pleure, et s'étonner encore.
 
éléphants brocante
 
 
    Méditer devant la naïve et vermeilleuse assiette où se célèbrent, en décalcomanies de roses tendres et vers luisants de mirliton, quarante-cinq ans d'amour à jamais ternis par la mort.
 
vermeil-copie-2.jpg
 
 
    Saluer au passage le beau Christ solitaire égaré au pique-nique des jardins de Brahma. S'amuser de cette (S)Cène incongrue. Se souvenir d'avoir vu chez le même brocanteur, posé sur la même table, un grand buste du général de Gaulle, entouré d'une foule de tasses à café et d'assiettes à dessert.
 
Christ brocante cène
 
 
    Compter les trois reflets de la poupée qui danse dans le rose, multiple et immobile, sur son unique pointe, avant que ne se ferme la boîte aux illusions.
 
danseuses
 
 
    S'égarer chez les brocanteurs, c'est triste et c'est cocasse. C'est parcourir en promeneur un grand tableau de vanité baroque, en savourant toute l'insolence d'une oeuvre de Duchamp. C'est traverser un grand cimetière des illusions et se laisser entraîner dans un vaste happening.
 
    Et puis, en s'en allant, on ne peut s'empêcher de jeter un dernier coup d'oeil sur l'étiquette effacée d'une malle qui bâille. A grand peine on déchiffre les mots pâlis et déchirés :
    "Final destination". Sans doute la seule morale à tirer du voyage.
 
final-destination-recadre.jpg

 

Publié dans Nantes

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En cheminant

Publié le par Carole

jeune kaki
 
    Au Jardin des Plantes, que je traverse presque tous les jours depuis plus de vingt ans, j'ai toujours cru qu'il n'y avait qu'un arbre aux kakis. Ce n'est que cet après-midi que j'ai découvert qu'il y en avait en réalité deux.
    Je connaissais le grand et vieux plaqueminier solitaire qu'on aperçoit de la rue. Mais ce jeune arbre, jonglant de tous ses bras de Shiva avec ses fruits colorés, ce jeune arbre devant lequel j'étais passée des milliers de fois, je le voyais pour la première fois.
    C'est qu'on avait planté dans l'herbe, pour égayer l'hiver, des fleurs de papier coloré. C'est que le jour était trempé de brume. C'est que mon oeil avait cheminé, fuyant le gris pour suivre en bas la piste des fleurs bariolées, jusqu'aux fruits tout là-haut qui rayonnaient dans l'ombre. Empruntant cette route nouvelle que la couleur lui proposait, mon regard paresseux avait enfin remarqué les kakis, que jusque-là il ne distinguait pas dans leur bosquet terne et confus.
    Ce n'est pas l'oeil qui voit, c'est l'esprit. Et ce qu'il parvient à distinguer du monde il ne le distingue que parce qu'il a suivi le cheminement qui le lui permettait. D'où vient qu'il y a tant de choses que nul ne voit et qui sont pourtant sans doute parfaitement visibles : mais le chemin si simple qui pourrait y conduire nos regards n'a pas encore été tracé à nos esprits routiniers. 
    Les grands artistes, les grands découvreurs, ce sont justement les jardiniers de la pensée, qui plantent aux allées mornes de l'habitude les fleurs nouvelles et si vives de leur savoir ou de leur fantaisie, ouvrant à nos regards ces clairs chemins qui pourront le conduire un peu plus haut.

 

Publié dans Nantes

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Rue d'Orléans le 9 décembre

Publié le par Carole

rue d'orléans - 9 décembre 2013
 
     Rue d'Orléans, hier soir, il faisait sombre, il faisait froid.
    L'un portait un escabeau taché de peinture et de plâtre, l'autre, chaussé de bottes épaisses, portait des sacs bien lourds qui le faisaient tenir voûté. Ils écoutaient, immobiles, avec une extrême attention, le jeune homme emporté dans une chanson passionnée que peut-être ils lui avaient spécialement demandée.
 
    Deux ouvriers fatigués revenant du travail, écoutant en seigneurs le musicien qui jouait pour eux seuls.
   Un étudiant venu le soir en vélo récolter quelque argent, avant de regagner sa chambre, heureux d'avoir trouvé un public, et qui voyait sur cet humble trottoir la scène illuminée de ses rêves exaltés.
 
    On était presque à Noël. Et ces trois hommes réunis par la pauvreté et par la musique, pour quelques minutes de luxe et de joie, c'était, dans la rue glacée de décembre, comme un miracle paisible. 

 

Publié dans Nantes

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La lune, le doigt, et l'idiot qui regarde

Publié le par Carole

lune-trident-2.jpg
 
Il y a longtemps que, sur la Place Royale, la ville de Nantes, blanche divinité de la fontaine, a perdu son trident. C'était un fier trident, un vrai trident de dieu des mers. Il avait même survécu aux bombardements de 43. Mais, voyez-vous, depuis tant d'années on s'amusait à le voler... Alors, à mesure que le port s'enlisait, mourant, on l'avait remplacé de plus en plus lentement, ce fier trident... Et un jour on a tout à fait arrêté. La statue est restée ainsi, absurde, avec son index interrogateur et démuni, maladroitement levé vers le ciel. Nantes avait définitivement cessé d'être la fille de Neptune.
 
Je traversais la place par un soir clair et froid, un beau croissant de lune se balançait dans le velours profond de l"heure bleue". C'était pitié de voir la statue désarmée montrer en vain l'astre aux badauds, qui ne regardaient pas là-haut. Si seulement elle avait eu encore son trident...!
J'ai repensé à cette phrase que les hommes politiques et les journalistes ont pris l'habitude de citer sans cesse, et qui a succédé, pour orner les discours, à la fameuse cerise désormais un peu flétrie : "Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt".
Je me suis dit qu'il avait bien raison, l'idiot, de s'intéresser d'abord au doigt qui montre la lune. Car c'est le doigt qui nous dit ce qu'il fera pour nous de la lune : astre des mers aventureuses et des marées prodigieuses s'il s'arme du trident d'un dieu – virgule lointaine oubliée dans le ciel s'il n'est que l'index maladroit d'une vieille statue dépouillée.
Quand on lui montre la lune, si l'idiot observe d'abord le doigt, désarmé ou fourchu, qui la lui désigne, c'est qu'il est sage, au fond. C'est qu'il est de la confrérie de Nasreddin Hodja et du prince Mychkine. 
Bien sûr, allez-vous dire, dérober la panoplie de Neptune, cela ne suffit pas à faire d'un gladiateur un dieu. Mais, croyez-moi, l'idiot, ce sage de tous les temps, s'il se méfie du doigt, saura bien se méfier aussi du trident.

 

Publié dans Nantes

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Passages

Publié le par Carole

la sculpture - travaux passage pommeraye 2013
      Passage Pommeraye - 14 novembre 2013
 
 
Jamais il n'a aussi bien mérité son nom, ce Passage, que depuis qu'on y fait des travaux. Chaque jour, dans la pénombre vague qui règne sous les bâches et les échafaudages, quelque chose se transforme, et l'on sait que l'on ne reverra jamais ce qu'un instant on a cru apercevoir.
J'ai vu des passants toucher les statues, chercher à les saisir, le soir, avant qu'on ne ferme les grilles, comme s'il était possible de retenir avec les mains ce qui s'en va sans retour.
C'est beau et triste, et la douce mélancolie qui est ici le génie du lieu s'approfondit rêveusement, d'un soir qui passe à un matin qui vient.
Ainsi cette statue qui  représente, je crois, les beaux-arts, et qui m'avait toujours semblé lourde et commune, avec sa couronne de lauriers en épis, m'est-elle apparue, ce soir, sous le badigeon brun encore humide dont on venait de la recouvrir, aussi légère et cruelle que l'aiguille des heures valsant au bras du temps. N'était-ce pas en effet aujourd'hui qu'elle s'apprêtait à poignarder amoureusement, avec son ciseau de sculpteur ? Car demain elle sera déjà une autre qu'elle ignore encore, blanchie de chaux peut-être, ou rebadigeonnée de sombre.

 

Publié dans Nantes

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La porte entrouverte

Publié le par Carole

porte-entrouverte-cimetiere-de-la-bouteillerie.jpg
      "Qui est né à Nantes comme tout le monde. Qui est né à Nantes ? Pierre Roy comme tout le monde. Tout le monde le vaste monde..." (Aragon)
 
 
   En ces temps de guerrières commémorations, pourquoi ne pas célébrer aussi ces morts qui mènent en paix, mais sans répit, la guerre à la sottise, à la laideur, à la banalité, à l'indifférence ? Je voudrais vous parler d'une photo, et de Pierre Roy.
   L'an passé, un après-midi où j'étais allée voir René-Guy Cadou, comme je le fais quelquefois, j'avais photographié cette porte entrouverte, étrangement invitante, au cimetière de la Bouteillerie. Je la trouvais tellement surréaliste.
   Et voilà qu'ouvrant hier dans une librairie de la ville l'excellent guide d'Eric Lhomeau et Karen Roberts sur Les Artistes dans les cimetières nantais, je suis immédiatement tombée - vraiment j'ai trébuché - sur une petite représentation grisâtre et inclinée de ce caveau. Un peu redressée, et lisant plus avant, j'ai découvert que c'est dans ce monument, exactement celui-là, que repose - mais peut-il vraiment reposer ? - Pierre Roy, remarquable peintre, ami d'André Breton et des tout premiers surréalistes - et, oserais-je dire, l'un de mes amis personnels, tant je lui ai rendu de visites, 21 rue du Port, au musée des Beaux-arts.
    Pierre Roy... ici. Je l'ignorais tout à fait quand j'avais pris ma photo, puisque rien ne l'indiquait au fronton du tombeau.
    Ainsi, je ne m'étais pas trompée. Cette tombe, rencontrée par hasard - par un de ces hasards qui nous approchent de la vérité plus sûrement que toute volonté est tout à fait surréaliste, et ce mort qui joue à inviter les vivants, ce mort qui sort par la porte comme l'un d'entre nous, c'est bien lui, le peintre en guerre éternelle contre l'évidence et l'ennui. C'est lui qui m'a appelée quand je passais, c'est lui qui m'a demandé de prendre cette photo, sans recul, en équilibre sur une pierre tombale effritée, priant le ciel trop bleu que nul passant de ma connaissance ne m'aperçoive en pareille posture, et que le gardien alarmé ne vienne pas m'interpeller. C'est lui qui s'est moqué gentiment de moi en me voyant me tordre et grimacer, pour cadrer malgré tout. Et lui encore, sacré farceur, qui m'a poussée hier dans la librairie vers ce petit livre noir à peine visible sur son étagère, aussitôt entrouvert à la page qui parlait de lui...
    Le musée est fermé depuis longtemps et pour longtemps, je ne peux plus passer lui rendre visite, 21 rue du Port, comme j'en avais autrefois l'habitude, dans cette maison dont la porte entrouverte conduit vers le mystère et vers la mer. Nous nous étions perdus de vue. Mais je sais maintenant qu'il est toujours vif, ce mort merveilleux, toujours alerte, toujours prêt à faire son bout de chemin avec les vivants. A vrai dire je l'ai toujours su.
 
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Pierre Roy, Rue du Port
 
    Et puis, tiens, puisque je vous ai parlé de la rue du Port, et du 21 - où habite et repose le mystère assassin du banal -, je vous donne aussi ce texte, que j'avais écrit il y a des années, quand la porte du musée ne s'était pas encore fermée comme un tombeau, qu'elle était encore entrouverte aux curieux :  
 
Rue du Port
 
Rue du Port, au 21. Je vous donne l'adresse pour ce qu'elle vaut. C'est au musée des Beaux-Arts, dans le quartier tortueux et méconnu des tableaux de Pierre Roy, mais c'est peut-être ailleurs aussi. Peut-être même nulle part.
 
Rue du Port, au 21, la porte est toujours entrouverte. Du reste c'est une porte si étroite qu'elle ne pourrait suffire à renfermer sur son seuil d'algues peintes cette demeure ombreuse.
Rue du Port, au 21, une femme muette s'affaire à coudre un pan de tissu blanc - la grand voile du large, ou le linceul de nos départs.
Rue du Port, au 21, on voit deux portes : l'une s'ouvre sur une femme pâle au visage effacé, et qui ne nous voit pas ; l'autre, plus loin, s'ouvre sur un jardin d'île japonaise et de ciel maritime. Les deux portes sont bordées de noir comme deux faire-part de décès.
Rue du Port, au 21, les pièces en enfilade et rectangulairement encadrées comme dans une chambre noire promettent d'y voir plus clair.
Rue du Port, au 21, s'ouvre dans l'ombre calme un beau miroir où se reflète une femme cousant, telle que la peignit sur son île un marin solitaire. Dans ce tableau se reflète à son tour le rêve de la femme, tout chargé d'aventures et de mondes au loin, celui que le marin imagina pour elle.
Rue du Port, au 21, on ne sait si l'on trébuchera en s'avançant sur l'ombre épaisse et sans marches, ou si, glissant les yeux bien clos à travers le néant, on se noiera lentement dans cette eau glauque jetée sur le pavé par la sirène au front penché qui fait semblant de coudre.
 
Rue du Port, au 21, on entre comme en soi-même, dans une incertitude toujours renouvelée, par la porte entrouverte.
 

Publié dans Nantes

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Travaux

Publié le par Carole

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      Nantes - Passage Pommeraye - 6 novembre 2013
 
 
Le Passage n'a jamais été aussi intéressant que depuis qu'il est en travaux. C'est comme si ce grand remuement des lieux, ces vastes échafaudages s'entrecroisant aussi confusément que les escaliers des gravures d'Escher, égarant nos regards et affolant nos pas, nous ramenaient à cette origine oubliée, à ce moment où le projet délirant du sieur Pommeraye, qui devait le ruiner, se mit à prendre forme dans la pierre, le métal et le stuc, encore incertain de lui-même. A ce commencement qui contient toute la vérité des choses et des vies, car il contient déjà tout ce qu'elles seront et il retient encore tout ce qu'elles ne seront jamais. 
Ainsi, cet enfant au visage double, pour moitié décapé de sa patine, et pour moitié rebadigeonné d'ocre, avec son oeil encore vide et son regard déjà lucide, m'a rappelé ces sculptures de Rodin, où les êtres semblent naître de la pierre. Ce visage humain en train de se dessiner dans le visage informe, c'était comme le symbole de toute enfance, de toute création, de tout commencement.
Demain, sans doute, on aura tout à fait fini de le peindre, on ne saura plus.
Le Passage n'a jamais été aussi fugace que depuis qu'il est en travaux.
Marchant sur les planches instables, et cherchant mon chemin de barricade en allée obstruée, il me semble croiser partout le vieux sieur Pommeraye, courant sur le chantier labyrinthique, donnant des ordres à tous comme un capitaine au départ du navire, poursuivant ce rêve de pierre, de métal et de stuc qu'il voyait naître et lui échapper déjà, enfant merveilleux et étrange.

 

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La serre

Publié le par Carole

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The puzzle is, what are the flowers for ? H.G.Wells, The Strange orchid
 
 
Pour trois euros on peut, chaque après-midi, visiter les serres du Jardin des plantes.
Un jardinier en  tenue et muni d'un couteau vous entraîne à sa suite dans la touffeur de la palmeraie.
C'est un guide remarquable, qui aime ses plantes de la rude passion du Créateur, et les écorche à la lame du canif, pour mettre au jour leurs secrets les moins avouables.
Celui de l'orchidée, par exemple, dont les deux crocs jaunes se fixent sur les pattes des insectes attirés par son parfum, et qui, une fois fécondée – par le couteau du jardinier –, se ferme et se renverse en simulant l'amour, pour protéger son larcin.
Ou celui du népenthès, charmant comme un villageois d'Hokusaï traversant une averse, avec ses petits opercules-parapluies, mais qui attire dans son ventre enduit de cire des insectes qu'il digère lentement, recrachant les carcasses de peau sombre – le jardinier nous montre à la pointe de sa lame l'ossuaire noir et luisant, au fond de l'urne.
Il y a aussi le cecropia schreberiana, à feuillage d'ombrelle et de chauve-souris, abritant dans son tronc creux et étagé, en guise de sentinelles, des colonies de ces terribles fourmis aztèques redoutées des indiens, qui vivent là tranquilles, sans se connaître, comme des voisins d'immeuble – ou de caserne.
La sensitive, si anxieuse lorsqu'on la touche qu'elle referme ses feuilles en frissonnant –aussi peureuse sous les doigts du jardinier qu'une jeune fille surprise nue.
Le langoureux dischidia pectenoides, fleuri de rose, plante royale et fainéante, qui referme ses feuilles en jolis sachets verts, pour y emprisonner les fourmis qui le nourriront.
Et l'inquiétant figuier étrangleur, lançant ses racines comme des cordes sur des troncs tout vivants qui s'étouffent sous sa poussée.
 
"C'est plus intelligent que nous", dit pour finir le jardinier, en refermant son canif.
 
En effet, c'est plus intelligent que vous, que moi, que nous... C'est si troublant de constater cette étrange intelligence des espèces, cette intelligence sans pensée, si puissante et si nette, si acharnée à vaincre, et si indifférente à ce que nous appelons le mal... Mais que pourrions-nous donc en penser, nous qui, justement, ne pouvons que penser ?
 
Et l'on frissonne un peu, en quittant la serre surchauffée, et l'on est soulagé de voir que le jardinier tient toujours son couteau, et qu'il donne à la porte de verre deux bons tours de sa clé de métal.

 

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Le Promeneur

Publié le par Carole

Statue-Mellinet-jardin-des-plantes.jpg
      Jardin des Plantes - Nantes
 
   En ce premier novembre où nous nous tournons vers les morts en leur offrant des fleurs vivantes, j'ai repensé au Promeneur. C'est l'un des personnages les plus curieux et les moins connus de ce jardin d'Eden qu'on a planté, pour que l'allégorie soit complète, sans doute, tout près d'un cimetière.
  Le Promeneur, dans sa vie antérieure, s'appelait Camille Mellinet. Il avait le désagrément d'être le frère du général de la place Mellinet - celui qui fait sans fin la circulation avec son sabre -, et le bonheur d'être l'ami d'Elisa Mercoeur. C'était un éditeur avisé, un auteur délicat, un journaliste habile, un savant historien, un notable des lettres, un gros propriétaire. Après une vie de gloire locale et acharnée, ses concitoyens reconnaissants lui ont élevé ce buste juché sur un immense piédestal pour qu'il l'emporte à jamais sur le commun troupeau de ces mortels couchés tout près de lui.
   De pluies de Toussaint en froidures de novembre, il s'est un peu noirci. L'impitoyable nécrophage qu'on nomme Postérité a balayé son nom avec les feuilles mortes. Les fleurs de rhétorique ont séché sur sa tombe, l'orgueil peu à peu l'a quitté. Il a si longtemps regardé le jardin : je crois qu'il n'est plus que sagesse. Près de cet arbre ouvrant ses bras en oiseau-lyre, voyez comme il se redresse pour mieux voir, comme il voudrait humer tous les parfums, comme il rêve de suivre le vol blanc des colombes et l'élan du héron, comme il s'en va déjà sur les chemins qui tournent, parmi les arbres et les bourgeons patients. Qu'importent les hauts murs et qu'importe la mort à celui qui sait vivre ? Il est là, bien là, au milieu des enfants et des canards, en costume clair, un camélia d'automne à la boutonnière, les cheveux dans le vent, sur les pas du bonheur promeneur.
   Il est le "carpe diem" indulgent d'ici, celui qui nous dit que toute joie est ici-bas, simple et légère comme une fleur qui passe, mais que si nous l'avons oublié en vivant, nous aurons encore toute la mort pour trouver le Jardin.
   Et après tout, qui sait ?

 

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La porte

Publié le par Carole

porte.jpg
 
Car on l'a retrouvée, cette porte qui mène 
 de l'autre côté
du miroir
du jardin
du chemin
de la ville
ou du ciel.
 
On l'avait toujours su, qu'elle attendait quelque part
que nous passions près d'elle.
 
Un peu usée
un peu vieillie
un peu ternie
ensommeillée
avec sa poignée grise 
comme une aile d'oiseau
toute prête à céder
à la paume légère
d'un rêve promeneur.

 

Publié dans Nantes

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