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Au Petit Paris

Publié le par Carole

Le fouquet's version 2.psd
                      
Dans la petite ville où j'ai passé ma jeunesse, un magasin de nouveautés provinciales portait l'enseigne du Petit Paris.
Au Petit Paris.
Je crois que dans toutes les villes de province, à cette époque, il y avait un Petit Paris, non loin du coiffeur Diminu-tif, de l'auberge de l'Espérance, du bazar Au Gagne Petit et du café Ma Toc'Ade.
Nantes, essence même de la Province, s'est faite toute entière Petit Paris - avec sa statue de la place Royale qui est le calque de la statue de la place de la République, son pont de la Motte rouge, réplique du pont Alexandre-III, sa statue de Louis XVI en guise de colonne Vendôme, sa tour de Bretagne imitant les tours de la Défense, ses Cours Saint-Pierre et Saint-André figurant le Champ de Mars, son île Feydeau petite soeur de l'île saint-Louis, son île de Nantes en île Seguin, ses boulevards à Maréchaux, son hippodrome comme à Vincennes, et puis, bien sûr, son bâtiment de Jean Nouvel.
Ce côté Petit Paris, ridicule et charmant comme les chapeaux de ma grand-mère, vieille dame élégante à l'accent de fermière, modeste et impérieux comme un capitaine en retraite, c'est un des traits de la Ville que je préfère.
Cette ville est un monde. Elle est le monde. Elle a tout à fait raison de le croire.

Publié dans Nantes

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Passage Pommeraye où vit le démon...

Publié le par Carole

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Pas vraiment méchant, le démon du Passage, rêveusement accordé à ce lieu où tout se feutre de poussière et de toiles d'araignée. Bien là quand même.

Publié dans Nantes

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Les grilles

Publié le par Carole

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Le Passage est une galerie compliquée de glaces claires et de grilles sombres. On y avance  comme au labyrinthe, sans y trouver pourtant autre chose que des boutiques très ordinaires, et, lorsqu'on reprend les chemins de la ville, on s'étonne qu'un lieu aussi bizarre puisse être en même temps aussi banal.
Le Passage est au coeur de Nantes comme le miroir convexe dans le tableau de Van Eyck Les Epoux Arnolfini : une brève, inexplicable échappée vers l'étrange, dans un intérieur bourgeois.

Publié dans Nantes

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L'oiseau et les grilles

Publié le par Carole

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On voit à peine l'oiseau, perdu qu'il est au bas d'un mur écaillé, dans un angle oublié du Passage.
Un peintre inconnu l'a posé là, minuscule silhouette sautillante et gracieuse.
Quand je l'ai aperçu pour la première fois, tout près des grilles, il m'a semblé que d'un coup d'aile de l'autre monde il avait poussé la porte de sa cage, et qu'il s'était posé sur un arbre en rêve.
J'ai retrouvé plus tard cet oiseau dans la ville. Comme un guide fragile, nous indiquant à travers les rues les imperceptibles chemins de l'imaginaire.

Publié dans Nantes

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Rencontre

Publié le par Carole

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Ces mannequins sans visage ne semblent-ils pas plus vivants et prêts pour l'inattendu que bien des passants aux visages éteints ?
Et qui sait si de leur rencontre ne naîtra pas le reflet d'un amour plus parfait que bien des amours de vivants ?

Publié dans Fables

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L'enfant et l'araignée

Publié le par Carole

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De tous les enfants de pierre qui peuplent le Passage, celui-ci est l'un de mes préférés. Peut-être parce qu'il symbolise la Navigation - chaque statue d'enfant est ici une allégorie -, peut-être parce que son visage légèrement incliné, aussi mélancolique qu'indifférent, est particulièrement mystérieux.
Quand j'ai voulu le photographier, cet été, j'ai tout de suite remarqué l'araignée. Elle projetait une ombre très fine, très gracieuse, comme une menace légère sur cette jeune vie. Ce n'est qu'en observant, ensuite, la photo achevée, que j'ai vu, dans une boucle de la chevelure, la deuxième araignée.

Publié dans Nantes

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La tête dans les étoiles - août 2011

Publié le par Carole

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"C'est comme un jeu d'énigmes : assise à côté d'une ancre sur un rouleau de cordages, la Navigation contemple le lointain d'un regard tout à fait blanc, qui va se perdre dans les infinis" (André Pieyre de Mandiargues, Le Passage Pommeraye)
 
L'enfant du Passage, voyageur immobile gouvernant son navire solitaire, avance en des mers inconnues. Sa tête touche aux étoiles et ses yeux obstinément fixés sur l'horizon ont la creuse blancheur des désirs inassouvis. Car au Passage il n'y a que des murs, des miroirs, des grilles, et d'autres enfants tristes et ardents.
Quand j'ai pris cette photo, la boutique aux étoiles venait de fermer, et on installait à sa place un autre commerce.  Contre le mur était déjà posée l'échelle destinée à décrocher les étoiles. Il fallait faire vite pour garder le souvenir de cette double allégorie, construite par l'alliance provisoire de la sculpture et du commerce : l'allégorie de l'enfant-navigateur enfermé, et des étoiles bientôt éteintes lui traçant un chemin de lumière. 
C'était dans les cheveux du même enfant que j'avais découvert l'araignée, un peu plus tôt.

Publié dans Nantes

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Autoportrait aux miroirs du Passage

Publié le par Carole

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Aux miroirs du Passage, chacun devient ce qu'il est : multiple, insaisissable.

Publié dans Nantes

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Le Navigateur

Publié le par Carole

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  « LE CUISINIER : La terre tourne et derrière l’Isthme fatal qui ferme l’horizon de l’Humanité un autre Océan apparaît.
  CHRISTOPHE COLOMB I : Et comment s’appelle-t-il, celui qui l’a découvert ?
  UN CHORISTE : Il s’appelle Balboa.
  LE CUISINIER : Un autre Océan plus large que le premier.
  CHRISTOPHE COLOMB II : Ah, il ne l’est pas encore assez pour moi !
  CHRISTOPHE COLOMB I : Comment s’appelle-t-il, celui qui l’a découvert ?
  UN AUTRE CHORISTE : Il s’appelle Magellan.
   CHRISTOPHE COLOMB I : Ainsi je n’atteindrai jamais Cipango et ces îles d’or et de neige que je vois là à la portée de ma main ?
  LE CUISINIER : Tu ne les atteindras jamais. » (Paul Claudel, Le Livre de Christophe Colomb)
 
 
     Sur la place du Commerce, devant les épaisses colonnes de la vieille Bourse qui sont comme de grasses cuisses immobiles d’armateurs, Henri Le Navigateur se tient face à la ville. Il est grand, assombri par le temps, l'eau de mer et la mort, solitaire. Les gens qui font la queue devant le cinéma Gaumont s'appuient sur lui, indifférents ; ceux qui entrent et sortent de la Fnac ne le regardent même pas ; les clients du café débordant sur la place ne parlent jamais de lui. Debout sur le pont d'on ne sait quel navire disparu, raidi par l'oubli, il est pourtant l'un des pilotes de cette ville, qui fut un repaire de marins et de négriers, et où souffle encore, certains soirs bleus de lune, le vent salé, tout assoiffé d'or, des grands voyages vers l'impossible.
    Certains affirment qu'il s'appelle en réalité Magellan. D'autres avancent même le nom de Christophe Colomb. 
 
     Et nous sur la Pinta, cherchant où va le monde quand il n'a plus de rives.

Publié dans Nantes

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Neptune

Publié le par Carole

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Il court sans cesse par la ville.
C'est lui qui éveille les zéphyrs parmi les princes et les esclaves, au fronton des palais d'armateurs.
C'est lui qui s'empare, blagueur et revanchard, du trident si souvent disparu de la déesse, place Royale.
C'est lui qui joue aux cartes dans l'ombre des bars du port, et lui qui lit la mort dans la paume des gamins ivres.
C'est lui le grand caïman qui jette Echidna dans les rues, et qui attend ses proies, dans les bouges de la Fosse.
C'est lui qui nous verse des cordes d'eau grise, chaque jour que Dieu fait sans soleil.
C'est lui, quand la marée descend, là-bas sur l'estuaire, qui tire les nuages comme un rideau mousseux sur le ciel nettoyé.
C'est lui qui agite la tempête sur les trois voiles du blason de la ville, c'est lui qui ouvre à coups de hache le flanc des barges emplies de condamnés.
C'est lui qui pleure et c’est lui qui console les noyés, c'est lui qui referme leurs yeux, à grain de sel et de sable de Loire, afin qu'ils nous pardonnent.
C'est lui qu’épie sur la butte Sainte-Anne le capitaine Nemo armé de son sextant. 
Rasant l'écume à vol de mouette, il niche comme un moineau des villes au creux des vieux murs de négriers. 
Marin en goguette et féroce pirate, est-il Ariel ou Prospero ?
Il est le capitaine à quai de cette ville - navire encalminé qui se languit du large.

Publié dans Nantes

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