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Culte du lion rue Crébillon

Publié le par Carole

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Geneviève Dormann voyait en Paris "une ville pleine de lions". Nantes n'est pas une ville pleine de lions, mais les lions de Nantes sont particulièrement remarquables. Voici celui de la rue Crébillon, idole endormie, hiératique, au-dessus des boutiques.

Publié dans Nantes

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Au dieu Vol

Publié le par Carole

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                             Sculpture de bois ornant une maison, rue de la Juiverie

 

Une inscription conservée au musée archéologique atteste qu'on avait dédié, jadis, la ville "au dieu Vol" - DEO VOL PRO SALUTE -
Les lettres penchent un peu, retiennent leur élan dans la pierre lourde où on les a gravées.


Je me demande qui il pouvait bien être, ce dieu Vol.
Je l'imagine, libre comme un oiseau, descendant l'estuaire au côté des hérons et des mouettes, par dessus les barques des pêcheurs de civelles, et rêvant à la mer.
Rusé comme un bandit, faisant marché de tout, même de chair humaine, attendant dans le port que s'en reviennent à lui de sombres cargaisons.
Léger comme un brin de bruine, et porté par le vent sur l'aile d'un jour gris.
Ou bien, semblable à l'homme aux yeux fermés de cette étrange enseigne - Hermès aux pieds en ailerons, glissant en songe de la terre au ciel et du ciel à la terre, pour que les mots d'en haut s'accomplissent en bas.

Tortueux et serpentin, mi-ange mi-démon, souriant avec grâce aux filles de la ville, mais désignant du doigt ceux qui mourront le soir, un dieu pas déplaisant, un peu inquiétant tout de même - comme tous les dieux.

Publié dans Nantes

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L'homme-lion

Publié le par Carole

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                 -Mascaron - Rue de la Marne à Nantes-

 

Vaincu par le poids de la bête, l'homme-lion de la rue de la Marne ? Ou rassemblant toute sa colère pour secouer le masque lourd et féroce absurdement posé sur son visage d'homme ? A moins qu'il ne soit l'Hercule terrible de la victoire sous sa peau de lion ? Encore une fois, comment savoir ?

Publié dans Nantes

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Au Grand Maître

Publié le par Carole

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  A Nantes, la pierre a des visages, des centaines de visages. Telle maison arbore des têtes de dieux marins, telle autre affiche des visages d'esclaves, ici on reconnaît des enfants, là des vieillards, des jeunes filles et même quelques monstres innommables mais fort joyeux.

Visages ailés, visages figés, visages alourdis sous le poids des balcons qu'ils supportent, visages heureux, visages qui pleurent, visages qui rient, visages grimaçants, visages souffrants, visages menaçants, visages de méduse, visages de démons, visages d'anges et visages de monstres, visages qui s'envolent, visages vissés en mascarons au-dessus des fenêtres... tous sont différents, comme si les sculpteurs s'étaient ingéniés à inventer chaque fois des personnalités nouvelles, et à représenter au long des rues toute l'humanité avec ses vices, ses rêves et ses dieux. Je ne connais aucune autre ville qui présente ainsi au regard des passants tant de visages taillés dans la pierre, et si vivants.

  Parmi tout ce peuple de visages, se remarque, allée Brancas, un visage de fer noir dont on ne voit que le profil de lame - un visage sans face : celui d'un vieil ange de l'Apocalypse qui grimpe pieds nus on ne sait quelle pente terrible, luttant contre le vent de l'au-delà, alourdi par ses ailes. Ses longs cheveux se déploient comme des bouquets de serpents, il tient sa faux à bout de bras, et, son sablier serré au creux de la main gauche, il s'en va à l'assaut.

   AU GRAND MAÎTRE, peut-on lire si l'on se tient à son flanc droit, tournant le dos, notez-le bien, à l'ancien cours du fleuve - regardant vers la source et non vers l'estuaire.

  C'est une vieille enseigne. Personne ne semble plus savoir qui l'a accrochée là, de quelle boutique étrange de l'ancien quai elle faisait la réclame. Du reste, peu la remarquent et peu s'en préoccupent.

        L'essentiel est que le profil de fer soit là, secrètement accordé aux autres visages, à ceux qu'on voit de face.

Au grand maître

Publié dans Nantes

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Théâtre

Publié le par Carole

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Vous montez les douze marches du théâtre Graslin, jusqu'en haut, jusqu'à ce que vous ne puissiez plus distinguer ni les reflets dansants de la ville sur le large vitrage ni les huit muses en ordre sur le fronton.

Au lieu d'entrer, vous ne savez pourquoi, mû par un soupçon plus que par un pressentiment, vous vous placez derrière les colonnes qui s'ouvrent devant vous comme un rideau,  et vous vous retournez vers la place.

Voilà. Elle est là devant vous, avec ses huit rues adjacentes comme les vomitoires des arènes antiques, demi-lune aux gradins de ciel pur étagés par-dessus les immeubles.

Et vous, debout très haut sur la scène, face aux grilles du cours Cambronne où la lumière s'empale, vous vous demandez quelle tragédie il va vous falloir jouer là, au bord de l'hémicycle, face aux dieux invisibles. Vous vous souvenez de Jacques Vaché, qu'on a emporté comme un beau gladiateur vaincu. Vous vous souvenez des avions qui hurlaient, et des gens qui criaient dans les ruines fumantes. Vous vous souvenez de Lola, qui brûlait en dansant ses ailes de cigale.

Peu s'en faut que vous ne vous avanciez vers l'étroit proscenium, cédant à tant d'appels, peu s'en faut que vous ne sortiez de l'ombre pour accomplir ce qui doit s'accomplir ici, une fois encore.

Puis vous baissez les yeux, intimidé, vers le joli rond de pelouse bien tondu que la municipalité prend soin d'entretenir là toujours, au bas de l'escalier, vous regardez, apaisé, les automobiles tourner toutes petites autour de ce cercle vert comme sur un tapis d'enfant. Vous êtes à Nantes, ville bourgeoise, ville tranquille, ville coquette, il n'y a pas de raison d'en douter.

Et, poussant la porte de verre couverte d'affiches colorées, vous vous rendez vers le guichet. Vous êtes venu à l'opéra, tout est très simple. Avec la foule correctement bavarde des soirs de spectacle vous vous dirigez vers les fauteuils de peluche bleue.

Ce soir on joue justement L'Enfant et la Nuit.

Publié dans Nantes

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La Tragédie

Publié le par Carole

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Stendhal reprochait au Théâtre Graslin de n'avoir que huit muses. Il n'avait pas remarqué sans doute que cette Tragédie, qui ouvre le cortège, est double : déesse et actrice, élégante et terrible, femme qui vient de retirer son visage d'homme, vérité et illusion confondues, elle tient par les cheveux son masque de vieil Oedipe comme une tête sanglante de Jean-Baptiste. Près d'elle danse une Salomé déhanchée au sein nu - Terpsichore.

Ici, comme ailleurs, l'un est deux, et le simple multiple. 

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Cours Cambronne

Publié le par Carole

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Cours Cambronne on a toujours l'impression que quelque chose pourrait arriver - une fanfare va s'installer, on va monter des tréteaux pour un théâtre de marionnettes, planter un chapiteau de cirque. Des gens vont venir des faubourgs et jouer à la pétanque. Jean Jacques de Nantes va épouser Marie Lucienne. Ou peut-être que la garde qui meurt et ne se rend pas du général Cambronne va se ranger en ordre de bataille, et nous montrer.

Mais rien n'arrive jamais cours Cambronne, même les enfants n'y jouent que parcimonieusement. Quelques rares promeneurs. Quelques dames avec poussettes. Quelques habitants parfois glissant furtivement vers des portes qu'on ne voit jamais ni s'ouvrir ni se fermer. Des arbres plantés au carré et taillés au carré. Des bordures de gazon sans trèfle ni luzerne. Des pigeons étiques et muets. Des chiens timides tenus en laisse, qui évitent de se soulager sur le sable clair et râtissé. Et partout, là-haut, surveillant, des fenêtres closes, silencieuses. Des balcons grillagés et déserts, des façades mornes alignées au cordeau. Une élégance de très bon goût, sans commerces, sans défauts, sans besoins, sans déchets. Parfaite.

Cours Cambronne on ne fait que passer, repoussé vers l'extérieur par on ne sait quel sentiment qu'on a de n'être pas à sa place, de déranger. Seul s'obstine le lent tournoiement de l'ombre, autour du général et de ses aigles, sur le sable gris.

Entre les hautes grilles qui ferment à chaque bout ce triste Palais Royal, ce qu'on a si soigneusement enclos, c'est l'ennui. Une sorte d'ennui très précise, distillée là goutte à goutte et subtile comme une essence rare : l'ennui racé et distingué des beaux quartiers dans les villes de province, l'ennui porté comme une décoration, l'ennui qu'éprouvent les gens bien, le dimanche à midi, au retour de la messe.

Et c'est si pur, si nettement décanté, que cela en devient presque insupportablement beau. Enivrant.

Jacques Vaché est mort à quelques mètres, de l'opium qu'il avait pris et peut-être plus encore d'avoir abusé de cet ennui-là.

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Sur le pont

Publié le par Carole

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Lorsque je m'engage sur la passerelle extraordinairement belle, nue et grise, qui mène au Palais de Justice, je pense toujours à ce pont que traverse K., à la fin du Procès, tandis que les deux messieurs l'entraînent : "Complètement d'accord désormais, ils s'engagèrent tous les trois sur un pont".

C'est sur ce pont que K. franchit le dernier obstacle, celui qui le séparait de la mort et de lui-même, et qu'il comprend enfin que les deux messieurs sont de toute éternité ses compagnons et ses guides, ses doubles. Sur ce pont, ils sont enfin d'accord,  et K. cesse de lutter.

Comme pour la photo précédente, j'ai utilisé un filtre postérisé pour évoquer ce pont kafkaïen.

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Conscience

Publié le par Carole

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Au Palais de justice défilent en boucle, dans un tube au néon, des extraits de Montesquieu, de Rousseau - des grands penseurs politiques du XVIIIe siècle français. Quand j'ai pris, au hasard, depuis l'extérieur du bâtiment, la photo de ce ruban lumineux, je voyais très mal, derrière les vitres, et je ne savais pas ce que je lirais quand je regarderais plus tard le résultat sur mon écran. En fait, il y avait juste ce mot, tout seul : "Conscience".

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Mansuétude

Publié le par Carole

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  J’aime beaucoup le style nantais des vieux écriteaux de fer blasonnés solennellement apposés sur les grilles, à l’entrée des parcs de la ville :
« IL EST INTERDIT, tonnent-ils, tout à fait interdit, strictement interdit par nos lois d’airain, d’entrer avec des chiens ! »
Puis, débonnaires, conscients de leurs limites et repris de leur séculaire nonchalance, ils ajoutent, avec la sagesse et la dignité des vieux rois craignant d'être bientôt détrônés : « à moins… à moins qu’ils ne soient tenus en laisse… ! »

   Le plus amusant de ces écriteaux, le plus absurdement, le plus gentiment nantais, c’est, je crois, celui qui orne la grille du petit bout de parc où sont tapis, depuis peu, les lions sans maîtres, sans laisses et sans lois, échappés de l’ancien Palais de Justice en travaux.
   On imagine un gendarme Labourbourax poussant furieux la grille, tempêtant et hurlant, puis renonçant, au premier coup de mâchoire des contrevenants, à dresser procès verbal.

 

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