Voyager

Publié le par Carole

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Un commandant à casquette, une belle voyageuse... A la fenêtre de la péniche depuis si longtemps immobilisée à quai, on avait malicieusement exposé ces deux visages inattendus, plus évocateurs des circuits en avion ou des croisières de luxe que d'une simple promenade sur la modeste barge qui vieillissait là.
Dans le décalage calculé de la dérision, sous l'ironique antiphrase, il y avait, comme bien souvent, beaucoup de profondeur, et de quoi méditer.
 
Pour voyager luxueusement, somptueusement, pour voyager vraiment, on n'a besoin ni d'aller loin, ni d'aller vite, ni d'aller cher, ni de voler dans les airs, ni de manger à la table d'un capitaine engalonné, ni d'avoir un destin de star.
On n'a besoin de presque rien.
Une simple péniche, un vieux bateau de bois que lestent de gros pneus, c'est bien assez, pour s'en aller rêver sur les eaux lentes et vertes qui innervent la terre, et pour glisser, tout près de soi, entre les rives herbeuses plantées d'arbres pensifs.
Jeter son ancre au fond des roselières, s'agripper à ce qui fléchit.
Entendre dans le soir le froissement des vagues, quand les troupeaux de cygnes remontent vers les sources.
Suivre là-haut le grand remuement des étoiles qui bâtissent les mondes.
S'endormir à la voix du rossignol, se réveiller au chant des oiseaux nouveau-nés.
Fouler dans l'herbe la rosée qui fume et le parfum des fleurs qui s'ouvrent.
Sur les chemins de halage marcher sans hâte en tirant le temps par sa longe.
Glisser d'une écluse à l'autre, grimper sur ces escaliers d'eau comme on irait, par des lacets, aux collines du ciel.
Partir pour arriver juste un peu plus loin que son point de départ, mais s'y rendre en passant par les reflets, par les errances et par les ombres, et surtout par soi-même.
On n'a besoin de presque rien pour ce voyage-là.
On n'a pas même besoin d'une péniche.
Une simple barque nous suffirait. 
On pourrait tout à fait ne pas partir du tout.
Rester à quai sur la péniche arrêtée au soleil, ou sur la barque immobile qui tangue un peu, trouver le ciel et les nuages dans leurs reflets qui passent.
Rester assis sur un banc du rivage, regarder danser sous le vent une petite vague traçant en cercle son long chemin toujours le même.
Et ainsi s'en aller loin, très loin, si loin que, là où l'on va, bien peu de ceux qui vont partout en avion, en train, en paquebot pourraient nous suivre.

 

Publié dans Fables

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La magie mysérie 16/05/2014 14:48

Les voyages immobiles ne sont-ils pas ceux qui vous emmènent le plus loin ? Un beau texte comme toujours !

Jonas D. 23/04/2014 10:11

Voilà un nomadisme qui me plaît. J'habite à proximité de la rivière Moselle, canalisée aux chalands et péniches de transport. J'aime les regarder passer dans leur nonchalance active, dans leur vie
étonnante. Je n'y vois que trop l'agitation de la mienne. Merci pour cet article Carole.
Jonas

flipperine 21/04/2014 17:46

on peut tjs rêver à de grands voyages quand on se promène

Joëlle Colomar 21/04/2014 11:05

Comme tes paroles disent juste Carole. Mais je crois que ces voyages là ne sont pas accessibles à tous, malheureusement. ! Amitiés. Joëlle

almanito 21/04/2014 08:20

Les plus beaux voyages sont peut-être ceux que nous faisons en rêve, c'est la photo qui le dit et je t'ai suivie avec enthousiasme dans ce "voyage de rêve".

jill bill 21/04/2014 04:13

Dès que j'ai vu cette péniche, je me suis dit déjà vue... mais oui, enfant derrière chez moi il y avait un terrain vague et ses carcasses de voiture, le rêve dès qu'on y montait gamin... papa
n'avait pas d'auto....

lepharedesmots 14/04/2012 11:31

Partir tout en restant...Partir.

Carole Chollet-Buisson 17/04/2012 23:36



J'aime bien cette formulation circulaire : une définition...



Erato :0059: 13/04/2012 22:06

Magnifique, Carole! Combien de voyages se sont faits à l'arrêt , dans un bateau échoué, une voiture au rebus, une charrette engrangée...... le rêve ainsi a pris forme et le voyag fut
merveilleux.Quel superbe cadeau que celui de savoir rêver. Bonne soirée , bisous

Carole Chollet-Buisson 17/04/2012 18:41



Merci, Erato. Le rêve est, heureusement, notre bien commun.



Nath 13/04/2012 18:17

Laisser ses rêves partir au gré du vent ou sur le dos d'une vaguelette pour voyager loin, au fond de soi...
Très belle image et pleine d'admiration aussi pour la poésie de tes textes Carole.
Merci à toi et belle soirée !

Carole Chollet-Buisson 17/04/2012 18:36



Merci Nath, belle soirée à toi aussi !



MARIE 13/04/2012 11:47

il suffit parfois de peu de chose pour partir en voyage, une soudaine envie d'aller voir ailleurs...

Carole Chollet-Buisson 13/04/2012 13:24



et il n'y a pas besoin d'aller très loin, juste un peu ailleurs.



eva 12/04/2012 23:40

j'aime bien ce voyage presque immobile... qui nous emmène si loin...

Carole Chollet-Buisson 13/04/2012 01:08



C'est qu'on voyage d'abord en soi-même.



adamante 12/04/2012 23:39

"marcher sans hâte"
"Glisser d'une écluse à l'autre"
"Rester à quai"
"Et ainsi s'en aller loin"

Je suis allée loin, ce soir, sans bouger et je te dis merci Carole.

Carole Chollet-Buisson 13/04/2012 01:08



Merci alors de m'avoir accompagné dans ce voyage "autour de ma péniche" - pour reprendre le titre du "voyage autour de ma chambre" que tu connais peut-être (bien qu'on ne le lise plus beaucoup).



Jackie 12/04/2012 20:04

Un texte qui laisse la place au rêve... J'ai aimé ton voyage.
Merci

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 22:04



Merci, Jackie, d'avoir un moment voyagé avec moi.



Balladine 12/04/2012 18:18

J'aime beaucoup cette photo qui invite à la rêverie du voyage !

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 19:36



Ce sont les propriétaires de la péniche qui sont à féliciter, ils ont beaucoup d'humour, je trouve.



Nounedeb 12/04/2012 17:13

J'ai éclaté de rire en voyant la photo. Je me suis biensûr régalée à te lire. Et m'est venu un souvenir, d'une soirée au mouillage, dans un petit estuaire. Impossible d'apprécier la tranquille
poésie du lieu: les moustiques!

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 19:36



A l'endroit où j'ai pris la photo, il n'y avait pas de moustiques... sinon... j'aurais écrit un autre texte. Mais ça viendra peut-être.



jill-bill.over-blog.com 12/04/2012 13:50

Pas faux Carole ! Pas faux.... Clin d'oeil de jill

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 19:35



Clin d'oeil qui répond au précédent, Jill. Merci.



emma 12/04/2012 08:15

superbe ode à l'imagination..

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 12:48



nos seuls vrais voyages se font par elle, non ?



Danielle 12/04/2012 07:36

Bonjour Carole

les mots voyagent au regard de celui qui sait.....

merci du partage
Danielle

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 12:47



Merci, Danielle, à bientôt.



jill-bill.over-blog.com 12/04/2012 06:55

Bonjour Carole ! Les lieux que tu traverses t'inspirent de beaux textes, presque rien pour aller loin ma foi pas faux... Bonne continuation alors dans tes voyages... Jill

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 12:47



Tu vois que "voituriner", cela peut devenir "cheminer" en "voiture" - ou en bateau -, si l'on veut...


Les chiens sont des sages, qui nous inspirent, et les réflexions s'enchevêtrent et s'emboîtent, d'un blog à l'autre.



zadddie 12/04/2012 01:35

encore un texte bien évocateur....
sinon moi qui ne permets presque jamais d'agrandir mes images, j'avoue que j'aimerais bien mieux voir ces visages..

Carole Chollet-Buisson 12/04/2012 12:44



Zadddie, je reviendrai sur les lieux pour voir si je ne peux pas m'approcher davantage. Mais ce ne sera pas immédiat, car je pars en vacances demain.