Visages de pierre

Publié le par Carole

pierres-visages.jpg
 
    Des Roms étaient venus s'installer là, l'hiver dernier, derrière l'inutile palissade de bois pourrissant. On les avait expulsés bien sûr, par un petit matin glacé. Ensuite, par mesure de précaution - s'ils allaient revenir ? -, on avait posé de hauts grillages acérés, et on avait fait venir des blocs de pierre qu'on avait poussés tout autour du terrain, pour bloquer les issues. Et les pierres étaient restées là, à pleurer en chaos sous la pluie, comme au pays des menhirs renversés.
    Puis le printemps était venu, quelqu'un était passé, avec son pochoir, son encre bleue, son encre rose. C'était un être au coeur léger, à l'imagination nomade et à l'humour flâneur. Sur les pierres il avait posé des visages humains, des sourires humains, toutes sortes de visages ordinaires ou laids, toutes sortes de sourires, lunaires, vulgaires, malicieux ou grotesques, mais si humains, vraiment humains. Et les pierres étaient restées là, à vivre en peuple sous le ciel, comme au château du vieil abbé Fouré.
 
    Il est bon quelquefois de rendre forme humaine à ce qui près de nous a pris forme de haine.

Publié dans Nantes

Commenter cet article

Cendrine 16/05/2013 01:29

Les pierres nous montrent leurs visages pour que les sentions vivre.
Je suis sous le charme de cet artiste "lutin"...
Amitiés conquises
Cendrine

Nounedeb 15/05/2013 13:02

On frissonne, de cette frilosité qui fait craindre qui ne nous ressemble pas. On frissonne; on a froid dans le dos. Heureusement ces messages, ici sur les pierres, que tu nous transmets.

Jonas D. 14/05/2013 23:55

Ce texte Carole est dopé à l'humanité. J'aime : "les pierres restées à pleurer en chaos sous la pluie". C'est drôlement bien. Bonne nuit.

zadddie 14/05/2013 23:51

une symbolique très forte...

Mansfield 14/05/2013 23:00

Une sorte de pays du sourire, un peu fracassé mais survivant!

Cardamone 14/05/2013 21:56

Visages humains, c'est déjà ça... en attendant que nos coeurs de pierre se réchauffent...

nadia-vraie 14/05/2013 21:39

Bonjour Carole,
je ne connais pas pourquoi la France chasse les Roms, je ne connais pas leur histoire. Est-ce des gens méchants? je sais que ce sont des Roumains je pense.
Carole, tu faisais partie de ma communauté "Les rendez-vous de l'insolite" je t,envoie le lien de mon article àè ce sujet car tu sais que j'ai transféré mon blog.
À bientôt.
http://nadia-vraie.eklablog.com/la-communaute-les-rendez-vous-de-l-insolite-a87325215

Carole 14/05/2013 21:47



Oui, ce sont des Roumains, parfois des Hongrois, mais ils sont tziganes, et victimes de racisme. Je vais aller voir sur le lien que tu m'indiques. Je ne savais pas qu'il y avait des communautés
sur Ekla.



michèle 14/05/2013 19:23

Révoltantes ces pierres!

Mamilouve 14/05/2013 17:02

Il s'en passe des choses à Nantes. Ou bien suffit-il simplement de savoir regarder ? Joli message d'humanité, en tout cas.

Carole 17/05/2013 11:52



J'ai tendance à croire qu'il se passe plus de (petites) choses à Nantes qu'ailleurs... mais c'est qu'il y a une très bonne école des beaux arts, et donc beaucoup de jeunes artistes.



Richard LEJEUNE 14/05/2013 08:02

A Nantes, des parents (très) éloignés des Moaï ?

Carole 14/05/2013 12:40



A Nantes, à Rothéneuf, leurs cousins sont partout.



Anne-Marie 14/05/2013 08:02

Mettre de la poésie,de la couleur, de l'humanité , là où elles ont disparu...Quelle jolie idée et aussi quel pied-de-nez aux redresseurs de torts, xénophobes de tous poils!

almanitoo 14/05/2013 07:34

Ces visages qui me semblent hilares soulignent ce que nous sommes devenus, des gargouilles haineuses, grotesques et indignes.

jill bill 14/05/2013 02:55

Chassés, malvenus... hier encore à la télé, cet immeuble squatté en feu... Dans le nord de la France je connais une ville qui avait fait pareil, des gros blocs de pierre pour qu'ils ne reviennet
plus en ce lieu... Merci Carole....

Hélène Carle 14/05/2013 01:37

Ce texte me ramène à ce spectacle humanitaire mis en scène par Serge Denoncourt avec une si belle bande de jeunes Roms et dont à été tiré un documentaire.

Hélène*