Violettes et myosotis

Publié le par Carole Chollet-Buisson

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"Violettes et Myosotis", boulevard Eugène Orieux - photomontage -

 

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Au coin du boulevard Eugène Orieux et du boulevard Michelet habite un vieux, très vieux couple : Violettes et Mysosotis. Leur union remonte, à en juger par le style vaguement art-déco des fresques qui ornent leurs murs de gros moellons, au début du siècle précédent. Ils s'aiment encore d'amour tendre pourtant, du lien solidement maçonné de deux pavillons jumeaux, comme on en bâtissait en ce temps-là dans les banlieues emplies d'herbes folles et de vignes.

Myosotis se penche doucement vers la gauche, côté Michelet, Violettes lorgne un peu vers la droite, côté Orieux - qu'importe puisqu'ils sont fermement attachés.

Leurs noms gracieux sont peints en lettres d'enluminures sur des plaques de tôle un peu mangées de rouille, comme tous les vieux os. Des fleurs passées s'y entrelacent : de petites violettes mauve pâle, couleur de couperose, pour Violettes, et des myosotis de ce bleu délavé des yeux tendres qui se sont usés, pour Mysosotis.

Autour d'eux c'est un fracas de voitures, de motos, de tramways, d'autobus, et de grues sans repos remuant dans leurs jardins éventrés les pavillons des anciennes banlieues, pour faire pousser sur les décombres désuets de leur mauvais goût un avenir de béton lisse.

Ils n'ont pas même l'air de s'en apercevoir. Comme tant de vieilles gens qui n'ont pas vu que leur monde finissait, ils traversent le temps sans comprendre, s'inclinant doucement vers la mort comme les fleurs se fanent - Violettes au bras de Myosotis, Myosotis au bras de Violettes.

Violettes si timide qu'elle ose à peine ouvrir son coeur, - modeste en sa couleur, modeste en son séjour - , Myosotis qui ne l'oublie pas - petite fleur bleue tendre des chevaliers du rêve -.  Ils murmurent pour nous, dans la ville qui gronde, des mots mièvres et doux venus de loin, du langage des fleurs, des guirlandes à Julie et des étroits jardins de paradis enclos sur le bonheur.

 

                                      violettes

Publié dans Nantes

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