Vieilles marches

Publié le par Carole

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Je l'emprunte souvent, ce vieil escalier aux marches usées par des pas séculaires, ce grand chemin de pierre qui va de l'ombre à la lumière.
Dans la ville d'où je viens, on appelait degrés, comme en très vieux français, ces escaliers anciens, solides constructions qu'ajustèrent jadis des maçons très savants.
 
Ici, sur les marches obscurcies et luisantes, des passants disparus, appuyés à la rampe, ont creusé, de leurs pas effacés, la place de mes pas vivants. La pierre se ploie pour me laisser monter, j'avance avec confiance, suivant comme des vagues ces traces douces dont l'arrondi facile allège mon effort.
Pourtant les pierres sont si usées, si abîmées de trous, si polies, si glissantes et pentues, que j'y trébuche quelquefois. Même il m'est arrivé de tomber tout à fait. De très haut. Et la rampe de fer ne m'a pas retenue.
 
Alors, chaque fois que je prends le vieil escalier, je médite un moment. Je me dis que, sur les pas des anciens, on s'élève plus aisément, plus calmement, qu'on va en paix vers la lumière d'en haut, mais qu'il faut se garder de ce qu'ils ont trop frotté, trop creusé, trop usé. Savoir marcher dans leurs pas et savoir marcher un peu à côté aussi, à l'écart de la rampe, sur la pierre encore neuve.
 
J'aime bien passer là, c'est un escalier qui fait aller plus loin, plus haut qu'on ne croirait. Un escalier qui fait penser.
Un de ces lieux familiers et sages qui, sans en avoir l'air, murmurent à nos corps qui les écoutent des leçons que, sans eux, nos esprits n'entendraient peut-être pas.

Publié dans Fables

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S
Monter un chemin ou un escalier c'est donner une marche à chaque pensée, c'est rejoindre d'autres pas ou les deviner, parfois les entendre. Monter vers le passé, c'est le saluer... Que de beaux
partages chez toi... A bientôt. Suzâme
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C


Nous prenons sans cesse, sans toujours le savoir, de tels escaliers, ils vont haut, ils descendent profond.



H
S'inspirer des anciens sans les copier. Il faut beaucoup de volonté pour demeurer dans son propre chemin.

L'escalier-réflexion, c'est peut-être pour cela qu'il a l'air en génuflexion!

Hélène*
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C


Et l'escalier est tout près d'une chapelle...



G
L'usure de certaines constructions comme cet escalier, ont un charme évident
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C


Il a plus de trois siècles, et se trouve dans un lieu où beaucoup ont souffert, mais aussi où beaucoup sont venus en aide à ceux qui souffraient, puisqu'il s'agit d'un hôpital.



P
J'habite une maison très ancienne,celle de mes parents, grands-parents et arrières grands-parents . J'ai mainte fois éprouvé ce que tu décris dans ton texte, la sensation de poursuivre leur chemins
tout en imprimant le mien propre sur ces pierres et la main courante polies par leurs passages . Déjà d'ailleurs mes petits enfants gravissent et dégringolent ces marches dans un style bien
particulier à chacun ... le fougueux, le prudent, le rêveur,et la princesse ont entamé différents parcours .
J'ai été heureuse de te lire .
Merci Carole, bonne soirée .
Bise, Plume .
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C


Merci, Plume, pour ce très très beau commentaire.



E
un escalier solennel, qu'on imagine monter vers le palais de justice ou la salle des mariages. l'usure raconte bien des choses...
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C


Il se trouve en fait dans un hôpital, Emma. Mais je ne voulais pas mettre d'indication de lieu en légende, pour que cet escalier puisse rappeler à tous d'autres escaliers, d'autres vieilles
marches.



J
Les anciens ne sont-ils pas là, avec la lampe de l'expérience dans le dos pour éclairer le chemin de ceux qui leur succèdent ? Cela ne veut pas dire qu'il faille mettre nos pas dans les leurs mais
éviter de commettre leurs erreurs ! Belle journée Carole. Joëlle
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C


Très belle, cette "lampe de l'expérience", Joëlle ! Merci.



M
Une belle réflexion sur l'influence des aînés dans nos vies quotidiennes, sur ces fantômes qui n'en sont pas car nous marchons dans leurs pas sans même nous en rendre compte. Ils nous modèlent un
peu, malgré nous, et c'est tant mieux.
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C


C'est très beau, ce que tu écris là, Mansfield, merci !



B
Comme toi, j'aime ces vieilles pierres et ces escaliers qui gardent l'empreinte du temps... Bonne journée
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C


Merci, Balladine. Je sais que tu les aime !



J
J'aime bien l'ondulation de l'usure !! Un peu comme des vagues qui emportent... merci Carole ! Jill
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C


Des vagues, on a cette impression, et sur les vagues, on peut aller loin.
Merci, Jill. 



D
ces escaliers sont beaux. comme souvent les vieilles pierres. et le commentaire est tellement vrai. des lieux qui font penser.
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C


Merci, Dominique. A bientôt.



M
Bonjour Carole,

Ta photo est magnifique. Et les mots qui l'accompagnent également. J'aime cette profondeur, ce regard qui va au delà...
je vais m'abonner à ta newsletter.

Douce journée Carole ;)
Martine
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C


Merci Martine, tu as beaucoup fait, par ce commentaire, pour me rendre douce cette journée !


A bientôt.



R
C'est aujourd'hui votre pénultième paragraphe qui donne le ton de la réflexion : pour aller de l'avant, pour être soi, il faut aussi savoir s'appuyer sur ce que nous ont enseigné les Anciens
...

C'est à mon sens une leçon universelle.
Malheureusement souvent ignorée ... notamment de politiciens ou d'hommes d'État.
Un exemple historique parmi tant d'autres : si Hitler avait mieux connu les campagnes napoléoniennes, il n'aurait pas envoyé à la mort certaine son armée combattre Moscou en plein hiver !
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C


Alors, heureusement qu'il était inculte, sinon... ! mais, pauvres jeunes soldats, tout de même, qui tous n'étaient pas nazis...


Plus sérieusement : je remarque que vous inversez les termes de ma conclusion. Je disais : s'appuyer sur le passé et aussi aller de son propre
pas, sur des marches neuves, loin des rampes qui guident. 


Cela me plaît infiniment, ceci dit. Pour moi, quand on continue un de mes textes ou qu'on le réoriente, c'est "mission accomplie", car ce sont les suites, les prolongements et les discussions
ultérieures, qui comptent. L'auteur doit seulement donner l'impulsion, déclencher la réflexion. 



C
Bonsoir Carole,
Je suis charmée par cette magie qui émane du vieil escalier, épine dorsale du temps où s'imprègnent les pas...
Dans ce très beau texte, les sensations se mêlent aux frissons du sacré. Respecter ce qui fut mais être soi, garder son indépendance et suivre son chemin. La rampe est comme un ruban métallique
vers le ciel et les mystères de l'existence. Merci beaucoup pour nous conter l'âme des choses qui nous entourent.
Bonne soirée et excellent début de semaine. Amitiés.
Cendrine
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C


Que j'aime ton commentaire, Cendrine, avec cette belle évocation que tu fais de la rampe !


Merci, je suis très touchée. Amitiés et excellent début de semaine à toi aussi.