Une rencontre au soleil du soir

Publié le par Carole

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    Un rayon du couchant avait posé sur l'oeil vide l'étincelle de vie. L'ombre bleue dévorait le front creux de rides ardentes et de soucis profonds, remodelait les tempes jusqu'à l'os et emplissait les lèvres lourdes d'une plainte enfin pure, vraiment humaine.
    Le mascaron des rues s'était animé, il était devenu visage, il avait atteint ce soir-là cette perfection qui l'avait toujours habité, mais que le quotidien recouvrait jusqu'alors pour moi de sa patine d'indifférence et de banalité. C'était comme si le soleil du soir, fouinant négligemment, avait trouvé le rêve enfoui par l'artiste au coeur de la pierre inerte et me l'avait rendu enfin visible. 
 
    C'est ainsi. Pour qu'une oeuvre révèle sa vérité cachée, sa perfection secrète, il faut que le soleil le veuille. Il faut qu'y coure la lumière juste, que s'y penche l'ombre favorable, que passe au bon moment dans le soir ébloui le badaud qui regarde.
    Il n'y a pas de chefs-d'oeuvre, il n'y a que des rencontres. Certaines passent, légères et séduisantes, mais si vite oubliées, vrais déjeuners de soleil. D'autres, tardives, se poursuivent au-delà de la nuit, longues et nécessaires, comme un dialogue avec l'ami.
    Qui peut savoir pourquoi ?

 

Publié dans Nantes

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N
...et la beauté est dans l'oeil qui regarde (sur Arte hier, dans le Philosophie sur l'art contemporain).
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G
L'heure idéale pour que le soleil façonne les reliefs d'une sculpture, magnifique.
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C


En photo, ce qui compte, c'est "l'instant T", comme dirait mon prof. Merci, Gérard.



A
Quel plaisir de revenir ici, "il n'y a que des rencontres", instant favorisé qui ensorcelle le regard pour le porter plus profond. Belle soirée Carole, à bientôt.
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C


Et quel plaisir de te retrouver, Adamante ! A bientôt !



V
Extraordinaire remarque : "il n'y a pas de chefs d'oeuvre, il n'y a que des rencontres..." En effet tout est dépendant des circonstances, de l'humeur, de l'attention... et tu l'exprimes comme
toujours avec une grande poésie et une grande profondeur.
Merci aussi pour le générique de Peau d'Ane, qui nous montre un Michel Legrand expert en imitation de JS Bach ; je n'avais pas vu le film, et cette dimension du génie de Legrand valait d'être
remarquée !
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C


Un très beau film, et une très belle musique en effet, avec ce "baroque-jazz" de Michel legrand, si je peux oser l'expression.



A
Il n'y a pas de chefs-d'oeuvre, il n'y a que des rencontres : un belle définition de l'art.
J'ai souvent pensé, au Louvre ou ailleurs, que l'on passait trop souvent, pressé, devant des oeuvres qui ne comprenaient pas les raisons d'une telle indifférence. Peut-être manquait-il les rayons
d'un soleil couchant, ou la patte du poète, pour voir ce que le regard ne percevait pas ?
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C


Je l'ai souvent pensé aussi. C'est ce qui m'a menée finalement à ce petit texte. merci, Alain.



M
La rencontre, ce moment magique fait d'occasion, de hasard et de disposition personnelle... C'est toujours un éblouissement.
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C


Et dont les lois nous échappent. 



J
J'aime bien le reflet de son ombre aussi, merci Carole....
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A
Peut-être qu'une part de mystère est souhaitable et nécessaire pour attiser notre curiosité puis sublimer notre exaltation devant la découverte d'une oeuvre d'art ou d'une personne...
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C


Sans mystère, pas de fascination.



C
La photographe tout autant que le soleil est ici "révélateur".
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A
Et pourquoi ces rencontres, ces "éblouissements" ces oeuvres qui s'adressent à nous et nous transportent quand d'autres les ignorent, qu'est-ce ces rencontres racontent de nous, de notre moi
secret, de notre histoire?
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M
la lumière donnant vie à la pierre. Magnifique sculpture que vos mots subliment.
j'aime. Merci Carole
Bon dimanche
;)
Martine
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J
Cet article Carole est poétiquement très beau
la lumière est là, non pas pour éblouir, mais pour révéler le sujet et sa part d'ombre.
Merci
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