Un Mondrian sur les murs de la ville

Publié le par Carole

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    Au coin de l'ancien palais de la Bourse, occupé aujourd'hui par le magasin rutilant d'une Fnac, et demain peut-être par l'un de ces hôtels de luxe qui fleurissent dans la ville à mesure que ses rues s'emplissent de mendiants, un carreleur de la nuit, un de ces clandestins de l'art qui ravalent les murs quand nous dormons, a posé, très haut, ce tableau faïencé.
    14 carrés au carré qui font un petit Mondrian, et un vrai socle de perfection. Vitrail de céramique repartageant le monde en ses couleurs et en ses lignes. Labyrinthe où les rues s'en vont toutes d'accord vers l'unique angle droit. 14 carrés² posant sur le gris grumeleux du mur les promesses si pures de la raison.
    J'aime beaucoup Mondrian. J'aime beaucoup que l'on aime encore Mondrian, dans ce monde incertain qui se noie de ne plus savoir sur quels murs, quels angles ou quels carrés, appuyer son passage.
     J'aime aussi ce courage, cette étrange obstination de celui qui soudain s'est résolu à sortir, au plus noir et au plus solitaire de la nuit, muni d'un seau de ciment et de quelques carreaux de faïence, pour se percher sur une échelle, sur une gouttière ou sur le bord glissant d'une terrasse, dans le froid et l'obscurité, afin d'accomplir ainsi un forfait artistique longuement médité, et tellement inutile, souverainement insignifiant, presque invisible dans l'immensité urbaine.
     Il ne s'agit pas de laisser son nom, il ne s'agit pas de marquer sa trace, il ne s'agit pas de plaire. Juste de dire moi aussi.
     Moi aussi, voilà.
    Moi aussi Mondrian. Moi aussi peintre et penseur des couleurs et des lignes. Moi aussi collectionneur ornant la ville comme mon salon, moi l'inconnu, le vagabond des nuits.
    Vous aussi visiteurs de musée, vous aussi amateurs distingués, vous les passants pressés qui allez au travail, vous les passants sans logis qui ne savez où aller.
  Moi aussi, vous aussi. Carrelons les murs, reprenons possession du monde, cimentons notre vie et pavons nos chemins en couleurs décidées, en lignes résolues, bâtissons...

 

Publié dans Nantes

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P
Pardon de rompre un lourd secret médical ... J'ai aussi la Mondrianite. La pathologie est chronique et irréversible. Une preuve : http://photogus.over-blog.fr/article-piet-photo-2-112933968.html
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C


En effet ! Je vous conseille de ne jamais vous soigner... 



A
Bonsoir Carole,
comme Emma, je pense qu'un petit lutin te précède, elle à devancé mon idée !Ou tu possèdes des lunettes magiques ! Je rattrape mon retard, je remonte le temps!
Bises et merci!
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C
Bâtisseur et de rêves, alchimiste des couleurs qui pose ses idéaux sur le mur gris, comme un défi.

L'art de Mondrian c'est une musique, un sentiment qui pulse et qui jaillit de son écrin pour recréer le regard des passants.

Ton regard ne cesse de m'enchanter...

Cendrine
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V
Pas de signature, pas de moi, juste le désir de partager une certaine vision du monde peut-être. Et cet inconnu là t'a rencontrée ...
Belle journée à toi :-)
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V
Bravo en effet à ces artistes...
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E
il y a dans ta ville un lutin de la nuit, fou amoureux de toi ou de tes mots, qui brave le froid, le noir, le vertige pour aller déposer des signes que toi seule sais déchiffrer - c'est un jeu
entre vous, et peut être découvriras-tu un jour que tu le connais bien, cet amoureux transi, ou peut être pas... rompre le charme est dangereux
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C


Emma, tu "tiens" un sujet de roman, là... Ecris-le si tu veux, pourquoi pas ? En fait, moi je trouve la simple et modeste réalité déjà tout à fait stupéfiante...



J
Construisons nous un avenir en couleurs alors que tous le monde le voit gris souris. Bonne soirée à toi Carole. Amitiés. Joëlle
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N
C'est réjouissant. Et que tu le voies, et nous le montre.
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M
Inutile d'aguicher l'oeil du passant au regard assoupi, de projeter un éclat de couleur dans l'uniformité de la ville et d'inoculer l'art au coeur de la banalité ? Non ! Essentiel ! Et tu le
montres, tu le dis si bien, Carole.
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A
Les peintres s'expriment par la couleur : il la malaxe, l'assemble, la magnifie, uniquement pour tenter de comprendre, trouver un sens à ce qui les dépasse.
Vincent Van Gogh disait : "Ce que je veux, c'est créer un art qui sera celui de l'avenir... Je voudrais faire des portraits qui apparaîtront aux gens qui les verront dans un siècle comme des
apparitions."
A sa façon, modestement, cet obscur carreleur de nuit était dans le même état d'esprit. Il s'exprimait en copiant Mondrian. Peut-être pour trouver le sens caché de l'oeuvre ? Pour aller plus
loin... lui aussi...
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M
Bonjour Carole,

Certains Mondrian me plaisent beaucoup. Là, c'est original ce "tag". Cela n'enlaidit pas le mur, bien au contraire.

Bon dimanche ;)
Martine
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G
Toujours est il que lorsque tu te promène avec ton APN, ton oeil est très perceptif, bravo Carole
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H
Maintenant je sais mieux pourquoi j'aime tant Mondrian!

Hélène*
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M
Un très beau texte qui s'adresse à nous tous parce qu'il parle de nous tous, de ces traces que nous laissons au hasard ds chemins de nos vies!
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J
Peut-être que certains diront "tu n'as pas le droit de t'approprier l'espace public! interdit! grafitti!dégradation!" mais moi je dis: originale comme forme d'expression,n'abime rien met de la
couleur au gris, j'aime les petits carrés bien associés qui font un Tout agréable mais je suis déçu de ne pas connaître le créateur...
Carole, je continue à apprécier ton regard, à quand l'édition de ton recueil?
Bonne soirée.
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M
Bel exemple de vouloir faire ce cadeau magnifique sans le revendiquer! C'est cela l'art.. l'exemple qui fait avancer. Et toi chère Carole tu as l'art, le chic de nous en faire part avec tes mots
choisis et cela c'est merveilleux de nous faire connaitre ta ville ainsi.. Merci!
Amitiés de Jeanne
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A
Inutiles mais essentiels petits carreaux..
Il y a bien des poètes, dans ta ville que je ne connais pas, je me demande si je saurais en découvrir les empreintes comme tu sais le faire , d'un regard attentif et généreux.
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C


Il faut juste un peu de temps pour remarquer tous ces détails. C'est merveilleux qu'il y ait autant de gens inventifs, prêts à ces petits gestes poétiques.



J
Bonsoir Carole... Je découvre pour Mondrian ! Cette céramique posé ce mur gris lui donne un peu de vie c'est vrai, son utilité, il n'y en a pas mais ce quidam laisse une trace oui, pas une
signature, juste un trace ! Mettons de la couleur dans nos jours avant que la mort nous fasse voir le noir des nuits à l'infini... Merci !
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