Transparences

Publié le par Carole

transparences.psd
 
Jamais, je crois, dans aucune société avant la nôtre, le corps, la chair, n'ont été à la fois aussi présents et insistants  - et aussi absents, évanescents. Simultanément adorés et rejetés. Un simple coup d'oeil aux magazines dits "féminins" suffit pour s'en convaincre.
Partout des injonctions à désirer, à épanouir et à parer son corps, et partout en même temps l'obligation faite aux corps d'être minces, transparents, fantomatiques - non pas jeunes, comme on le dit souvent, mais arrachés au temps ; non pas sveltes, comme on fait semblant de le croire, mais évidés de leur propre substance. Ne parle-t-on pas du reste de silhouettes parfaites ?
Et toutes ces injonctions contradictoires : Aimer toujours ! mais aimer son image au miroir ! "S'éclater" ! mais ne jamais se laisser aller ! Vivre vieux ! mais ne jamais vieillir !  -  Tant de paradoxes absurdes et autoritaires, semblables à ces oracles indéchiffrables qui enfermaient les vies, jadis, dans leurs cercles de mots dépourvus de sens et sans issue.
Qui aujourd'hui n'erre pas, égaré, dans ce monde trop ancien qui se prétend moderne, et qui ne semble plus s'ingénier qu'à ajouter de nouveaux chemins et de neuves impasses au grand labyrinthe jadis conçu par le cerveau de Dédale - ce fondateur de la pensée scientifique et technique ?
 
Le corps est probablement le grand problème des civilisations. Il est tout spécialement le problème insoluble de notre civilisation. Hors des contraintes dictées par une étroite dépendance à la nature, dans un monde réorganisé par la pensée humaine et voué aux abstractions, que faire, en effet, de cette masse de muscles, d'os et de graisse, si imposante, si impérieuse, mais si peu obéissante et si peu rationnelle ?
Et plus nous avançons sur la voie de la machine et de la virtualité, plus le problème que nous pose le corps se complique et s'intensifie.
 
Ces étranges mannequins à la nudité désirable de fantômes, ces ectoplasmes fascinants aux formes parfaites et transparentes, ces corps énigmatiques et figés dans l'attente, étaient posés, dans leur coin de vitrine, parmi tous les reflets de la rue, comme des questions troublantes et sans réponses.

Publié dans Fables

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C
voir mon blog(fermaton.over-blog.com)
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C


merci.



D
notre société est ainsi
le cors se doit d'être mince il fut un temps où les hanches se devaient être larges.
Merci pour cette lecture
Danielle
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C


Mais ce qui me trouble, c'est que les impératifs qui pèsent sur le corps soient si contradictoires, qu'ils nient à ce point la vie et sa diversité aussi.


 



E
J'aime beaucoup ton article et j'y adhère à fond!
C'est le grand problème des civilisations dites évoluées , c'est pour cela qu'il y a autant de mal être chez lEs gens.Les civilisations dites primitives sont beaucoup plus saines car leurs valeurs
sont vraies.
Ta photo et ses interrogations sont magnifiques.
Bon dimanche Carole bisous
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C


Merci, Erato. Il m'arrive aussi de rêver à ces mondes "premiers"...



P
Le corps objet, le culte de l'apparence, la loyauté à l'air du temps ... vaste sujet ...si chacun pouvait se respecter et s'accepter tel qu'il est !
Bon dimanche Carole, Plume .
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C


Oui, c'est un vaste sujet, et une réflexion à mener constamment dans sa vie.


Merci, Plume.



S
C'est drôle parce qu'hier même, en feuilletant un magazine féminin, je tombe sur un article disant non au diktat de la minceur, de l'acceptation de " son corps tel qu'il est" avec une photo de
femme toute jeune et "soit-disant ronde et assumant son âge " ( ils me font rire ) bon très bien mais je continue à feuilleter quelques pages et là, comme de naturel un long "dossier spécial" sur
comment perdre du poids avant le maillot ( ils m'amusent et si on ne va jamais à la plage, là encore il y a un présupposé ) , avec moult photos de jeunes filles filiformes et ravissantes ... Et je
ne parle même pas de tous ces visages et corps remodelés, si laids de leur ressemblance (les poissons sont tellement plus beaux naturellement ! )

Bref, je m'arrête ! sourire
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C


Tu as tellement raison, Servanne ! On pourrait même ajouter à la liste des "formatages" le traitement photoshop (l'outil tampon, l'outil "homothétie"... font des peaux lisses et des corps minces
tous identiques ; sans parler des montages associant plurieurs "morceaux" de corps pour créer un être parfait, et purement imaginaire...), qui provoque une forme de "clonage" des figures de
magazine.


 



J
Le dictat de l'éternelle jeunesse empêche les occidentaux d'accepter leur fin inéluctable. La mort pourtant fait partie de la vie ! Bonne soirée Carole. Joëlle
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C


C'est en effet un aspect important dans ce "problème" du corps en Occident.


Merci, Joëlle



J
Les mannequins de vitrine évoluent aussi... Chaque époque à sa vie et elle change avec les époques... Merci pour tes réfléxions Carole... Bien amicalement, jill
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C


Ils évoluent et ils accompagnent d'autres évolutions.



Z
c'est vrai qu'ils sont curieux ces mannequins..
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C


Curieux, et suscitant la curiosité, je trouve.



E
de l'anorexie à la pornographie, corps nié ou bestialisé à l'extrême, ailleurs dissimulé, oui nous sommes tourmentés par l'incarnation
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C


Des attitudes extrêmes, qui traduisent chacune à leur façon, et toutes ensemble aussi, un malaise profond.



M
Je ne pense pas que ce culte du corps avec tous ces paradoxes que tu évoque soit nouveau et inérant à notre société, je crois au contraire que c'est tout simplement un phénomène de société... qui
dit société, dit contraintes et soucis de l'image projetée...
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C


Il me semble tout de même que la forme assez particulière et inédite sous laquelle se pose le problème aujourd'hui, mêlant étroitement culte effréné et rejet radical du corps (maigreur,
transparence, jeunisme), est liée au développement hyper-rationnel de notre société. Le problème, par exemple, ne se pose pas du tout de la même façon dans l'antiquité romaine, au Moyen-âge ou au
XVIIe siècle. On constate de grandes différences entre toutes ces époques.
Mais toute société rencontre forcément le problème du corps humain et de son image, là je te suis entièrement. C'est même sûrement le point central.