Sur le quai

Publié le par Carole

sur le quai-copie-1
 
Un soir avec les autres sur le quai j'étais là j'attendais comme une autre.
J'ai pris cette photo car la ville est ainsi car le monde est ainsi. 
Le cliché est un peu de guingois comme moi.
On n'y voit pas grand chose.
Juste que tous ces rêves
ces rêves qu'on nous vend
ne changent pas la vie des passagers du soir attendant sur le quai l'heure de rentrer chez eux. 
Ces rêves qu'on nous vend 
sont de grands sacs froissés où l'on fourre le butin du Secours populaire du Secours catholique.
Ces rêves qu'on nous vend
sont traînés dans la ville par des passants courbés encombrés de fatigue et de lourde existence.
Ces rêves qu'on nous vend
échouent comme les gens sur les quais sur les bancs dans la pénombre lasse.
 
J'ai pris cette photo j'avais froid ce soir-là et je ne rêvais pas. J'attendais sur le quai j'attendais sous la pluie j'attendais comme une autre et voilà c'est ainsi.
C'est ainsi qu'est le monde c'est ainsi qu'est la ville c'est ainsi que l'on vit avec ces rêves-là.
Ces rêves qu'on nous vend.

Publié dans Nantes

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Gérard 24/03/2013 22:37

Très forte ta photo, bravo

Nais' 24/03/2013 21:58

Bonsoir Carole !
Ces rêves en soldes, on nous les vend sans arrêt et pourquoi ?...
Ton texte me donne à réfléchir !
Bises, bonne soirée

Nounedeb 23/03/2013 14:28

Serais-tu au rendez-vous de tous les rêves?

Mansfield 22/03/2013 17:18

Pourquoi nous contenter des rêves qu'on nous vend quand gratuitement nous pouvons élaborer les nôtres? Il est plus facile, je crois de nous laisser faire ou bien la vie nous écrase sous son poids,
hélas... Merci Carole.

Valentine :0056: 22/03/2013 17:03

Ah ! voilà ! La musique est bien de Léonard Bernstein ! Je croyais que c'était de "Marin Alsop" et que Bernstein n'était que le chef ; avec deezer tu n'es pas très bien renseigné. Et quand tu
cherches le film sur internet impossible d'avoir le moindre renseignement sauf sur Wikipedia. Ouf. Heureusement qu'elle existe tout de même cette encyclopédie ; on en dira ce qu'on voudra les gens
qui la renseignent font tout de même leur possible pour qu'elle soit fidèle et utile. Oui on reconnaît bien Bernstein, d'ailleurs j'ai déjà dû entendre cette musique dans le microsillon que j'avais
de sa musique de film.

Carole 22/03/2013 21:40



Oui, c'est de Bernstein, il y a des passages qui rappellent un peu West Side Story, je trouve.



Valentine :0056: 22/03/2013 16:55

Beau poème et belle photo... "Ces rêves qu'on nous vend", ce sont les jolis sacs de courses ? Merci aussi pour la musique de ce film que je ne connaissais pas (ni la musique, ni le film !)

Carole 22/03/2013 21:40



Un film d'Elia Kazan, avec Marlon Brando.



Lorraine 22/03/2013 16:20

On nous vend des rêves, du bonheur en toc, de l'illusoire, de "l'indispensable" pour qui s'y laisse prendre...et pendant ce temps les passagers du soir épuisés, fourbus, rentrent dans un chez soi
sans feu..s'ils ont un chez soi!Sinon ils vont dans le dortoir d'un accueil social. Mais qui, à part ces Secours généreux et discrets, se soucie d'autrui?.. Qui s'attarde à parler des "rêves qu'on
vous vend", à part toi, Carole, au regard aiguisé et humain.
Lorraine

jamadrou 22/03/2013 10:44

Excuse-moi Carole, j'ai oublié de te dire que ta photo est belle dans sa simplicité, ton regard vif sur la misère, ton regard lumineux dans le flash de ton appareil...
tout cela est beau
Tes photos témoignent je souhaite que ton écriture te protège. Jacqueline.

jamadrou 22/03/2013 10:34

My Dream
Ces rêves qu'on nous vend
dans des grands sacs colorés
sont des rêves artificiels
sitôt possédés sitôt respirés
il faut retourner acheter
toujours plus toujours plus fort
ces rêves qu'on nous vend et que nous achetons
ne sont que du vent
possession illusion
oui nous sommes possédés
par cette course folle paradis artificiel
pendant que d'autres sur un banc
ne possède rien
juste le vital dans un sac coloré et froissé
My Dream: soupe chaude et toit pour la nuit.
Celui qui possède TOUT
et qui ne voit plus celui qui possède RIEN
il ne lui reste plus qu'à mettre par dessus sa tête
ce rêve qu'on lui a vendu
dans un grand sac coloré
mettre le sac autour de sa tête
bien le fermer
respirer, respirer, respirer
jusqu'à la dernière goutte d'espoir
entrevoir l'extase d'un paradis artificiel
et...expirer.

(ceux qui me connaissent un peu savent que j'ai trouvé une autre parade pour voir mais croire encore à un renouveau...)

Bonne journée Carole, hier j'ai pensé à toi en traversant Nantes.

PHOTOGUS 22/03/2013 09:55

Tout cela nous ramène vite à l'idée d'emprisonnement : tous ces rêves et désirs qu'on nous impose/propose nous bercent, nous droguent puis nous endorment. Nous allons comme des petits robots,
bercés de l'illusion d'être libres, gavés par des envies commerciales, bouffis par l'intérêt individuel, différents et pourtant quasi-identiques. Sauf que ... il y a les blogs ! Où la liberté, la
créativité, l'esprit de jugement et le regard de certains s'expriment. Enfin une porte de sortie ! Merci de nous ouvrir la vôtre !

Catheau 22/03/2013 08:52

Le rêve, malgré tout, d'un pâle soleil du soir...

zadddie 22/03/2013 08:29

l'un des moments les plus vrais....la sortie du travail, dans les transports, avant de reprendre un masque..

Carole 22/03/2013 21:41



Le matin aussi, très tôt, quand il fait encore nuit et qu'on est entassé... ça m'impressionne toujours.



jill bill 22/03/2013 08:11

Bonjour l'oeil de Carole... Insolite, secours populaire dans un sac à rêve... pour tout bagage, merci !

Richard LEJEUNE 22/03/2013 07:47

Avec vous, Carole, l'autre devient l'Autre ...

Lévinas n'est pas loin !

Anne-Marie 22/03/2013 07:32

Comme j'aime beaucoup Souchon, tes textes m'y font souvent penser, et crois-moi, pour moi, c'est un compliment. Alors je pense à la chanson "Petit tas tombé" ou bien à cause de cette histoire de
sac à "C'est déjà çà". Des textes percutants et humanistes comme les tiens...
"Y'a un sac de plastique vert
Au bout de mon bras
Dans mon sac vert
Il y a d'l'air
C'est déjà ça
Si loin des mes antilopes
Je marche tout bas
Marcher dans une ville d'Europe
C'est déjà ça"

almanitoo 22/03/2013 06:52

C'est très beau "un soir avec les autres".
Cela montre et c'est très rare, que pour toi, ces malheureuses personnes démunies vivent avec toi et non à côté.

Et oui, quelle triste et cruelle ironie de les voir trimbaler leur misère dans des sacs de luxe...

Carole 23/03/2013 00:09



Les transports "en commun" offrent souvent ces expériences. A certaines heures et en certains lieux, on plonge dans "la vraie vie" - ou simplement l'envers du décor (ou des sacs de luxe). J'avais
raconté cela aussi dans "Les ombres. Paroles de mendiants", et dans "Au bord de la route".