Soldes

Publié le par Carole

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    Il faisait aujourd'hui, après tant de jours noirs et glacés, un temps délicieux, printanier. Je marchais dans la rue, le pas dansant, l'esprit léger, comme j'aurais marché vers moi-même, quand j'ai été arrêtée par ces soldes :
 
    "-50 % sur tout l'hiver"
 
    Comme elle y allait, la vitrine emplie de ciel et de lumière, avec ses affichettes vertes bondissant sur le verre en longues sauterelles, comme elle chantait, comme elle stridulait pour attirer les passants : "Allons, venez et achetez, liquidons-le, le sombre hiver, finissons-en avec les pluies en stocks, les nuages de bure noire et les brouillards de laine grise, faites-en provision à bon compte pour vos vieux jours, emplissez vos placards à naphtaline et vos malles au grenier, et puis n'en parlons plus ! Bazardons-le, le vieil hiver, des hiers dépassés faisons table rase, pour enfin faire entrer à l'étalage les ciels tremblants de soie, les délicats nuages de fine mousseline, les doux matins de gaze rose, les forêts bleues de velours tendre, les grands jardins de liberty, les caracos de lamé flambant, les moires flottantes des écharpes, et les décolletés de soleil... tout le printemps des étoffes et des colifichets !" Je me serais laissée séduire, peut-être, si je n'avais été hélée, un peu plus loin, par une autre vitrine criaillante qui affichait déjà, en couleurs bien plus vives, sa première collection de printemps.
    C'est si curieux, ce langage impérieux de la mode, qui nous vend l'hiver, le printemps, l'été, l'automne, au mètre et dans toutes les tailles, et toujours en avance, comme des objets de désir aussitôt obsolètes - alors que les saisons qui vont en cercle autour de nous battent si calmement, si sûrement, pour nos coeurs de vivants, la grande pulsation d'éternité - ce rythme heureux de valse qui toujours recommence.

Publié dans Fables

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Balladine 18/02/2013 11:22

Bravo pour cette page pleine d'humour qui nous rappelle que le rythme des saisons n'est en rien dans la nature, mercantile.
On est poussés, pressés, comme des hamsters pédalant sur une roue, à suivre la mode. Il y a bien longtemps que j'ai freiné des quatre fers! Bonne journée

M'amzelle Jeanne 18/02/2013 08:56

Quelle frénésie de vouloir aller toujours plus vite de dépasser le temps alors qu'il n'a même pas terminé son rythme
Pourtant le printemps arrive.. soyons prêt à le recevoir dignement!
Merci pour tes mots si jolis!

Adam 17/02/2013 18:11

C'est vrai, depuis deux jours chez moi, c'est le bonheur avec ce soleil et ton billet en rajoute en sourires. T'es incroyable, merci Carole, bises ;0))

Nounedeb 17/02/2013 17:54

50% sur tout l'hiver! Comme on aurait voulu cette annonce dès la fin de Décembre. Nous en sommes au mitan. Peu à peu il sera liquidé!

Mansfield 17/02/2013 17:23

Tu as parfaitement défini la monde, futilité, urgence, incitation, acquisition puis désuétude, rejet, et les saisons passent... Un bel article.

Valentine :0056: 17/02/2013 15:51

:)) Amusante, ta musique !!
Sinon, ton hiver en soldes me rappelle un film qui m'avait frappée dans mon jeune âge - ou plutôt un passage de ce film que j'aime à me remémorer souvent : il s'agit de l'Arbre aux Sabots (palme
d'or à Cannes en 1978); à la mi février, le grand-père emmenait ses petits-enfants dans les champs avec des tambourins et des boîtes de conserves et tout le monde faisait un boucan du diable pour
chasser l'hiver en scandant :
"Frappez fort ! Frappez mou !
On n'veut plus d'l'hiver chez nous !"
Je pense toujours à ça ici chaque mi-février....!!

Carole 18/02/2013 10:56



Magnifique référence, Valentine, merci.



Nais' 17/02/2013 14:28

Bonjour Carole !
Oui, soldons-le, ce fichu hiver qui dure qui dure ! Mais qu'il revienne comme chaque année dans quelques mois... Pour ne pas perturber le beau cycle que tu décris là !
Bises, bonne journée

Carole 18/02/2013 10:53



Tu as tout dit, là, Naïs !



emma 17/02/2013 09:52

bien vu ! coup de balai sur une musique de ballet...

Carole 18/02/2013 10:55



Merci pour le jeu de mots qui me convient à merveille.



Anne-Marie 17/02/2013 08:14

Contrairement à mes petits camarades, je suis contente de solder l'hiver, et même le vendre à perte, ou de le céder au plus offrant. Je veux acheter de la chaleur, troquer la grisaille contre
l'abondance des couleurs , de senteurs,échanger les vêtements trop lourds contre des tenues légères!
Merci pour ce texte..

Carole 18/02/2013 10:56



Oh, moi aussi, comme je l'ai écrit, j'ai failli "me laisser séduire" : c'est si doux, le soleil en hiver.



almanitoo 17/02/2013 07:46

Ces vitrines accélèrent le rythme de nos vies, pressées de vendre d'hypothétiques lendemains toujours plus roses.
A toujours vouloir plus et plus vite, nous oublions d'apprécier le temps présent, c'est un peu ce que dit la fable...

Carole 18/02/2013 10:55



Ce décalage entre le temps social et le temps naturel ne cesse de s'accroître - maladivement, je crois.



Hélène Carle 17/02/2013 05:13

Le désir toujours en avant du rythme serein de la vie.

Pour moi l'hiver est si majestueux dans son blanc parfait diamanté de pépites argentées, je n'ai jamais envie de le voir s'éloigner. C'est une saison qui n'en est pas une, un espace à part,
suspendu. Bon, je ne suis pas bon juge, j'adore l'hiver.

Toujours un grand plaisir à te lire Carole!

Hélène*

jill bill 17/02/2013 00:50

Le pauvre pas le temps de mourir que déjà le printemps le pousse en bas du rayonnage... Moins 50%, allez j'entre.... Merci Carole...