Romans de Toussaint

Publié le par Carole

cimetiere-Blois.jpg
Cimetière de Blois
 
Souvent, à la Toussaint, en visitant ses propres morts, on visite un peu aussi, dans le vieux cimetière, en voisins, les inconnus des tombes anciennes qui s'écroulent.
On déchiffre les noms, on observe les dates à demi effacées, on compatit, on sourit ou on s'interroge, comme si on lisait un récit presque éteint venu d'un autre siècle. En peu de mots se tracent des existences que le présent livrait au hasard, mais que la mort a changées en destins - ou en romans, puisque tout roman est un destin posé sur le hasard des vies.
Thérèse... André... une jeune mère, un enfant emporté peu après... c'était en ces années où sévissait la tuberculose. On tourne lentement les pages de l'histoire sanglotante de ces jeunes vies souffrantes, de la douleur du veuf laissé tout seul...
Et là, ce chevalier qui a laissé son heaume, résolument tourné vers l'ouest, sous cet étrange bateau de granit retourné, quelle aventure a-t-il voulu commémorer ? Quel destin de conquistador ou de don Quichotte ? Hélas, la visière du grand homme ne s'ouvre plus que sur la pierre...
 
cimetiere-Blois-chevalier-copie-1.jpg
 
On marche, on lit, on se raconte ces existences inconnues. On leur tend au passage un brin de cette éternité fragile qui ne dure que le temps du récit. Peut-être nous en sont-ils reconnaissants malgré tout, les pauvres morts bien oubliés ?
 
Les vieux cimetières sont des romans aux centaines de tomes-tombes, récits fanés-rouillés-brisés de tant de vies perdues. 
Page à page le temps les feuillette, les ternit, les recouvre, et bientôt les efface - comme tous les romans.

 

Publié dans Blois

Commenter cet article

Catheau 03/11/2014 18:51

Ce heaume déposé, oublié, nous dit la fin des temps chevaleresques.

mansfield 03/11/2014 07:51

Comme c'est vrai, ces cimetières sont des bibliothèques, on peut y passer des heures entre les allées sans s'ennuyer et plutôt agréablement!

Cristophe 03/11/2014 00:29

J'aime aussi les romans de Toussaint Jean-Philippe, qui est un auteur bien vivant.

Carole 03/11/2014 01:07



Et j'aime bien aussi Toussaint-Louverture... Il y en a, des "Toussaint" en ce monde.



Nounedeb 02/11/2014 17:33

Les cimetières récents n'ont plus ce charme. Je regrette que les tombes à présent, en granit poli inaltérable, ne laissent plus passer le temps. Elles semblent immortelles. Et, paradoxe pour
honorer les morts, sans vie.

Carole 02/11/2014 17:40



Ce qui a changé, aussi et surtout, c'est le caractère limité des concessions. Ces cimetières nouveaux ne deviendront jamais de "vieux cimetières".



flipperine 02/11/2014 16:53

j'aime me promener dans les cimetières et voir tout ce qui est inscrit sur les tombes et auparavant on voyait de quoi étaient décédés les anciens

zadddie 02/11/2014 14:26

c'est une autre ambiance...

Quichottine 02/11/2014 11:54

Que te dire sinon que j'aime ta façon de nous raconter ces vies que le cimetière garde encore, pour ceux qui comme toi savent encore les imaginer ?

Merci, Carole.
Passe une douce journée.

Mamilouve 02/11/2014 11:26

Si la balade du cimetière est toujours un peu triste, elle est aussi passionnante car elle propose aux promeneurs des histoires de vies, des histoires de morts qui s'entremêlent, se décryptent
comme des romans, en effet, en laissant à chacun la liberté de l'imagination pour combler les vides.

Michèle F. 02/11/2014 10:46

Quand je vais à Paris, le but d'une de mes promenades est souvent le cimetière Montparnasse : Baudelaire, Beckett, Sartre, Simone de Beauvoir, Gainsbourg, le fils d'une de mes amies mort à 18 ans,
etc... Des hommages sont déposés sur les tombes. Celle de Beckett est comme par hasard une des plus dépouillées. Il y a aussi des tombeaux étonnants par leur architecture, les symboles déployés et
souvent, nous ignorons le nom de celui qui gît en-dessous avec tant d'éclat en surface.... Mais naturellement, ce n'est pas nous qui décidons du style de notre tombeau.

JC 02/11/2014 10:16

Avec ton regard profond, tu sais faire revivre tous ces gens, tous ces instants.Il n'y a donc pas de roman éternel ! Amitiés. Joëlle

Aloysia 02/11/2014 09:49

Il est extraordinaire ce cimetière que tu nous fais ainsi visiter ! Oui cette tombe du début est vraiment bouleversante, avec ce nom fané qui nous évoque un terme de rejet du moyen âge (Villain =
paysan) aujourd'hui resté bien péjoratif et plus du tout utilisé en nom de famille, alors qu'il signifie clairement : "de la ville"... Et cette petite jeune femme qui aujourd'hui serait à peine
étudiante et semble être morte en couches ... Mais non, comme tu le dis, si le bébé avait un an, c'est que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Et un bébé prénommé "André", c'est cela qui nous amuse
le plus, nous qui ne voyons d'André qu'ayant passé soixante-dix ans ! Quant au casque, il est vraiment pittoresque et inattendu.

Carole 02/11/2014 15:23



Je crois que le nom de famille "Villain" reste répandu. Peut-être y a-t-il des variations selon les régions, mais il se rencontre couramment en Loir-et-Cher. Et l'ancienne "villa" se retrouve
encore dans bien des noms de lieux aussi.


Cette jeune morte et ce bébé sont tragiques et si discrets dans leur vieille tombe modeste.


Quant au casque, il est visible de loin, et je m'interroge chaque année. Mais la pierre tombale est devenue entièrement illisible, si bien qu'il ne reste qu'à imaginer... toutes sortes de romans
!



May 02/11/2014 09:23

Jolie manière de garder une porte ouverte à ceux qui ne sont plus les souvenirs de personne ...

almanito 02/11/2014 08:42

Je suis toujours fascinée par ces très anciens cimetières où l'on voit de véritables monuments que les gens ont fait édifier à leur propre mémoire, parfois en se privant toute une vie. Ultime et
dérisoire orgueil des pauvres humains défiant le temps.

M'mamzelle Jeanne 02/11/2014 08:21

Se promener entre les tombes lire l'espace de temps qui fut le leur, est un moment de réflexion que j'aime... fait réfléchir à ce que nous sommes.... de passage!

louv' 02/11/2014 08:09

Oui, des romans, précisément. J'aime aussi flâner parmi ces tombes inconnues, imaginer...Mais surtout pas à la Toussaint, car alors il est triste de voir ces pierres nues...

jill bill 02/11/2014 01:35

Il est de ce tombes anciennes, "monumentales" parfois qu'on peut voir qu'importe le nom du cimetière, Père Lachaise ou non... comment ne pas les voir et avoir pour eux une pensée, et des questions
aussi... merci Carole !