Retour du bal

Publié le par Carole

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Cette photo est la dernière que j'ai prise du "Voyage à Nantes", qui vient de s'achever...
J'avais admiré - et bien sûr photographié - le grand tableau d'Alfred Roll, intiutlé "Retour du Bal", que le musée des Beaux-Arts avait confié aux galeries Lafayette, rue de Verdun. Dans la vitrine c'était si troublant de voir la rue, avec ses maisons, ses enseignes, ses passants et ses véhicules, se superposer, mobile, au tableau immobile, de voir une foule passer sur l'or du cadre, avancer dans la traîne de la robe de soie, marcher sur le bouquet de roses rapporté du bal, traverser le regard de l'élégante, de la belle pensive arrachée par le peintre, par la vitrine du grand magasin, à l'intimité de sa toilette du soir, à ses rêves de la nuit. 
 
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Dans mon dos j'entendais une jeune fille chanter - assez faux, car l'air est difficile, mais d'une jolie voix très claire - le célèbre "Alabama song" de Kurt Weill.  
Et puis brusquement elle a cessé de chanter, et, simultanément, pour la première fois je l'ai vue, distinctement, dans la vitrine : elle était vêtue de rose, mais elle portait, elle, une robe courte et des chaussures de sport.
Elle avait posé au sol, au lieu de fleurs, ses quelques affaires, comme le font les mendiants, et manifestement elle faisait la quête. Pourtant... quand on fait la manche, d'habitude, on ne chante pas Kurt Weill, même revu par Jim Morrison... elle n'avait pas l'air misérable du tout du reste... plutôt l'allure d'une Lola d'aujourd'hui... oubliée dans la rue, au retour du bal ou d'un bar de Mahagonny, par on ne sait quel Michel parti plus loin chercher fortune.
Etrange jeu de facettes où le Voyage à Nantes avait rejoint le Voyage de la vie, où la toile du peintre avait rencontré la vie de la rue, qui elle-même avait rejoint la vie factice de la scène et du cinéma...
L'art était l'image du réel, et le réel était le miroir de l'art... rien n'était plus simple au fond,  je le savais depuis longtemps. J'ai eu, pourtant, un moment de vertige.

Publié dans Nantes

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E
Un instant de vertige , de déstabilisation entre tes mots et tes photos. Où est la réalité, qu'est la réalité, quel image , le regard veut-il garder? Un billet subtil magnifique ( comme toujours)
Belle soirée Carole
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C


Merci, Erato, ton compliment me touche infiniment. A bientôt.



G
pas Eliane mais Gérard
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C


Ah d'accord, tu as une alter ego ! Quelle chance !



E
J'aime beaucoup cette confusion en reflets du tableau et la vie de la rue. Belle idée Carole
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C


Merci "Eliane".



Z
tes associations d'images sont belles sais tu?
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C


J'essaie, j'expérimente... Merci, Zadddie !



H
C'est magnifique Carole!
Quel jeu de la vie qui nous sourit sans cesse dans ses mille replis! Les leçons sont partout comme sur ces cathédrales où tout est prononcé dans la pierre.
Le don de regarder, le don de transmettre, la vie te les a accordés.

Encore et encore et toujours merci à toi.

Hélène*
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C


Merci, Hélène : tu as raison de parler de cathédrales : tout "parle" autour de nous. Il suffit d'écouter - ou de lire le monde qui nous entoure. Il me semble que c'est aussi ce que tu fais...



J
Je comprends ta sensation de vertige devant ces rencontres simultanées et inattendues. Jeu de miroirs, mise en abîme. Un moment dont tu te souviendras longtemps ,je crois! Amitié. Joëlle
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C


C'était si étrange. Mais il faut préciser que cette étrangeté faisait partie du "Voyage à Nantes". C'était une merveilleuse idée que d'installer un tableau dans la vitrine d'un grand magasin,
miroir immense ouvert sur la rue.



C
Une troublante mise en abyme que vous n'avez pas manqué de saisir !
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C


La mise en abyme était déjà contenue, je crois, dans le projet de mettre dans la vitrine d'un grand magasin ce tableau... il n'y avait plus qu'à venir voir - et entendre.



N
Une nouvelle superbe variation sur les reflets. Et Carole était là...
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C


Remarque bien qu'on est toujours "là", car il se passe absolument partout et absolument tout le temps des choses passionnantes !



E
Dieu créa les nuits qui engendrent les rêves, et les formes des miroirs pour que l'homme sente qu'il est reflet lui-même et vanité. JL Borges
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C


Je retiens ta belle citation, labyrinthiquement borgèsienne... 


Merci, Emma, Amitiés



R
Moments de vertige aussi qu'induisent et la lecture de votre texte consubstantielle aux clichés que vous proposez : reflets ?, passage à travers le miroir ?, mise en abyme ? je ne sais trop ...

Simple remarque : je n'adhère pas vraiment à la voix de Lotte Lénya ; dans un répertoire fort similaire, je préfère, et de loin, Ute Lemper ; mais ce n'est évidemment qu'un avis qui n'engage que ma
sensibilité personnelle ...
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C


Lotte Lenya, tout de même, nous ramène à la version originelle de ce bel opéra. C'est un peu grinçant, un peu "vulgaire" (je l'entends au sens d'un jeu volontaire d'actrice) , et je trouve que
c'est bien l'ambiance de "Mahagonny"...


J'aime beaucoup Ute Lemper aussi, évidemment, mais de toute façon je n'avais pas le choix, car le service "deezer" d'OB ignore cette grande chanteuse.


 



J
Bonjour Carole ! Une p'tite dernière insolite... Oh oui cet air que j'écoute chez toi n'est pas donné mais j'aime bien... Encore une fois tu as su mettre en scène avec tes mots ce que tu as pris en
photo, vu et entendu... Nantes a trouvé en toi une autre artiste, clin d'oeil de jill
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C


Merci, Jill. L'air de l'opéra est difficile, mais il a été popularisé par "The Doors", si bien que beaucoup de jeunes le connaissent.