Rapacité

Publié le par Carole

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 Nantes - Fresque "rapacité" - rue Corneille
 
 
Rapacité, tu n'es pas un vautour, car tu changes en charogne tout ce que tu effleures.
Rapacité, tu n'es pas un hibou, car dans la nuit tu ne traces aucun chemin.
Rapacité, tu n'es pas même une harpie, car aucun dieu ne te conduit.
Rapacité, tu n'es pas de l'espèce des rapaces, amis du vent, des arbres et des rochers, toi qui ne vis et ne prospères que chez les hommes oublieux des vieilles lois de la terre et du ciel.
 
 
Rapacité, tu as d'abord doucement cogné du bec à notre porte, et nous t'avons laissée entrer - comme nous aurions laissé entrer notre ombre.
Quand tu as fait ton nid sur nos corps glacés, nous avons cru à ta chaleur.
Tu nous as parlé de profit, nous avons entendu progrès, des deux mains nous avons signé.
Tu as dit que le bonheur était une lourde charge, qu'il nous empêcherait de voler comme toi, alors, lâches enfants de Dédale, nous avons affûté tes serres pour que tu nous saisisses et que tu nous évides avant de nous jeter au vent.
 
Voilà que tu t'apprêtes à gratter notre espoir jusqu'à l'os. A fouiller dans nos âmes ce qui reste de vie. A épuiser les sources de l'enfance, à digérer tous nos soleils. Et nous arrachons lentement, pour t'en donner la chair déjà pourrie, nos coeurs qui palpitent encore de désir - pour toi.
 
Rapacité, le plus grand de tes crimes est de te faire aimer de ceux que tu dévores.

Publié dans Nantes

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G
Ce sont des mots qui portent!!
BRAVO!!
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C
Un prédateur en costume noir, rapace et vorace.
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C


Oh! tous ne sont pas en costume noir bien repérable.



N
Et ce texte ardent me prend aux tripes...
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C


Merci, Nounedeb, de me le dire.



A
Un superbe poème qui fait chez moi écho à l'émission CASH (sur la 2) sur les paradis fiscaux. Une émission courageuse et édifiante sur les comportements de notre société. C'est cette facette ce
matin qui l'emporte à ta lecture. Amicalement.
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C


Plusieurs lectures sont possibles, je crois, mais celle-là s'impose en ce moment, forcément. Je n'ai pas vu l'émission par contre.



E
Un texte que j'aime beaucoup et qui est criant de vérité comme la fresque !Bonne soirée Carole
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C


Merci, Erato. La rapacité est l'un des vices les plus terrfiants je trouve.



E
quel texte ! j'imagine qu'il y a des clés que nous n'avons pas...
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C


Des clés ? Je ne crois pas, à part le fait que la fresque s'appelle vraiment "rapacité" (c'est marqué sur le mur). Ajoutons qu'elle orne un cinéma, ce que je n'ai pas dit.



J
Oups quel texte ! J'aime ce que tu en dis... jill
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C


Merci Jill ! Et merci aussi pour ta "réactivité" : c'est stimulant pour moi.