Racines

Publié le par Carole

Racines
Racines de peupliers - jardin du château à Selommes 
 
 
Mes racines sont profondes, entremêlées, souterraines, rudes et musculeuses.
Sous ma vie elles tracent de grands arbres inverses, des feuillages immenses tout remués de vieilles ombres, des forêts murmurantes de paroles enfouies et de vies enterrées.
Longtemps j'ai marché sur elles en vacillant, trébuchant sur les pièges qu'elles me tendaient, craignant qu'elles ne m'étouffent entre leurs griffes vives, tremblant qu'elles ne m'attachent de toutes les cordes fibreuses de leurs veines.
Puis un jour j'ai couru, j'ai cru les distancer, j'ai cru briser le lien et défaire tous les noeuds.
Alors, sans bruit, elles ont rampé jusqu'à moi, patiemment, très longtemps, comme des bêtes exigeantes et fidèles qu'on ne peut pas abandonner.
Quand elles ont été là, tranquillement sûres de leur droit, je les ai laissé soulever doucement le sol de ma maison lointaine et solitaire, je les ai laissé remuer mon coeur plein d'un très vieil humus. Mes pas s'enfonçaient dans les leurs et retrouvaient les lentes routes oubliées qui menaient aux villages et aux maisons fumantes, aux grands champs moissonnés par le vent, aux visages implorants de ceux qui voulaient vivre encore. Et ces routes qui avançaient en arrière m'emmenaient loin, très loin en avant de moi-même.
 
Racines, longues lourdes racines, le chemin que vous tracez, on ne choisit pas de le prendre,
mais on peut décider de l'habiter
comme un arbre sur la terre.

Publié dans Le village : Selommes

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A
Tu as raison, vivre son chemin et le suivre parce qu'il est relié au cœur de notre vie.
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C


Les racines sont l'origine, l'arbre s'élève mais ne peut les couper sans mourir.



J
Superbe Carole...
Racines parfois inconnues, vraiment trop lointaines ou douloureuses, elles sont là quand même et nous aident à faire grandir l'arbre de notre vie. Un arbre unique en son genre. Un arbre qui a sa
place au soleil de l'existence. Merci Carole. Joëlle
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C


Merci pour cette belle image, Joëlle.



L
Le passé toujours devant soi. Un très beaux textes. Merci pour ce partage. Cosima
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C


Merci, Cosima.



G
Vie et racines sont deux mots très liés à l'existence humaine. Coïncidence j'ai croisé la semaine dernière une personne lisant un énorme bouquin avec ce titre "RACINES " il est tard je file pour
éviter de prendre racines.
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C


En effet, c'est un livre célèbre, et je crois qu'il a donné lieu à une "série" télévisée.
Mais ne va surtout pas prendre racines, tu ne pourrais plus faire de photos, ce serait terrible !



P
Ma fille a toujours eu besoin de racines.Ne pas avoir connu son grand pere (mon pere) a fait qu'à l'age de 5 ans elle a vacillé sur ses petites jambes.Depuis elle est toujours dans cette
recherche.
Pour ma part ce n'st que depuis quelques mois,à la mort de ma maman que j'ai pris reellement conscience de mes racines.Jusque là,je n'en eprouvais pas le besoin.Drole,la vie....
Comme toujours tu es une merveilleuse conteuse des choses de la vie.
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C


Tout ce que tu dis là, Pyrausta, est très juste : je crois que le besoin de "racines" est très fort chez les enfants, puis qu'il se fait un peu oublier, et qu'il redevient très fort dans les
grands tournants de la vie, par exemple les deuils.



M
c'est drôle, j'ai lu récemment dans un autre blog-ami un article sur le même thème et je me suis soudain rendue compte à quelle point il est difficile de vivre sans racines, toujours sur les
chemins de l'errance... aujourd'hui je suis là, ma vie comme entre parenthèses dans l'attente d'un nouveau départ !
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C


Je crois qu'il y a un moment où les "racines" nous rattrapent, alors qu'on avait longtemps cru s'en passer. Des racines, chacun en a, même si, selon les histoires personnelles, elles sont plus ou
moins visibles, et l'errance ne se fait qu'en surface, je crois...


En tout cas, il est vrai qu'on ne doit pas laisser les "racines" entraver un nouveau départ, peut-être le guider ?