Pourquoi nous l'aimons

Publié le par Carole

  Château de Blois - Portrait d'Antonietta Gonsalvus par Lavinia Fontana, 1583
Château de Blois - Portrait d'Antonietta Gonsalvus par Lavinia Fontana, 1583

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Ici, à Blois, nous l'aimons tous. Antonietta.
Elle est notre Joconde, qui nous sourit derrière sa vitre, dans tous les reflets du château.
Fille velue d'un père velu, on l'avait offerte à un roi, qui en avait orné sa cour, comme d'une curiosité rare digne de vivre dans le luxe et la soie. Elle était gracieuse et savante, elle avait un minois ravissant de chat ou de petit oiseau, un beau visage de jeune fille. 
On vous apprendra aujourd'hui qu'elle souffrait d'hypertrichose, une maladie génétique exceptionnelle. Au XVIe siècle, on voyait en elle une jeune sauvage, une soeur du Sigismond de La Vie est un songe, un petit animal merveilleux, transformé par l'éducation et le raffinement en une jeune beauté de cour. Si elle avait vécu plus tôt, on l'aurait sans doute tuée. Si elle avait vécu plus tard, on l'aurait exposée pour faire rire, dans un Barnum quelconque, avec tous les freaks de ce monde. Plus tard encore, on l'aurait opérée, épilée, normalisée — ou cachée.
Pour Lavinia Fontana, qui était elle-même une curiosité de cour – femme-peintre, quand il n'y avait dans le métier que des hommes –  et qui l'a peinte avec un respect délicat et un talent profond, elle fut tout simplement ce qu'elle devait être : Antonietta.
 
Ce qui est à la fois fascinant et apaisant, dans ce portrait, c'est non seulement qu'Antonietta soit si belle, mais qu'elle nous regarde et nous parle avec tant de confiance et de simplicité, nous tendant cette lettre qui contient son histoire. Tout est bien, nous dit-elle, tout est beau. Tout est en ordre, puisque je suis si près de vous, que je vous parle et que je vous regarde. Vous êtes humains puisque je suis humaine, moi qui aurais pu être un monstre, puisque je suis parmi vous, semblable à vous, telle que Lavinia m'a vue, telle enfin qu'en moi-même.
Et c'est parce qu'elle nous parle si doucement, si délicatement, si simplement, de la beauté, et de l'humanité, que nous l'aimons tous ici tellement, notre Antonietta.
 

 

Publié dans Blois

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T
Sur le chemin annuel des vacances, nous passions le long de la Loire, nous visitions un chateau chaque annee, religieusement. Ce tableau a croise mon regard, mon regard a croise celui d'Antonietta et il a laisse un souvenir surement si doux qu'il git encore au fond de ma memoire bien au chaud pret a refaire peut-etre surface un jour. Qui sait?
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J
Il y a dans ce portrait de peintre une élégance rare, du fait de l'artiste, certes, mais aussi et surtout grâce à la délicatesse du modèle. Jonas
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E
Une vraie découverte pour moi ! Je ne connaissais pas ce portrait, ni l'histoire de cette famille.
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R
Quelle belles découvertes ...

Ce tableau, d'abord ; puis, grâce à vous, après quelques instants de recherche sur le Net, d'autres données historiques intéressantes à propos de sa famille, mais aussi de Lavinia Fontana ...

Merci de nous permettre d'ouvrir tant de portes sur le chemin de la Connaissance, Carole ...
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F
il y a comme cela des personnages qui nous sont attachés
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A
Cocteau aurait-il vu ce tableau avant d'imaginer la "Bête" de son film ??
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C


J'aime cette hypothèse. C'est peut-être madame d'Aulnoy qui avait vu le tableau ?



A
Incroyable !! Je n'ai jamais vu ce genre de cas, et tu nous éclaires avec talent sur les réactions des sociétés, je ne pensais pas pour ma part que ce siècle eût été si ouvert par rapport à tous
les autres ! En effet c'est une qualité qui méritait d'être soulignée.
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O
La toile aurait vu le jour à Namur....ce qui voudrait confirmer que Tognina après le décès d'Henri II et plus tard celui de son épouse...ait du fuir....vers la cour des Farnese..et donc vers
Marguerite d'Autriche, dont dépendait la ville de Namur...qui avait épousé en secondes noces un Farnèse....
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C


Merci pour ces informations. Il ne s'agissait peut-être pas d'une fuite, mais d'un nouvel "emploi". 



N
Une Belle qui n'était pas une bête, et qui a eu, sans doute, de la chance,auprès de ce roi qui ne s'est pas amusé d'elle. Un délicat portrait.
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J
Fabuleux de pouvoir transcender ainsi une difficulté pour ne pas dire un handicap ! Elle semblait avoir des traits fins et le tableau est en effet très beau. Amitiés. Joelle
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Z
c'est vrai que cet article est empreint de douceur: du personnage , du peintre, de l'auteur(e) de l'article
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A
C'est vrai, mais tu en parles de façon si vivante que j'ai un peu occulté l'artiste-peintre.
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Q
Je découvre ce tableau grâce à toi... et j'aime ce que tu nous en dis.

J'ignore ce que serait son aujourd'hui, mais ce moment fixé par l'artiste est magnifique.

Passe une douce journée Carole.
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F
Merci Carole de me faire découvrir cette beauté velue, qui ressemble donc à son père puisque j'ai lu sa biographie! de ce fait, j'ai eu la connaissance d'autres personnes atteinte d'hypertrichose!!
Lorsque j'étais jeune, dans ma ville, il y avait une femme à barbe, je pense qu'en 2015, cela n'existe plus grâce à la médecine actuelle! Le plus terrible, c'est la maladie du syndrome de Prothée
(l'homme éléphant)!! BISOUS FAN
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A
Honnêtement,je me demande comment je réagirais devant une personne au visage si surprenant. J'imagine que, sans pour autant me moquer, j'aurais du mal à me concentrer sur son discours,fût-il
brillant, avant un certain temps.. ( et j'espère que je ne suis pas moi-même monstrueuse que de dire cela!)Ce tableau me fait penser au magnifique film "Elephant Man")
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C


Il y fallait peut-être la médiation si délicate de Lavinia Fontana. 



M
Merci de me faire découvrir cette belle Antonietta.
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A
Quelle belle leçon d'humanisme et d'amour!
Je ne connaissais pas la belle Antonietta, mais je l'aime aussi.
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C


Je pense que c'est bien d'humanisme qu'il s'agit : celui de Lavinia Fontana, femme de la Renaissance s'il en est. Mais aussi de sensibilité et d'empathie. C'est un tableau d'une beauté
incroyable.



J
Entre tuée et Barnum, elle l'a échappé... belle ! Je découvre, merci Carole...
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