Porte repeinte

Publié le par Carole

porte repeinte
 
C'était très abîmé. tout cassé. Si brutal. Inquiétant.
On a cloué trois planches. Ça se voyait vraiment.
On s'est dit : "Bon. On va repeindre."
On s'en doutait, que ça ne masquerait pas grand chose, que ça s'abîmerait beaucoup, que ça irait de moche en pire, et de pire en bien pire. Après.
Mais on s'est dit : "Après ? qu'est-ce que ça fait, après ? Du moment qu'aujourd'hui on repeint. Qu'on a l'air d'être là, d'avoir fait quelque chose."
Bon. Je vous dis ça. J'ai l'air de parler d'une porte. Et je me doute bien que vous vous doutez.

 

Publié dans Fables

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G
En tout cas elle est unique
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M
Comme tout ce qui s'use et qu'on retape afin de repartir un peu... plus loin...encore...
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Q
C'est vrai que c'est le plus important...
Tout le temps. :)
Merci, Carole.
Passe une douce journée.
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J
Peut-être qu'avec une couche de plus... Amitiés. Jonas
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C
Sous mon porche, il y a aussi un très vieux portail, très beau dans sa vieillesse, très imposant, d'un beau rouge syrien. Il bringuebale de plus en plus sous l'effet du vent et de la pluie. Nous ne
savons comment le réparer : nous n'allons quand même pas l'automatiser...
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Z
c'est bien aussi, de lire les commentaires, on passe parfois à cote de beaucoup...
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C


Oui, c'est amusant, aujourd'hui, comme tout le monde veut la "défendre", cette pauvre porte mal "retapée". C'est qu'elle nous ressemble... nous préférons tous les "petits replâtrages", comme
quelqu'un l'a dit. Et faire semblant, se faire croire à peu de frais que tout est oublié, réparé, reparti, c'est si facile... une tentation quotidienne...



A
Je regarde cette porte comme on peut regarder parfois un visage sous un maquillage qui rehausse encore les dégâts et lui donne un air si pathétique que cela vous arrache un soupir.
Ce monde ne nous arrache-t-il pas tant de soupirs ?

D'un autre côté, à la fiac... n'y a-t-il pas là, un cou sans tête, un sein, ce pourrait être le début ou la fin d'un tronc (au choix) qui se dessine dans le creux ?
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C


J'adore ton commentaire, Adamante ! Merci.



M
Ce qui ne fait pas sérieux c'est mon emploi du mot "joli" ou lieu de "beau" ou "esthétique". De plus quand on n'a pas les moyens de rénover un endroit on le peut le rendre supportable et même
agréable en lui donnant un autre éclairage, une autre couleur, non?
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C


Si, j'ai pris le commentaire au sérieux (bien sûr). Je voulais juste faire remarquer que pour moi la "porte" ouvrait vers autre chose. Mais tu as raison, on peut aussi se contenter de
l'apparence, c'est un choix qu'on peut faire. Chacun répond à sa façon aux petites questions morales que posent mes "fables".



N
Une belle vieille porte, avec sa poignée et son loquet. Peut-être a-t-on voulu la faire durer encore?
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C


Alors il aurait fallu remplacer cinq planches complètes, et non clouer trois bouts de bois derrière.


Mais "faire durer" plutôt que "réparer", c'est une forme de choix, en effet.


Je voyais en cette humble porte une image de notre humanité qui "fait avec" mais perpétue ses problèmes sans avoir la force de s'y attaquer.



M
Pour moi si ça fait joli ça me suffit. Cela dit (écrit) hors tout réflexion philosophique: l'apparence c le look et le look c'est l'esthétique.
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C


Faire "joli"... hum, non, se méfier de ce qui fait joli, voilà ma devise. Mais je suis un esprit "stoïcien", et c'est un peu démodé, je le reconnais. Sinon, est-ce que j'écrirais des "fables" ?



H
Quelle porte dites donc ? cela vous a donné du fils à retordre mais j'estime qu'il ne s'agit pas d'un travail bien fait. Je pense qu'il s'agit du bricolage ou d'une réparation sommaire. A mon
humble avis et pour éviter toute intrusion je conseillerais une porte métallique bien faite, solide d'un blindage sans faille et qui fera barrage aux intrus, à ceux dont on ne veut pas qu'ils
pénètrent. Cependant avant d'installer la porte, il est conseillé de faire un ménage de fond en comble à l'intérieur mais ce sera difficile et le doute subsistera.
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C


Hamza, on voit que vous êtes un perfectionniste. C'est bien ce que je voulais dire : l'homme sincère fait en sorte que la "porte" soit refaite et améliorée, mais la plupart se contentent de trois
planches et d'un piceau.
Et, comme je n'ai écrit, il ne s'agit pas seulement, pas vraiment des "portes" : il en va ainsi de tous nos problèmes. Il faut du courage pour les traiter de façon approfondie. Et ce courage est
rare (je ne prétends pas du reste en avoir plus que les autres).



J
Faire comme si rien ne s'était passé. C'est si fréquent et si dévastateur, car les cicatrices sont là et bien là. Amitiés. Joëlle
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C


Oui, je crois aussi que c'est dévastateur.



F
c'est qu'une porte ça coûte cher aussi alors on répare du mieux qu'on peut
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A
Qu'est-ce que le monde, sinon un replâtrage perpétuel ? De quoi nous plaindrons-nous qui vivons cela perpétuellement en nous-mêmes ?!
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C


Très juste ! 



X
Je m'adresse plutôt au précédent commentateur. J'ai eu autrefois, dans le pays classé le plus pauvre de la planète, des élèves riches (il y en avait quelques-uns) qui lacéraient leurs jeans selon
la mode de l'époque tandis que la plupart de leurs compatriotes auraient donné dix ans de leur vie pour un pantalon sans trou. Car parfois, les trous montraient plus de chair que le tissu n'en
recouvrait. J'ai tenté de parler avec les élèves concernés et n'ai obtenu aucun résultat. Ils tenaient à leurs déchirures et à leurs trous.
Les pires violences ont peut-être des histoires de trous pour origine, des trous impossibles à rafistoler... Vous avez vu le rafistolage, tout le monde ne le voit pas. Le trou est en effet très
violent.
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C


Tout à fait d'accord : des trous, des béances.



A
Mériterait d'être dans un musée des arts !
Je vois bien ça dans notre Musée des Beaux Arts qui a perdu son "Beaux". Nantes, une ville qui évite toute discrimination !

Le beau quelle idée réactionnaire !

J'aime bien aussi la mode dans les pays riches comme le notre. Je peux voir tous les jours des demoiselles avec des godasses - le chic, des brodequins tout neufs, dont elles ont enlevé les lacets,
des frocs déchirés. Le comble de l'insulte à la pauvreté !
En même temps dans certains quartiers nantais, de plus en plus de jeunes femmes toutes de noir vêtues, dont on ne voit que les yeux et la bouche. Extra pour captiver l'attention des hommes. Et les
grands-mères de ces jeunes femmes qui n'ont qu'un foulard sur la tête comme les nôtres qui "ne sortaient pas en cheveux".
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C


Oui, dans mon village aussi les femmes avaient des foulards. On disait des "fichus" à l'époque.


D'accord aussi en partie avec vous pour ce musée des Arts, de toute façon fermé pour ce qui semble être l'éternité, et "voilé" quant à lui de gros plastique opaque - Mais qui, je l'espère,
héritera tout de même (un jour...) de la collection  des "beaux-arts".


Sinon, ma fable "politique" a un sens très très large. Finalement je crois qu'elle peut s'appliquer à tous les "problèmes" que notre société met sous le tapis ou traite par la
"com", au choix.



O
Sapristi...on dirait que le grand méchant loup a martelé de toutes ses forces....mais il y a l'air d'y avoir toujours des habitants...puisqu'ils ont "réparé"....:-)
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C


Il y est allé à la hache, je crois. Mais je n'en sais pas plus.



R
Assorti d'un titre tel que : "Critique de la raison pratique", ce pourrait très bien être un Magritte !
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C


Je retiens l'idée !



J
Si c'est une porte d'entrée je la change, si c'est celle d'une remise au jardin... et qu'on soit sentimental... ou paresseux ;-)
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C


Oui, bien sûr. Mais ni le sentimentalisme ni la paresse ne sont bons conseillers... Et mon texte est une "fable".



M
Un peu de repeint... montre que l'on est là, que cette porte n'est pas abandonnée. On s'en soucie.
Donc, tout est bien
;)
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C


Tout n'est pas bien. Mais c'est sans doute mieux que rien.



A
Faire semblant "pour avoir l'air", jouer le jeu encore une fois sans plus vraiment y croire...
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C


Oui, c'est ça. Mais la réalité tape à coups de bélier.