Porte murée

Publié le par Carole

porte murée - quartier miséricorde
 
    Derrière les grilles, il y a ceux qui marchent silencieux dans les allées tracées, évitant de poser leurs regards sur les portes murées. Et ceux qui hurlent leurs noms de fous en lettres hautes et flambantes, pour barrer le passage au désespoir qui frappe, à grands coups de bélier, aux parois de leur coeur. Et puis tous ceux encore qui s'assoient dans la boue, la tête entre les mains, boxeurs déjà vaincus du combat qu'on leur a refusé.
    Partout les vieux châteaux s'écroulent. Permis de démolir.
   Partout Babel grandit sur les gravats, sans plus savoir de quel ciel elle était le pilier, sans plus savoir de quel dieu elle était le palais, portes et fenêtres à jamais closes sur les rêves écroulés. Plans égarés depuis que le progrès, cet architecte désinvolte, a pris la fuite avec la clé.
    Ce qu'il faudrait, c'est trouver là-dedans un petit sentier de traverse, encore fleuri de violettes et de mésanges bleues, qui conduirait vers le bonheur. Ou bien un balcon sur la mer, pavé de sable et de coquillages comme un chemin de petit Poucet.
    Et on le trouvera.

 

Publié dans Fables

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C
C'est vraiment triste, mais j'aime beaucoup ce texte, merci pour cette belle fin qui redonne espoir.
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B
Quelle tristesse, une si belle demeure! Et tant de personnes à la rue...
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M
Certaine belles maisons a l'air abandonné, parfois défigurées par le vandalisme débile, me serrent le coeur. Envie d'écouter leur histoire, d'écouter les éclats de rires à l'ombre d'une tonnelle
ensauvagée, de saisir le parfum d'un rosier oublié...

Ce sont des âmes que l'on détruit
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S
Mais il existe ce petit sentier de traverse ...il suffit de le créer, par la force de l'esprit et je vous en sens tout à fait capable, vous qui faites si bien parler les murs... au coin de la rue
sous la grisaille apparente, des coquillages attentent de nous raconter leur histoire :-)
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C


Merci Saravati. C'était une variation sur ces plages qu'on trouve sous les pavés, aux époques d'utopie... et aussi sur ces images de Magritte où les éléments se superposent.



E
passer les murailles, et entrer dans le bal qu'ici on donna, en des temps plus légers... du moins légers pour ceux qui vivaient là
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C


C'est un bâtiment municipal. Peut-être a-t-il en effet une histoire plus ancienne, mais je l'ignore.



M
Lucidité et poésie, qui ouvrent la porte à l'espoir........
pendant des années mes portes étaient fermées, car enfermée moi même dans une vieille tour protectrice....à l'automne de ma vie de grandes baies vitrées laissent passer le soleil....qui peut
briller tout l'hiver, si, si ! ouvrir grandes nos fenêtres sur l'année qui vient-Belles fêtes à vous Carole, et à tous vos lecteurs, lectrices.
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C


Il faut toujours garder sa porte ouverte, et la laisser battre comme un coeur. Merci, Mireille.



O
Brave demeure qui tend les bras, montre que même ses girouettes toutes droites ne se découragent pas et gardent la pose...
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C


Et ce alors qu'on va la démolir. Je ne comprends pas comment il est possible de détruire ces belles maisons anciennes.



A
Terrible et tellement vraie ta phrase des "boxeurs déjà vaincus du combat qu'on leur a refusé", et j'aime ta conclusion "on le trouvera" toujours présent dans tes textes remplis d'espoir.
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C


Je pensais à "Million dollars baby". Et à tous ces êtres "cassés", sur le ring de la vie qu'on appelle moderne.



A
Il faut le trouver, voire le percer et se relever les manches pour dégager sans répit les obstacles et les herbes folles qui l'entravent. Et surtout il faut se défier de cette large avenue
rectiligne qui mène tout droit au désespoir...
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C


... et au mur ! Mais les chemins sont d'abord en nous. Nous ne les traçons qu'ensuite sur la terre.



R
"Et on le trouvera" ...

J'aime cette espérance au seuil d'une porte qui va s'ouvrir sur 2014 ...
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C


Oui, et chaque année encore. Il y a un futur !



J
Je retiendrai, de circonstance, portes et fenêtres à jamais closes sur les rêves écroulés.... merci pour chez moi, jill
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C


Merci d'être venue malgré tout, Jill. Je pense à toi. Amitiés.