Passages

Publié le par Carole

la sculpture - travaux passage pommeraye 2013
      Passage Pommeraye - 14 novembre 2013
 
 
Jamais il n'a aussi bien mérité son nom, ce Passage, que depuis qu'on y fait des travaux. Chaque jour, dans la pénombre vague qui règne sous les bâches et les échafaudages, quelque chose se transforme, et l'on sait que l'on ne reverra jamais ce qu'un instant on a cru apercevoir.
J'ai vu des passants toucher les statues, chercher à les saisir, le soir, avant qu'on ne ferme les grilles, comme s'il était possible de retenir avec les mains ce qui s'en va sans retour.
C'est beau et triste, et la douce mélancolie qui est ici le génie du lieu s'approfondit rêveusement, d'un soir qui passe à un matin qui vient.
Ainsi cette statue qui  représente, je crois, les beaux-arts, et qui m'avait toujours semblé lourde et commune, avec sa couronne de lauriers en épis, m'est-elle apparue, ce soir, sous le badigeon brun encore humide dont on venait de la recouvrir, aussi légère et cruelle que l'aiguille des heures valsant au bras du temps. N'était-ce pas en effet aujourd'hui qu'elle s'apprêtait à poignarder amoureusement, avec son ciseau de sculpteur ? Car demain elle sera déjà une autre qu'elle ignore encore, blanchie de chaux peut-être, ou rebadigeonnée de sombre.

 

Publié dans Nantes

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C
Et nous, qui nous mettra un badigeon de jouvence ? "Le temps s'en va, ma dame / Las ! Le temps mais nous nous en allons..."
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L
HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE HOCINE DAILYMONTION
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F
Quel joli nom que ce nom de "Passage Pommeraye"!!!Mais comment apprendre à ceux qui touchent ou veulent toucher la matière que l'on ne touche bien qu'avec le cœur?? BISOUS FAN
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J
La pureté de la matière brute la rendrait-elle telle que le sculpteur l'avait souhaitée ? Amitiés. Joëlle
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G
J'espère que tu nous montreras sa nouvelle peau blanche
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A
Un très joli conte du passage, très émouvant. Merci Carole.
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N
Jolie variation sur le temps. L'instant poignardé qui git dans la mémoire...
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A
C'est touchant, ces passants qui touchent les statues comme si leurs yeux ne suffisaient pas pour en garder le souvenir.
Etrange passage à lui tout seul acteur du temps, qui l'espace d'un instant arrive à le retenir...
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J
On peut les restaurer, nous pas... Une fois vieilli nous aurons la mort pour habit... Merci Carole !
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J
Nous passerons, la belle statue restera.
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