Les confessions (réédition revue)

Publié le par Carole

confessionnal 2
 
Le confessionnal ne sert plus guère. Alors on y a tout bêtement rangé la pelle et le balai, les humbles objets qui servent à faire le ménage de l’église…
C'est amusant, se dit-on d'abord, et puis on y réfléchit un peu, car autrefois on a été cet enfant docile et pieux qui se rendait à confesse, et marmonnait ensuite, agenouillé sur le dallage froid, ses trois Avé et ses cinq Notre-Père.
Rares sont maintenant ceux qui viennent encore ainsi, à confesse, murmurer dans l’obscurité, aussi bien que les secrets qui étouffent, les angoisses qui rongent et les fautes qui hantent, les petits tracas du quotidien et les erreurs de chaque jour.
Sans doute le confessionnal a-t-il été peu à peu remplacé par les journaux intimes, par le divan des psychanalystes, par les consultations des psychologues et des psychiatres, par les émissions de Ménie Grégoire, par les psy-shows de la télévision, par les appels à SOS amitié, par Facebook et Copains d'avant, et même par les blogs, après tout…
Confessions impudiques ou très minces secrets, grandes et petites fautes, douleurs immenses, brèves égratignures, infimes vérités et mensonges éclatants... tant de misères, tant de paroles se pressent dans les gorges nouées. On n'en meurt pas toujours étouffé, mais je ne connais rien de plus douloureux qu’un cri silencieux, qu’un remords privé de mots, qu’un désespoir bâillonné, qu'une plainte étranglée, qu'une espérance tue. 
Il faut qu’il y ait, quelque part, un endroit pour parler, et, en parlant, nettoyer son âme, la vider de ses cendres et la laver de ses scories, en dégager tout ce qui, à force de ne pas être dit, pourrit, salit, écrase, emprisonne - empoisonne.
 
Alors cette pelle à poussière avec sa balayette, au fond du confessionnal, ce n'est pas seulement amusant, c'est une idée très juste, une intuition profonde de la brave personne qui, là-bas, au village, se charge, quand elle peut, comme elle peut, de l'entretien de la vieille église.

Publié dans Fables

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N
Invitation à faire son ménage intérieur ;-) Un article succulent que j'ai lu avec plaisir :-)
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C
S' il suffisait d'épousseter pour enlever le poids de la faute originelle...
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K
L'odeur du bois, les grincements, les craquements, le poids des choses qu'on à dire quand on entre dans ces endroits-là...
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M
Insolite et très représentatif de notre époque où tout va très vite même la confession de ses péchés qui n"est que poussière balayée et vite reformée!
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P
Le confessionnal n'est donc qu'un placard à balai
où l'on balaye ses poussières de péchés
avec pelle et balayette
ensuite Il ne reste plus qu' a s'absoudre
et le tour est joué
nous revoilà blanc comme neige
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G
peut-être que le confesse est dans l'armoire à balai
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Z
mais est ce si simple?...
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D
Bonjour Carole,
J'aime beaucoup cette photo et tout ce qu'elle peut susciter comme pensées..
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M
Etais-je une enfant très sage ? Toujours est-il que j'avais beau me creuser les méninges, je ne trouvais jamais rien à confesser. Alors, j'inventais : des chapardages, des leçons non apprises, des pensées impures (?)... et je ne manquais pas de terminer par "j'ai menti". Ainsi, mes frasques imaginaires et mes mensonges étaient-ils effacés en trois "ave" et deux "pater". C'était il y a bien longtemps !
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N
Le lieu d'un nettoyage spirituel et matériel... ** )
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R
J'aime retrouver ces morceaux du passé - chassez le naturel, me direz-vous peut-être ... -, et les commentaires alors déposés ...
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F
Je te l'accorde, le confessionnal de notre enfance devient désuet et cette pelle accompagnée de sa balayette me fait penser à un appel du curé qui attend pour écouter nos pêchers! je crois tout de même que le grave pêché dont on veut se débarrasser ne peut se passer à travers les barreaux de cet isoloir vers un saint homme qui a juré à Dieu qu'il gardera le secret!! Lourds sont parfois les secrets!! Bisous Fan
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A
Surprise ! je m'attendais à une nouvelle édition de Jean-Jacques, celui de la rue de Nantes.
Mais je préfère aux confessions du promeneur solitaire.

Je cite sur http://saintyrieixlaperche.wordpress.com
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A
Merci Carole pour ce beau texte ! (Encore)...
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A
Une petite pelle dont la couleur ne peut qu'accorder le pardon naturellement, mais entre secret du confessionnal et exhibition sur réseaux sociaux, ce besoin de parole et peut-être d'écoute est toujours le même.
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J
La parole, libératrice, salvatrice, s'est détournée de ces lieux mais elle a toujours besoin d'être. J'aime le finesse de ton approche. Merci Carole. Bon dimanche. Amitiés. Joëlle
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O
bonjour...mais il s'agit d'une petite erreur par distraction...le religieux était tellement préoccupé ce matin là qu'il a rangé sa balayette au mauvais endroit...d'habitude c'est juste à côté, sous son petit banc, qu'il range cela...et il s'en sert lorsqu'il y a tellement de péchés qui s'amoncellent qu'ils commenceraient à appuyer sur la porte, menaçant de l'entr'ouvrir.........ceci dit..j'entends encore le schhhlak , le bruit de la petite porte qui coulisse...qui veut dire que c'est à mon tour...mon Dieu...que vais-je pouvoir donner comme péché cette fois....:-)
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C
Excellent ! Merci.
J
Ah je ne fréquente plus, je le confesse.... ;-) merci Carole !
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V
Un article vraiment plein de finesse et de pertinence,
j'aime,
Valdy
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L
Excellent, Carole, texte et photo, très bien vu, merci beaucoup !
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C


Merci Lénaïg. C'était tout simple : une boule de Noël...



L
Ce rapprochement entre les confessions d'autrefois et le nettoyage suggéré par la balayette me semble très juste. Il n'est plus besoin d'aller à confesse aujourd'hui, mais cette abstinence a
peut-être accumulé chez certains l'angoisse du péché, de la faute ou de l'erreur qu'ils véhiculent malgré eux, ne sachant comment s'en défaire. Psychanalystes, psychologues, psychiatres, courriers
du coeur et autres sont là pour qu'on s'exprime, en effet. Mais est-il toujours besoin des solutions extrèmes? Un geste d'apaisement, les mots "allez en paix"aidaient les faibles que nous sommes.
Merci, Carole, pour ce billet si pertinent qui rappelle l'époque enfuie.
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C


Peut-être notre époque a-t-elle une préférence pour les "solutions extrêmes", tout simplement ?



C
Pécher par action et par omission : si l'on ne prononce plus guère cette phrase, la réalité de la chose, elle, est toujours vivante. Une bien jolie métaphore bleue que cette pelle et cette
balayette.
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C


En effet, il y a toujours beaucoup à dire sur le "péché". Une pomme qui roule toujours...



N
Comme Emma j'ai pensé au roi Midas. Mais tu me donnes une idée. N'ayant jamais fréquenté les...confessionaux (?) et n'ayant pas l'intention de commencer, j'envisage avec plaisir de confier mes
tourments à ma pelle à poussière..
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C


Nounedeb, attention au balai, alors, car je te crois... sorcière !



R
Bizarrerie d'Overblog ou volonté délibérée de Carole, revoilà donc le confessionnal qui nous avait été annoncé voici quelques jours et qui ouvre une de ses portes sur la réflexion à propos de nos
modernes opportunités de révélations.

Que voilà l'huis entrouvert pour autoriser de quelconques indiscrétions futures exhibant un passé.

Tous les Augustin, Jean-Jacques, René ou autres Marcel comprennent-ils que l'usure du Temps, inexorablement, balaiera tous ces petits aveux que la "ramassette" maniée par une Camarde toujours aux
aguets, inévitablement déversera dans les poubelles de l'Oubli ?
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C


Ni bizarrerie d'OB ni volonté délibérée, une simple erreur de ma part, car j'ai cliqué sur "publier" avant d'avoir modifié la date... Je n'avais pas fini le texte à ce moment.


Je reconnais avoir voulu me moquer (sans agressivité) d'un certain nombre d'auteurs de "confessions", et notamment des 3 premiers cités. Je l'avoue, je me repens, c'est ma faute, ma très grande
faute...



E
il y a aussi le trou dans le sable pour se délivrer d'un lourd secret, comme dans l'histoire du roi Midas... confession intime ou exhibitionniste, on voit bien que ce qui importe n'est pas
l'oreille.
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C


Bien sûr, ce qui compte, c'est la parole, parce qu'elle transmue ce qu'elle touche (n'est-ce pas là le point commun entre les deux légendes de Midas ?)... sur un autre plan, j'avais déjà parlé du
"transformateur".



M
C'est important de pouvoir parler.. d'avoir une oreille attentive qui saura minimiser les "scories" qui empoisonne l'esprit et ne sont pas forcément justes et vraies. Les prêtres n'avaient pas
toujours ce regard généreux... que l'ont peut rencontrer entre deux mots, sur "nos" blogs !Merci Carole pour ton regard avisé tes jolis textes et tes commentaires chaleureux.
Jeanne
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C


Oui, Jeanne, le rapprochement avec les blogs s'imposent : des lieux de parole un peu désincarnés, et bienveillants, eux aussi...



J
Tu es poussière et tu retourneras en poussière... Je souris à ce billet, vrai que enfant nous y allons en rang plusieurs fois dans l'année, avouer les mêmes petites gamineries... qué corvée mais le
pardis se gagne l'âme lavée blanche... confessionnal lavoir, ma foi... Merci !
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C


Oui, et aujourd'hui tout le monde se "confesse" partout mais à confesse il n'y a plus que... la pelle à poussière...



V
Très belle réflexion, qui s'achève de façon originale encore et très pertinente... J'adore l'avant-dernier paragraphe !
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C


Merci, Valentine. C'était un peu humoristique, mais "les confessions", je crois vraiment que nous ne pouvons nous en passer.



M
Un formidable clin d'oeil effectivement, et dire qu'on cherche une oreille attentive pour se débarrasser de ce qui gêne, l'humain est une drôle de machine.
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C


C'est sûr, une photo comme celle-là, je ne pouvais pas m'empêcher de la faire...



N
Intéressant cet article.
Il y a moins de pratiquants et c,est remplacé par bien d,autres choses comme tu l'écris et est-ce mieux???J,en doute.
À bientôt carole.
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C


Je ne me prononce pas : je constate seulement !