Ombre et lumière

Publié le par Carole

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Rue Kervégan - Nantes
 
 
J'ai vu ce mascaron, long visage pensif, que m'indiquait du doigt, au cadran solaire de la rue, l'heure d'un couchant d'automne. Et j'ai aimé ce masque, qu'ombre et lumière se partageaient comme un coeur d'homme.
Ses lèvres impuissantes s'ouvraient pour boire au soleil de la vie, un bref reflet du soir piquait tout l'au-delà dans sa prunelle grise.
Il était jeune, il était vieux ; il était beau, il était laid ; il était pierre, il était or ; il dormait là, mais il rêvait plus loin.
Il souriait au monde, et il pleurait peut-être. Il aurait pu parler, s'il n'avait dû se taire.
Jamais il n'avait cru être qui il était ; jamais il n'avait su être ce qu'on croyait. 
Il avait eu un nom que nul ne disait plus, comme nul bientôt ne dira plus le nôtre.
Il était simplement, à la porte du riche qu'avait ruiné la mort, semblable à tous les hommes.

Publié dans Nantes

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Aude terrienne 29/11/2014 09:31

J'aime énormément ce mascaron et la façon dont tu le mets en scène avec ton texte.
Il faut parler d'art encore et encore, ne jamais s'arrêter d'essayer de convaincre les gens que c'est mieux d'acheter de l'art que du lard !
Je m'explique: partout les boutiques d'art ferment au détriment de restau, fast food, boutiques de fringues hideuses et éphémères.
Vive la joie de vivre dans la beauté !

Carole 30/11/2014 01:20



Oui, on voit ça partout. Mais l'art, je pense que c'est une lutte perpétuelle, depuis les origines.



marisol 24/11/2012 20:45

Les grecs croyaient que leurs dieux étaient dans les statues les représentants, c'est un peu ce qu'à réussi a glisser dans la pierre le sculpteur de ce mascaron et la lumière lui a brièvement
insufflé sa vie.C'est une sorte de vanité qui nous interpelle du haut de sa porte et que vous avez si bien mise en mots.

Carole 25/11/2012 21:58



Ombre et lumière se partagent ce visage, comme dans bien des vanités, c'est vrai.



joelle.colomar.over-blog.com 23/11/2012 15:02

C'est cette grande valeur et en même temps cette banalité de la vie humaine qui m'ont sauté aux yeux en descendant du train tout à l'heure. Bonne soirée Carole. Joëlle

Carole 23/11/2012 15:15



Oui, il y a des moments où cette évidence quotidienne se change en "révélation". Merci, Joëlle.



Lorraine 23/11/2012 12:24

La délicatesse de la photo est éblouissante! Et ta réflexion sur ce visage qui vécut t'entraîne dans cette vie désormais défunte et à laquelle tu prêtes tant de nuances, Carole, tant de belles
nuances!...

Carole 28/11/2012 18:31



Merci, Lorraine. La photo n'était pas difficile à faire, c'est la sculpture qui était difficile à réaliser...



Catheau 23/11/2012 09:53

Un Janus mystérieux dans l'éternité de la pierre.

Carole 23/11/2012 22:36



Janus, mais paisible au coeur de ce quartier qui jadis fut une île.



valdy 23/11/2012 09:14

Magnifique. Un texte baroque. Riche, sinueux et contrarié. J'adore !

Carole 23/11/2012 22:35



Je suis heureuse que tu emploies ce mot "baroque". J'avais en effet cela en tête. J'ai beaucoup lu Saint-Amant, autrefois, quand j'étais étudiante.



Valentine :0056: 22/11/2012 22:26

Superbe !... J'admire ta faculté de trouver chaque jour un sujet passionnant, avec une belle image, et ton habileté à nous en offrir une illustration poétique toujours pleine d'élégance et de
profondeur.

Carole 27/11/2012 13:03



Merci, Valentine. C'est parce qu'il y a des lecteurs tels que toi que je continue...



mansfield 22/11/2012 21:38

Ou pourquoi les hommes se font toutes sortes de guerres sachant qu'au bout du compte ils subiront tous le même sort!

Carole 24/11/2012 00:14



Celui-là, je crois, n'hésitait pas à armer des navires de guerre ou de traite - c'est une ancienne rue d'armateurs.



Gérard Méry 22/11/2012 19:28

la lumière rasante lui donne un relief superbe

Carole 27/11/2012 15:28



Merci, Gérard, pour ce commentaire de photographe... éclairé !



Nounedeb 22/11/2012 17:31

Ton oeil et ta plume de poète, encore une fois, m'émerveillent.

Carole 27/11/2012 15:26



Merci, Nounedeb. Ton commentaire si gentil, encore une fois, me réchauffe le coeur.



Cendrine 22/11/2012 15:46

Bonjour Carole,

Je vais écrire le mot que j'ai sur les lèvres: "waouh"!!! Il exprime ce que m'inspire ton écriture.
Ce visage, à la croisée des chemins, est un fascinateur. Tu lui as magnifiquement donné la parole dans son silence intemporel. Il est tout à la fois et je le trouve merveilleusement riche
d'émotions...
Excellente soirée, amitiés
Cendrine

Carole 27/11/2012 13:58



Cendrine, une fois de plus, je te remercie pour la chaleur de ton commentaire. C'est bon d'avoir des lecteurs tels que toi. 


Sinon, je n'ai rien fait que remarquer cette belle oeuvre peu connue à Nantes et rarement photographiée.



michèle 22/11/2012 12:48

Equilibre superbe et éclairage magnifique!

Carole 22/11/2012 14:25



Merci, Michèle. la lumière était magique ce soir-là, bien sûr cela n'a duré que quelques minutes.



Nais' 22/11/2012 09:47

Bonjour Carole,
Visage spécial, comme tu dis il présente plusieurs facettes à la fois. J'aime beaucoup la dernière phrase !
Bises, bonne journée

Carole 27/11/2012 13:18



Plusieurs facettes, c'est cela. Quand on remarque les "facettes", tout, même le plus balan, se change en diamant, non ?



jill-bill.over-blog.com 22/11/2012 08:30

Bonjour Carole... Mascaron énigmatique, Jean qui soupire ou qui sourit on ne sait vraiment le dire... Merci pour cette jolie prise....

Carole 22/11/2012 19:37



Une visage difficile à interpréter, je trouve. J'ai eu l'impression qu'il "concentrait" beaucoup de traits humains.



Richard LEJEUNE 22/11/2012 08:12

J'aime à considérer - dans le droit fil de la pensée égyptienne antique - qu'il est dramatique que des noms soient ainsi oubliés car, prononcer ne fût-ce qu'une fois celui de ceux qui ont vécu
avant nous, leur permet de continuer à être présent dans la mémoire collective : tous les artistes le savent et, dans notre monde contemporain, tous les auteurs de blogs qui d'article en article se
rappellent au bon souvenir des générations futures l'espèrent également.

De sorte que je ne suis pas vraiment en harmonie avec votre affirmation qui dit que "nul bientôt ne dira plus le nôtre " : ne faisons-nous pas tout pour qu'il ne soit jamais enfui ni enfoui ?

Carole 22/11/2012 15:34



Je crois moi aussi à cette force de l'évocation des êtres (par leur nom, ou autrement), mais ici, force est de constater que le propriétaire de cette splendide demeure, qui s'était
(croyait-il...) "fait un nom", est tombé dans l'oubli. Le sculpteur, lui, n'a pas laissé de nom, mais a laissé cette belle oeuvre.