O bien-être

Publié le par Carole

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Ô bien-être ! Es-tu vraiment devenu un dieu, pour qu'on te prie ici ?
 
Longtemps, tu ne fus que le confort matériel, le sentiment d'aisance que donne un moment de richesse et de prospérité, dans un monde de pénurie. Le plaisir égoïste et fragile du bon moment arraché pour soi, dans des sociétés où le groupe primait sur l'individu.
Mais voici que tu t'es fait injonction. Voici que tu es devenu le seul, le véritable "être", celui qui se tient rayonnant dans le "bien". Voici que manquer à ta Loi est devenu une forme de crime, ou du moins une grave offense à la modernité. Voici que te vénérer comme soi-même est devenu le but suprême et incessant, vers quoi doit tendre, dans les pilules et les régimes, les exercices du corps et la méditation, chaque existence contemporaine.
Voici que la souffrance est suspecte. Que le malheur est coupable.
Que la maladie est une erreur dont chacun doit se sentir responsable.
Que le deuil se soigne, que le handicap se surmonte.
 
Ô bien-être ! Te voilà devenu dur aux faibles, toi qui toujours eus un faible pour les forts. Si dur que je crois que tu t'es en effet hissé au rang des dieux. Et, de tous ces dieux cruels que les humains inventèrent, il me semble que tu es aujourd'hui le plus tyrannique, le seul qui nous oblige à prier avec nos corps et nos esprits, sans que plus rien n'échappe à ta lumière souveraine.
 

 

Publié dans Fables

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Catheau 04/02/2015 08:16

Etre bien dans un centre de thalasso en peignoir et en sandales éponge blanc, ce n'est pas trop non plus mon idéal de bien-être !

Jonas D. 02/02/2015 18:40

Il y a des dieux sans doute possibles à prier, celui-ci me semble plus que les autres apte à rouler nos humanités dans la farine... Jonas

michèle 01/02/2015 17:03

Injonction de bien-être, de jeunesse, injonction de beauté et injonction d'utilité, de bénévolat également.

Puisque nous sommes mortels, que (logique ;) la mort est inéluctable, que " dieu est mort " et que ça nous désole, nous (ou " ils ") avons / " ont " besoin de trouver une voie, il reste à croire
aux recettes ou à suivre des injonctions. Un vaste sujet humain, Carole.

flipperine 31/01/2015 23:52

il est parfs bien dur à trouver le bien être

almanito 31/01/2015 10:38

On va le chercher bien loin ce bien-être, encore un truc qu'on commercialise pour nous faire croire que cette forme bonheur s'achète comme n'importe quel bien matériel alors qu'il est en nous,
gratuitement, si nous avons la volonté de le voir, tout simplement.

Quichottine 31/01/2015 10:13

Cela me fait penser aussi à l'obligation d'être heureux...

Pourtant, si nous étions heureux ou "bien" tout le temps, comment le saurions-nous ?
Il faut la nuit pour croire en la lumière...

Passe une douce journée, Carole. Merci pour tout.

Martine 31/01/2015 10:12

Bonjour Carole,

Tu as le don d'inciter mon esprit à la réflexion. Vous êtes quelques unes sur une poignée de blogs. Je ne m'étais pas posé la question . Mais là, effectivement, tu m'interpelles.
O Bien Être, sacralisé. Hissé sur la colonne de nos exigences! Le bien être est devenu un droit que tout un chacun réclame! Va-t-il devenir un argument de la prochaine campagne présidentielle ?

Merci, j'aime tes mots comme toujours
;)

Miche 31/01/2015 06:45

Oui, sacralisation d'états éphémères !
Mais il y a aussi la sacralisation de la souffrance : il faut souffrir pour être belle, manger son pain noir avant son pain blanc, souffrir ici pour atteindre la paradis.
Il est vrai que le but attendu est un état permanent qui nous satisfasse.

Oui, quelle drôle d'idée que de s'attacher à ce qui n'est pas, tout est impermanence...

Amicalement

Lorraine 30/01/2015 22:53

Je pensais exactement comme toi voici un peu plus d'une heure, en regardant d'un oeil distrait la publicité précédant le film. Depuis quand avons-nous cet absolu besoin de salles de sport, ces
légumes ou ces graines venus du bout du monde pour corser notre vitalité, nous rendre invincibles, que dis-je, quasi-immortels? Quel délire nous pousse à choisir la voiture la plus belle ET la plu
performantes.E t je m'étonnais à peine des précoces appels aux inscriptions de voyages maritimes lointains et dispendieux, sachant que le bien-être est une glu qui nous ensorcelle par quelques
paroles savamment tournées dont nous sommes les victimes.

Lorraine

mansfield 30/01/2015 21:29

C'est aujourd'hui l'un des plus grands objectifs que l'on cherche à atteindre et quand on le ressent c'est magnifique!

jill bill 30/01/2015 16:23

La course au bien-être que tous veulent comme place au soleil... mais nos sociétés nous offrent plus de mal-être quand prolétaire aujourd'hui...

adamante 30/01/2015 15:51

Cela mérite réflexion. Il est plus facile d'accéder à l'Être (par l'écoute, la méditation ou quelque autre façon de notre choix) quand les difficultés du quotidien ne sont pas récurrentes,
envahissantes.
L'Homme s'est toujours battu pour accéder à un peu de bien-être et tenter de gommer les différences et les injustices.
Nous voyons en effet surgir cette idée que l'accès au bien-être ne tient pas dans la lutte (qui est le propre de l'Homme et de la vie) mais dans la réforme du ressenti doublé de cette culpabilité
de ne pas y parvenir seul et de se laisser dépasser par les situations. Nous parlons de plus en plus de "cellules de crise". J'y vois là une grande manœuvre d'infantilisation.
Mais, ce n'est encore pas aussi simple.
Comment faire tenir cette réflexion en quelques phrases ?
J'aime venir te lire car tu poses de vraies questions, mais je n'ai pas toujours assez de temps pour y participer. Je le regrette. Amitiés.

Carole 30/01/2015 17:22



Oui, c'est un sujet qui nous emmène loin, Adamante. Comme tu le dis, c'est au lecteur d'y réfléchir. je me contente d'"agiter les idées", de préférence celles qui sont trop "reçues"...



oups 30/01/2015 15:36

à travers la vitre..quelques alvéoles d'abeilles ?..si c'est le cas...le monde est sauvé !

Carole 30/01/2015 17:20



J'ai choisi ce cliché à cause des "alvéoles" (qui proviennent en fait d'une lampe, je crois). Il y a là en effet toute sorte de possibilités symboliques, qu'on y voie comme vous le "salut", ou
qu'on se souvienne de Mandeville et de sa "fable des abeilles", plus inquiétante - mais c'est au choix du lecteur. Comme dirait Adamante, je pose les questions, quant aux réponses, c'est à chacun
de les chercher.