Sens interdit

Publié le par Carole

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Quelquefois, on se promène sur une île,
et par hasard, sans savoir,
dans un nid de vieux murs,
on trouve une maison repliée sur ses ailes.
 
Et justement c'est la maison.
Celle qu'on voyait autrefois dans les rêves
celle qu'on dessinait sur les cahiers d'école,
celle qu'on habitait en secret
mais qu'on cherchait sans fin.
 
Elle est posée dans un jardin d'Eden.
De vieux palmiers empanachés de plumes vertes
y rêvent d'autres îles,
et le lierre y sinue
parmi de clairs bouquets de roses et de pensées,
d'immortelles et de myosotis,
plantés comme des haies
pour loger les oiseaux que le vent sème.
 
La grille est forgée de fleurs et peinte en bleu de ciel,
on pourrait la pousser
facilement.
Alors on entrerait.
On prendrait la petite allée de coquillages et d'écume de mer,
on marcherait jusqu'à la porte,
on cognerait prudemment, très doucement,
comme au volet de bois d'un très vieux coeur fragile.
Quelqu'un nous ouvrirait.
quelqu'un qui serait mort depuis longtemps,
une grand-mère aux yeux fanés,
une tante aux cheveux de lin,
ou cet enfant perdu qui nous ressemble tant.
 
Voilà que déjà on avance,
que l'on pose la main sur la poignée qui grince comme un léger sanglot,
comme un carreau que le vent ferme
dans les greniers du temps.
 
Et - pourquoi donc ? - on lève un peu la tête,
c'est alors qu'on comprend
que le panneau
Sens interdit
qu'on avait remarqué tout à l'heure, qu'on aurait préféré ne pas voir,
n'a pas été par erreur posé un peu de travers sur le mur du jardin.
Qu'il est bien où il faut, accroché là pour nous,
rien que pour nous
qui passions sans savoir,
qui croyions passer par hasard.
 
Juste pour nous rappeler
qu'on ne revient jamais
dans la maison d'avant
celle où l'on n'est jamais entré.

Publié dans Fables

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A
"Quelqu'un nous ouvrirait.

quelqu'un qui serait mort depuis longtemps,"

J'emporte cette image de l'impossible réalisé en transgressant les interdits, même les sens...
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C


J'avais pensé à la maison des aïeux dans Aurélia de Nerval.



E
Elle est jolie cette batisse derrière ce portail (dont j'adore la couleur au passage!).
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C


tout était ravissant, la maison, le jardin, la grille... Merci Emilie.



Q
Splendide !

J'ai lu d'une traite, après avoir regardé ta photo.
Je dois avouer que j'avais oublié le sens interdit du titre et de l'image tant je me sentais bien.

Et puis voilà, tu as brisé le rêve que je faisais...

La chute de ton texte est magnifiquement construite.
Merci pour ce partage.

Passe une douce soirée.
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C


Merci pour ce commentaire qui me touche énormément - surtout venant de toi, Quichottine, que ton nom inscrit dans l'univers des rêveurs actifs.



J
Sommes-nous coupés de nos rêves ou la vie le fait-elle à notre insu ? Douce soirée . Joëlle
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C


Je ne peux te répondre, Joëlle. peut-être chacun a-t-il sa propre façon de quitter ses rêves.



D
Un bel instant, j'oserai dire bien codifié!!!
A bientôt
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C


Mais le "code" (de la route) a pris un "sens" inattendu. Ne nous détournons pas de ces directions étranges que le hasard nous offre.


 



S
Ton écrit donne des frissons qui remonte de l'enfance à la maturité si nostalgique parfois... Avec toi, ces quelques pas et la tentation de la main qui ouvre le temps...Suzâme
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C


Juste une tentation, oui, pousser de la main "la porte étroite et qui chancelle".


Merci, Suzâme.


 



P
Nous avons tous une maison idéale quelque part dans notre coeur. Celle ci pourrait effectivement être LA maison
cordialement
Paul
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C


Merci, Paul. LA maison, c'est cela. Tant d'autres l'évoquent, mais elles ramènent toujours à une seule, LA maison - qui n'existe plus, et peut-être n'a jamais existé.



M
C'est une belle introduction, on imagine un livre du souvenir, un drame caché, le besoin de savoir et l'impossibilité de faire son deuil. Enfin bref avec ton texte, je me crée tout un roman.
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C


Crée-le, Mansfield ! Merci de ce commentaire : suggérer, c'est ce que j'essaie de faire ; au lecteur de poursuivre.



M
Beauté,émotion,nostalgie,et poésie,merci Carole inconnue!
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C


Et merci à vous, Marie-France, lectrice inconnue de mon poème ! C'est pour vous que j'écris - je veux dire : pour les "inconnus" qui parfois s'approchent.



C
Le souvenir et la plume contre tous les sens interdits : une belle émotion à vous lire aujourd'hui !
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C


Merci, Catheau. A bientôt.



P
Bonjour Carole,
Je rejoins Richard pour la voix de Barbara sur tes mots.
Mais heureusement les rêves se moquent des interdits, c'est parfois ce qui nous montre la voie.
Bonne journée
Anne
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C


Merci, Anne. Il nous faut bien avancer cependant sur les chemins du temps. Et Barbara est morte - "Ne te retourne pas" avaient dit les dieux à Orphée.



J
Bonjour Carole... Ah ce sens interdit tourné ainsi... Maison inaccessible, et ce qui est interdit donne encore plus envie... comme toujours tes promenades nous offrent belle lecture ! Bien
amicalement, jill
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C


Merci Jill, le paradis est toujours en "sens interdit", me semble-t-il. A bientôt.



E
oh que c'est beau, la nostalgie est une muse têtue... en te lisant j'entendais une autre petite musique "Autour du toit qui nous vit naître,un pampre étalait ses rameaux", il y a des accents
lamartiniens dans ton poeme
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C


Merci, Emma, on oublie trop souvent Lamartine, un grand poète du souvenir.



R
Je suis profondément persuadé que si Barbara avait été toujours vivante, non seulement elle aurait regretté de ne pas avoir écrit ce texte mais, assurément, elle vous aurait proposé d'ajouter sa
musicalité personnelle à celle de vos mots et demandé l'autorisation de l'interpréter ...
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C


Si cela pouvait être vrai, Richard !


Merci pour ce beau commentaire.



N
Ouai...ce panneau...comme posé là exprès..."stop aux rêve !"
Mais bon, il n'est pas présent dans notre imagination alors...;)
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C


... alors l'imagination avance, recule, vagabonde, va dans tous les sens - interdits ou non.



H
Il n'y a pas d'avant, il n'y a que ¨l'en avant¨. Ce panneau trop franc le souligne de son trait presque violent. Pourtant, il veut simplement nous éviter le piège des regrets, de la nostalgie, il
veut nous dire qu'il n'y a que la lumière du maintenant qui respire la vie.

Splendide ce texte, vraiment!

Hélène*
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C


On ne va que dans un sens, celui du temps et du devenir.


Merci, Hélène, pour ce beau commentaire.