Neptune dans la ville

Publié le par Carole

Neptune
Vitrine d'un magasin d'antiquités - Paris
 
 
Quelquefois, ils reviennent.
 
Dans les rues de la ville ils se fraient un chemin.
Ils avancent égarés, marchent entre les immeubles, les camions, les vitrines. Sur les trottoirs d'asphalte ils cherchent les rivières, les soleils et les prés, et les nymphes aux yeux d'eau tout éclairés d'échos.
Ils voudraient nous parler des peuples d'animaux roulant comme des vagues dans les forêts vivantes, des ruisseaux qui riaient sous les doigts bleus du vent.
Ils pourraient raconter cette époque bruissante où chaque coquillage était, tout grelottant de perles et tout barbu d'écume, une Aphrodite nue, un Neptune en haillons. Où chaque île abritait de grands bouquets de dieux chantant comme des nids.
Quand les humains sentaient, dans les troncs qu'ils taillaient pour s'en faire des navires, cogner à bec d'oiseau leur propre coeur d'écorce. Quand les rocs médusés s'habillaient en sirènes avec des yeux de femmes et des corps de troupeaux.
Quand frissonnait encore sous les cordes des lyres le ventre des tortues, quand chaque nuit le ciel étendait en pêcheur les grands filets d'étoiles qui attachaient le monde.
Quand tout était en ordre et en métamorphose et qu'ils étaient les dieux.
 
Mais le bruit les journaux 
Les nuages boueux
Sur les trottoirs gluants
Les autos recrachant 
La fumée de nos vies
Et les foules hâtives
Au tourniquet des heures
Se pressent et les bousculent
Comme de vieux mendiants.
 
De leurs yeux un peu tristes
De loin ils nous regardent
Avant de disparaître
Dans un reflet qui passe.
 

Publié dans Fables

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Dans le reflet de l'eau vitreuse, hélas, plus de Néréides !
Répondre
T
Effectivement il doit se trouver seul sans Jupiter lorsqu'il se promene parmi nous.
Ah si il pouvait y avoir les quatres saisons de Neptune comme il y a celles d'Arcimboldo!
Répondre
C


Si seulement ! Merci, Thérèse.



F
tout le monde est appelé à partir de cette terre, d'autres nous remplacent
Répondre
J
Eux aussi, nous avons réussi à les déboussoler ! Je crois qu'ils regrettent d'avoir mis le pied sur terre ! Amitiés. Joëlle
Répondre
M
Est-il triste le regard de Neptune ou plutôt consterné par ce qu'il découvre du monde terrestre du troisième millénaire, lui le dieu éternel qui connut les prémices, l'eau, l'air, le vent, la
liberté et les premiers hommes, fragiles et nus, désormais conquérants, inconscients, dévastateurs des mers qui était siennes ? Pauvre Neptune prisonnier d'une vitrine ! Pauvre humains.
Répondre
F
L'étalagiste a su recréer avec sa collection de coquillages bretons le dieu Nérée ou Poséidon voir Neptune une décoration à la faveur de la mer (est-ce une boutique de soins marins??) lol Dommage
que la tête soit un peu tristounette!! BISOUS FAN
Répondre
G
et en s'approchant on doit pouvoir entendre la mer
Répondre
M
Dire qu'ils font tout de même partie de nos vies, ces dieux que nous avons appris à connaître en classe de 6ème!
Répondre
A
Ah ! C'est une vitrine ! Tu vois, je ne suis pas habituée à la ville, et comme on apercevait le reflet de la rue, j'ai cru que c'était pris de l'intérieur vers l'extérieur d'où mon impression de
"montage". Je voyais le personnage dans la rue... mais il est vrai que l'on ne pourrait pas obtenir cela avec un montage !! Encore bravo, Carole.
Répondre
A
Superbe montage photo... Et superbe texte ! Les ombres du passé, le retour du refoulé... ou les racines qui vont enfin crever l'asphalte ? Ah, comme nous en avons besoin, de cette mémoire qui
raconte la vie en poésie et en beauté !
Répondre
C


Merci Aloysia, mais ce n'est pas un montage. Il s'agit bien d'une vitrine, et du reste on peut voir mon image dans l'image - avec l'appareil-photo ! J'ai trouvé que c'était bien justement pour
qu'on n'ait pas l'impression d'un montage. Je fais très rarement des calques, mon but est de montrer ce que j'ai vu, donc je ne "triche" pas (sauf effet spécial dûment commenté mais ça n'a pas dû
arriver plus de 3 ou 4 fois en 3 ans). Je ne dis pas cela comme une condamnation, mais juste pour clarifier mon projet, qui me fait même intégrer quelquefois des photos ratées, dans la mesure où
elles peuvent fixer une sensation vécue.


Quant aux racines qui crèvent l'asphalte, elles me fascinent, et je suis heureuse de voir que tu les aimes aussi.



L
Le regard perdu de Neptune dans la ville nous entraîne à ta suite, irrésistiblement; Ils vont par hordes invisibles, ils ont à nous dire les choses essentielles, ils ont des souvenirs émerveillés,
les dieux. Et nous passons, sourds à jamais, vers nos affaires d'humains.
Vaincus, ils se perdent à nouveau...Reviendront-ils un jour?
J'en doute...

Lorraine
Répondre
N
Ils ne sont pas perdus, puisque la fée Carole, de sa plume magique, nous les fait voir dans les reflets du temps.
Répondre
Q
Un jour ils trouveront de quoi nous arrêter, et, pantelants, livides, étrangement émus, nous entendrons leurs voix au-delà de nos peines, de nos soucis d'humains.

... et nous serons sauvés du monde de folie où nous nous perdons...
Répondre
A
C'est une magnifique fresque du Réalisme Fantastique que tu nous dépeins là.
Au fond de nous, nous le savons bien, qu'ils sont encore là, tout proches, ces dieux un peu décrépits par notre faute, alors tant qu'il y aura des poètes-peintres, tout n'est peut-être pas
désespéré..
Répondre
M
Là où d'autres se réjouissent de la vue des choses joliment ancrées et prisonnières du réel, toi tu les libères par la volonté et la force de ton imagination constructive, ils peuvent alors jouer
un rôle dans d'autres mondes!
Admirative.
Répondre
H
Plaisir de te lire tous les jours, plaisir d'entrer dans ton blog et découvrir une nouvelle lecture, une nouvelle histoire qui nous renvoie à travers les temps, plaisir de penser à toi entrain
d'écrire ces beaux texte. Vraiment j'éprouve du plaisir et je te dis merci merci merci;
Répondre
C


C'est moi qui remercie, Hamza, tous ceux qui veulent bien me lire. 



A
Le regard de Neptune semble hagard, triste, perdu. Il ne reconnait pas ce monde qui a tellement changé et dont vous parlez avec de si jolies phrases.
Répondre
J
En voilà du recyclage... insolite, merci Carole...
Répondre