Travaux

Publié le par Carole

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      Nantes - Passage Pommeraye - 6 novembre 2013
 
 
Le Passage n'a jamais été aussi intéressant que depuis qu'il est en travaux. C'est comme si ce grand remuement des lieux, ces vastes échafaudages s'entrecroisant aussi confusément que les escaliers des gravures d'Escher, égarant nos regards et affolant nos pas, nous ramenaient à cette origine oubliée, à ce moment où le projet délirant du sieur Pommeraye, qui devait le ruiner, se mit à prendre forme dans la pierre, le métal et le stuc, encore incertain de lui-même. A ce commencement qui contient toute la vérité des choses et des vies, car il contient déjà tout ce qu'elles seront et il retient encore tout ce qu'elles ne seront jamais. 
Ainsi, cet enfant au visage double, pour moitié décapé de sa patine, et pour moitié rebadigeonné d'ocre, avec son oeil encore vide et son regard déjà lucide, m'a rappelé ces sculptures de Rodin, où les êtres semblent naître de la pierre. Ce visage humain en train de se dessiner dans le visage informe, c'était comme le symbole de toute enfance, de toute création, de tout commencement.
Demain, sans doute, on aura tout à fait fini de le peindre, on ne saura plus.
Le Passage n'a jamais été aussi fugace que depuis qu'il est en travaux.
Marchant sur les planches instables, et cherchant mon chemin de barricade en allée obstruée, il me semble croiser partout le vieux sieur Pommeraye, courant sur le chantier labyrinthique, donnant des ordres à tous comme un capitaine au départ du navire, poursuivant ce rêve de pierre, de métal et de stuc qu'il voyait naître et lui échapper déjà, enfant merveilleux et étrange.

 

Publié dans Nantes

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jamadrou 14/11/2013 10:07

Carole ton texte m'a poussé vers un autre délire de mots
http://jamadrou2.e-monsite.com/pages/emotion/passage.html

Si je ne dois pas faire cela, si tu penses que ça peut être une forme de plagiat, j'efface tout ça.
bisou Carole en espérant que tout va bien

Carole 14/11/2013 10:46



Non, je ne vois pas de plagiat, mais une certaine mélancolie.



erato 13/11/2013 17:57

J'aime ton regard et tes pensées. Belle soirée Carole

Alain 11/11/2013 14:57

Votre photo, Carole, accompagnée de ce superbe texte, sont une analyse étonnante de toute création artistique.
Et, au-delà, ce beau visage, mort d'un côté, "en travaux", éveillé de l'autre, nous fait toucher la fugacité de la vie.

Carole 11/11/2013 21:50



Merci Alain. En travaux, "in progress", l'oeuvre comme la vie...



Nounedeb 09/11/2013 10:15

La vie en marche, l'oeuvre qui se crée, mot après mot, sous ta plume. Le passé nourrit un présent qui le laissera derrière; et ton oeil qui saisit le moment du passage.

Patrick 09/11/2013 06:18

Je ne connais pas ce "passage", mais toutes les grandes villes en possèdent un. On y passe souvent sans s'attarder, sans regarder et sans voir. Sauf toi, pour qui le détail aperçut prend la valeur
d'un message philosophique.
J'aime le regard aiguisé et tendre à la fois que tu poses sur ce qui nous entoure.
Excellent WE, amitiés Carole.

Carole 10/11/2013 00:58



Merci Patrick?



ADAMANTE 08/11/2013 22:09

J'aime beaucoup ce visage en devenir dont tu parles si bien.

Joëlle Colomar 08/11/2013 19:07

Rien ne vaut la beauté des commencements qui sont promesses. Ton oeil sur les choses est si pointu Carole, qu'ils nous oblige à creuser toujours un peu plus profond en nous. Merci. Amitiés. Joëlle

mansfield 08/11/2013 18:55

Naissance et création, un bouillonnement qui a de quoi faire perdre la tête tellement tout semble possible!

Anne-Marie 08/11/2013 15:51

Si un jour je vais à Nantes ( non, je n'y suis jamais allée!) je me précipite au Passage Pommeraye dont tu parles si bien!

Carole 10/11/2013 01:05



Oui, vas-y absolument, c'est un endroit magique. J'espère que les travaux actuels, qui sont très importants, ne le dénatureront pas.



phil 08/11/2013 13:10

Rodin avait le pouvoir de rendre la pierre vivante. J'en suis toujours admiratif.

Oui, c'est tout à fait cela, Nyckozalorraine 08/11/2013 11:06

Comme la sensibilité et l'imagination nous servent bien dans la vie. Chaque fois que je lis tes excellents billets,je me dis que personne, à part toi, passant où tu passes, n'a éprouvé ce que tu
éprouves. Ainsi cet enfant qui sera rebadigeonné d'ocre et perdra son mystère, qui donc à part toi s'est penché sur son sort? Pour notre grande délectation de lecteurs fidèles et chaque fois
séduits.
Merci, chère Carole,
Lorraine

Richard LEJEUNE 08/11/2013 10:27

Je ne connais pas Nantes ; je ne connais donc ce Passage Pommeraye qu'au travers de votre regard convoquant tout à la fois poésie et philosophie.

Inévitablement, le sujet traité me fait penser à Walter Benjamin, partant, à certains d'entre eux que j'ai volontairement empruntés lors de l'un quelconque séjour parisien.

Votre prose me donne envie de relire la sienne ...

emma 08/11/2013 10:01

tes chroniques de la ville sont aussi publiées ?

Carole 08/11/2013 10:59



Non, non, je traîne... Quand j'aurai retrouvé mon énergie "habituelle", je m'y mettrai.



jamadrou 08/11/2013 08:45

Merci Carole
encore un petit passage à ton bras d'écriture dans ce "passage" que j'aime tant.

Carole 10/11/2013 17:16



J'espère que ce passage restera celui que nous aimons. L'ampleur des travaux est impressionnante, et une aile moderne va être ajoutée.


Tu as désactivé ton site ? Je n'arrive pas à y entrer.



almanitoo 08/11/2013 07:04

Et l'on te sent toute aussi fébrile que le sieur Pommeraye, inquiète et heureuse devant cette re- naissance!

Carole 10/11/2013 00:55



Une renaissance qui m'inquiète un peu aussi : si on allait m'abîmer mon Passage ?


Louis-Carole Pommeraye



jill bill 08/11/2013 04:17

En effet cela doit être un vrai chantier mais sans nul doute nécessaire, tu en parles très bien, merci, jill