Travaux

Publié le par Carole

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      Nantes - Passage Pommeraye - 6 novembre 2013
 
 
Le Passage n'a jamais été aussi intéressant que depuis qu'il est en travaux. C'est comme si ce grand remuement des lieux, ces vastes échafaudages s'entrecroisant aussi confusément que les escaliers des gravures d'Escher, égarant nos regards et affolant nos pas, nous ramenaient à cette origine oubliée, à ce moment où le projet délirant du sieur Pommeraye, qui devait le ruiner, se mit à prendre forme dans la pierre, le métal et le stuc, encore incertain de lui-même. A ce commencement qui contient toute la vérité des choses et des vies, car il contient déjà tout ce qu'elles seront et il retient encore tout ce qu'elles ne seront jamais. 
Ainsi, cet enfant au visage double, pour moitié décapé de sa patine, et pour moitié rebadigeonné d'ocre, avec son oeil encore vide et son regard déjà lucide, m'a rappelé ces sculptures de Rodin, où les êtres semblent naître de la pierre. Ce visage humain en train de se dessiner dans le visage informe, c'était comme le symbole de toute enfance, de toute création, de tout commencement.
Demain, sans doute, on aura tout à fait fini de le peindre, on ne saura plus.
Le Passage n'a jamais été aussi fugace que depuis qu'il est en travaux.
Marchant sur les planches instables, et cherchant mon chemin de barricade en allée obstruée, il me semble croiser partout le vieux sieur Pommeraye, courant sur le chantier labyrinthique, donnant des ordres à tous comme un capitaine au départ du navire, poursuivant ce rêve de pierre, de métal et de stuc qu'il voyait naître et lui échapper déjà, enfant merveilleux et étrange.

 

Publié dans Nantes

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J
Carole ton texte m'a poussé vers un autre délire de mots
http://jamadrou2.e-monsite.com/pages/emotion/passage.html

Si je ne dois pas faire cela, si tu penses que ça peut être une forme de plagiat, j'efface tout ça.
bisou Carole en espérant que tout va bien
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C


Non, je ne vois pas de plagiat, mais une certaine mélancolie.



E
J'aime ton regard et tes pensées. Belle soirée Carole
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A
Votre photo, Carole, accompagnée de ce superbe texte, sont une analyse étonnante de toute création artistique.
Et, au-delà, ce beau visage, mort d'un côté, "en travaux", éveillé de l'autre, nous fait toucher la fugacité de la vie.
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C


Merci Alain. En travaux, "in progress", l'oeuvre comme la vie...



N
La vie en marche, l'oeuvre qui se crée, mot après mot, sous ta plume. Le passé nourrit un présent qui le laissera derrière; et ton oeil qui saisit le moment du passage.
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P
Je ne connais pas ce "passage", mais toutes les grandes villes en possèdent un. On y passe souvent sans s'attarder, sans regarder et sans voir. Sauf toi, pour qui le détail aperçut prend la valeur
d'un message philosophique.
J'aime le regard aiguisé et tendre à la fois que tu poses sur ce qui nous entoure.
Excellent WE, amitiés Carole.
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C


Merci Patrick?



A
J'aime beaucoup ce visage en devenir dont tu parles si bien.
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J
Rien ne vaut la beauté des commencements qui sont promesses. Ton oeil sur les choses est si pointu Carole, qu'ils nous oblige à creuser toujours un peu plus profond en nous. Merci. Amitiés. Joëlle
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M
Naissance et création, un bouillonnement qui a de quoi faire perdre la tête tellement tout semble possible!
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A
Si un jour je vais à Nantes ( non, je n'y suis jamais allée!) je me précipite au Passage Pommeraye dont tu parles si bien!
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C


Oui, vas-y absolument, c'est un endroit magique. J'espère que les travaux actuels, qui sont très importants, ne le dénatureront pas.



P
Rodin avait le pouvoir de rendre la pierre vivante. J'en suis toujours admiratif.
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O
Comme la sensibilité et l'imagination nous servent bien dans la vie. Chaque fois que je lis tes excellents billets,je me dis que personne, à part toi, passant où tu passes, n'a éprouvé ce que tu
éprouves. Ainsi cet enfant qui sera rebadigeonné d'ocre et perdra son mystère, qui donc à part toi s'est penché sur son sort? Pour notre grande délectation de lecteurs fidèles et chaque fois
séduits.
Merci, chère Carole,
Lorraine
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R
Je ne connais pas Nantes ; je ne connais donc ce Passage Pommeraye qu'au travers de votre regard convoquant tout à la fois poésie et philosophie.

Inévitablement, le sujet traité me fait penser à Walter Benjamin, partant, à certains d'entre eux que j'ai volontairement empruntés lors de l'un quelconque séjour parisien.

Votre prose me donne envie de relire la sienne ...
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E
tes chroniques de la ville sont aussi publiées ?
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C


Non, non, je traîne... Quand j'aurai retrouvé mon énergie "habituelle", je m'y mettrai.



J
Merci Carole
encore un petit passage à ton bras d'écriture dans ce "passage" que j'aime tant.
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C


J'espère que ce passage restera celui que nous aimons. L'ampleur des travaux est impressionnante, et une aile moderne va être ajoutée.


Tu as désactivé ton site ? Je n'arrive pas à y entrer.



A
Et l'on te sent toute aussi fébrile que le sieur Pommeraye, inquiète et heureuse devant cette re- naissance!
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C


Une renaissance qui m'inquiète un peu aussi : si on allait m'abîmer mon Passage ?


Louis-Carole Pommeraye



J
En effet cela doit être un vrai chantier mais sans nul doute nécessaire, tu en parles très bien, merci, jill
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